31.10.2009
Nessus
Se fier à l'un, se fier à l'autre mais à aucun des deux ne confier que l'on ne peut être l'un sans être tout à fait l'autre. Et vivre des tristesses de l'un et des envolées galopantes de l'autre sans que ni l'un ni l'autre n'aient à se lamenter de voir l'autre tomber au bout du champ labouré de la page, dans la poussière mordorée du soleil, que tel un grain d'orge on a enfouit, comme blé d'hivers. L'un m'avait dit qu'il savait un gué, l'autre ne voyait que le tumulte et l'enfer des traversées sans fin. Le premier mit donc son pied sur la première pierre plate tandis que l'autre resta assis sur la berge, qui peu à peu se diluait sous les saules. Pour l'un j'avais un licol, une cravache, et des mots de cavalerie. Pour l'autre je n'avais plus que quelques compassions, une patience perdue fil à fil, un écheveau de laine cardé par l'usure qui rend immobile. La seconde pierre branlait, divisant en langues d'eau verte l'humus et l'humeur, l'un gras du mol des souvenirs, l'autre au sang noir de la mélancolie, reflet de rien que des éclats meulés de la rumeur. Le premier prit son second appuis puis un troisième, le second se laissa glisser sous la chevelure du saule. Du premier le pas s'assurait, au second vinrent des illusions amniotiques. De l'autre côté, après que tout fut franchit, une rive se fit jour. Dans son lit de pierres muettes, le fleuve baignait le soleil à son couchant. Se fier à l'un, se fier à l'autre mais à aucun des deux ne confier que l'on veut être un, sans l'un ni l'autre.
(Pour le repos de Pierre Ollivier)
17:23 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
| Tags : politique, centaure, mythologie, littérature, sagitaire, lecture, société |
|
del.icio.us
|
|
Digg
30.10.2009
Tautone
Tautone s'en est venu. Tautone vient, que je l'invite ou pas. Tautone a ici son couvert, sa place dans mon lit, sa brosse à dents au milieu des brosses à chaussures, son rond de serviette et toute mon attention, quand il a un truc à me dire, que je sais déjà. Tautone, pas la peine de lui demander comment il va, tautone va toujours pareil, égal à lui même. Morne et taciturne comme le Saturne de la chanson de Brassens. Tautone est un crime parfait. Pas d'alibi, pas de meurtrier, pas de victimes, pas de pièces à conviction, pas d'intentions, pas de lieux, pas de ce rien qui fige l'attention à la lecture de ces faits divers que sont nos vies de victimes consentantes.
Sans quitter ses groles boueuses auxquelles s'accrochent quelques feuilles mortes, il se met les pieds sur la table de mon coeur et fouille dans les larges poches de son treillis plein d'odeurs de sous bois, à vous en faire lever l'envie de vous faire sucer le brin par les racines, et me tend des châtaignes hérissées de piquants. Je les prends en pleine poire, comme tous les ans où plutôt que de la faire passer à la casserole, je sors la poële à trous, par lesquels elle s'est encore taillée. Je les fends les châtaignes ... alors que c'est elle que je voudrais bien fendre ... après m'être rasé pour faire disparaître les piquants épars. Et face à face dans la tourbe, Tautone et moi, sifflons quelques verres de vinasse. Qu'on me pardonne, je n'ai pas la religion du vin, les curés du grand cru et de la petite récolte me font sourire. De religion je crois n'en avoir aucune autre d'ailleurs. S'enticher de divin fait l'âme comme une éponge et à trop adorer on finit par ne plus avoir les yeux en face des trous, de la poële.
Tautone qui est généreux en débris d'arrière-saison clémente décrotte ses semelles dans les assiettes et je ramasse les feuilles mortes. J'ai quelques brouillons en perspective et un catafalque à dresser en lieu et place du jardin que je voulais préparer pour le printemps prochain. J'ai la main verte quand il s'agit de faire valser les herbes sèches sous lesquelles la terre attend que le soleil lui palpe la sève. Tautone est un crime parfait. C'est pas demain la veille que l'on viendra relever mes empreintes digitale sur les indices dissous par les pluies glaciales que Tautone me promet de faire déluger sur mon coeur avant que le verglas s'empare de mon sourire d'idiot frigorifique.
Tautone s'en est venu. Tautone est là, la brume disloque les loques d'un temps révolu.
15:36 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
| Tags : automne, pg, littérature, poésie, lazare, lecture |
|
del.icio.us
|
|
Digg
29.10.2009
Radis Mad
Je jouis de mes lents colis
Pris dans le col de l'utérus
Je suis le fils d'une poupée russe
Je jouis de mes lents colis.
J'suis pas ta mère !
J'suis pas ta mère !
Veuillez nous suivre
Sans résistances
J'suis un fusible !
Eh, vas-nu-pieds ?
T'as pas cent dalles ?
C'est pour le mur des fédérés.
Un p'tit con d'papapiste
Contre un coin d'panaris
Elle avait quelque chose d'un manche
Un p'tit con d'papapiste
Contre un coin d'panaris
J'la perdais dans l'passage Brady.
(pour Tess et aussi pour Frédérique)
15:54 Publié dans les cosmétiques | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
| Tags : politique, chanson, brassens, littérature, hitler, noirte et miette |
|
del.icio.us
|
|
Digg


