26.10.2009
Adversité II
... D'elle quelques polaroïd, un jour de mai, la devanture d'une boutique de fleurs, trois mouflets vétus de blanc, natifs de leurs seuls ailleurs, les yeux plissés par l'aveuglant soleil des jours de communion solennelle. D'elle, deux toutes petites filles en caleçon, marchant à peine, sur une pelouse, quelque part dans le temps. D'elle, un jeune frère en blouson de jean et short, souriant, son walkman à la main, le casque sur les oreilles, un dimanche soir, juste avant que son grand regard triste reste collé au rétroviseur de la voiture qui quitte pesamment le bord du trottoir; et que son sourire, il le fuit pour ne plus avoir à se souvenir du bord des fleuves. D'elle, le souvenir qui ne revient pas pour lui sourire et de ce sourire là dissiper ses étranges et sauvages défaites. Sur cette page là sa main passe et repasse comme pour réchauffer ces petites vies dépecées par le silence et les hurlements de moteur du camion de déménagement franchissant lourdement le portail du 199, rue de Rosny. De là tombe le dernier créneau de l'innocence calcinée. Comment dire ? Il retint un peu ce que le bestiaire contenait selon lui de plus humain. Des barbares unis dans leurs mensonges contre le mensonge. Mais le dit de la poussière faisait depuis longtemps litanie, et des quatre dont il avait été l'ainé ne subsistaient que les cadets, le sang qu'un fleuve cristallisait sur la rive, après qu'une première crue l'eut fait débordé, qu'un premier et noir débordement l'eut fait sortir, lui, des rais de la lumière chirurgicale. Il se souvint mais seul et ces souvenirs n'étaient plus qu'un linceul en peau de chagrin. il fallait avancer, avancer sans continuer. Du bestiaire tombèrent alors quelques rires vite réprimés, les conneries que l'on fait ensemble quand il semble naturel qu'ensemble n'est pas feint.
Puis d'entre les pages du bestiaire tinta le rosaire de ses amours.
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Menue
Il prit son sein au creux de la paume, il était aussi menu que la main était large, aussi menu que si en le laissant aller ainsi, tendrement, à l'adresser au plaisir, elle s'offrait une autre vie. Une vie nouvelle qu'elle lui proposait d'épouser par le menu. Son téton rond roula entre le majeur et l'index et elle soupira en se glissant contre lui, ses fesses exactement ajustées au creux de son ventre, la masse volubile de la Lune retrouvant sur terre son lit d'océans comblés. Il fit des lignes brisées de son corps sec un lit de murmures, à ciel ouvert. Et des mots traversaient l'aube de sa chevelure détourée comme vol de passereaux au dessus des vergers. Leurs sexes se dissipèrent l'un en l'autre. Ils s'aimèrent pour tout dire, et d'après ce que je sais, ils y sont encore. Elle, menue en brins de Viorne en lui. Lui, long et lent comme l'automne en elle...
(pour PG)
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Adversité
La tête dévissée, ayant lutté longtemps contre les évidences figées de ce qui n'avait jamais existé, il finit un matin par se lever du bon pied, celui qui lui restait. L'autre n'étant plus que le jumeau commode d'un pas qu'il allait falloir faire. Il ouvrit donc le bestiaire de ses passions usées et un à un en extrait les portraits desséchés de quelques aventures. Des histoires qui ne vivaient que parce qu'il en restait, seul, l'aliment favoris. Les souvenirs. C'est ainsi que l'on nomme cette crasse dont la mémoire s'orne pour aller dans le monde et gémir à son aise de la ruine qu'elle entretient en gardienne privilégiée des rogneries montées en épingle à cravate. La cravate que décement on ne peut se passer au cou que pour assister à ses propres obsèques. L'heure n'y était pas.
Il y avait là des amitiés, à la vie, à la mort, et qui mortes sans en avoir l'air, lui rappelaient qu'il avait aimé jusqu'à l'idée même de s'aimer follement dans l'abandon, le silence, jusqu'à l'évidence, l'indiférence. Des amis des deux sexes, bien qu'asséxués en tout. Une fraternité, des bandes à n'en plus compter les membres, à ne plus savoir comment on était tombé là, dans cette fidélité que l'on est souvent bien seul à vivre, pour le compte d'un quelconque intérêt, de quelque chose qui n'est rien moins que le profit mais à qui le vocabulaire offre des noms fleuris comme l'enfer des marécages. Le besoin que l'on éprouve à se rassembler, à faire de ses semblables une communauté est éfrayant, à bien des égards. Il aurait pourtant suffit d'ouvrir l'oeil, de ne laisser s'approcher que ce qui n'avait rien à gagner dans la fréquentation, pour se retrouver libre de ne servir à rien ni de servir personne. Mais voila, quand la nuit vient, hurle au miroir le fantoche de la triste réalité. alors on se serre les uns contre les autres, et comme c'est souvent l'heure de l'insupportable, on se saoule de toutes les drogues possible, on enfante les projets les plus idiots. Puis l'on titube pour s'en retourner dans les bras du fantoche, tout au regret de se quitter déjà, comme on s'était trouvé. Pas un grain de sable qui n'ait retrouvé sa place. Pas le moindre bouleversement qui n'ait été, au bout de cette longue nuit, qu'un peu d'eau croupie remuée puis refermée sur ses fermentations. Amitié, l'étrange mot. Tout fait, à le prononcer seulement, de sons anémiés. comme autour de la presque dépouille d'un cher, d'un proche on continue à s'entretenir à mi-voix, pour ne pas le réveiller d'un sommeil qu'il a eut tant de peine à trouver, des mil feux que l'on prépare pour demain, pour lui ... Bons ainsi, nous nous trouvons bons, avec le sentiment de n'avoir pas perdu notre temps. L'élaboration méticuleuse d'un château de sable prend au moins autant de temps que l'océan met à ourdir une saine tempête. Ses amitié n'avaient été que des châteaux de sable. Il guetta longtemps à l'horizon et du fin fond de cette marine grasse du talent d'un peintre du dimanche, il la vit arriver, montée sur les roulements à billes de l'écume abrasive, elle ne tarda pas à ronger définitivement les falaises au sommet desquelles l'herbe sèche s'accrochait au peu de terre livide où ses amitiés continuaient à tonitruer, ivre mortes de leurs vins amers. Quelques têtes tombèrent du bestiaires, dans la poussière. Il faudrait faire le ménage, ramener à Panurge ses moutons. Qu'un nouvel holocauste puisse avoir lieu. Sans que nul n'y trouve matière à s'émouvoir outre mesure.
Quelques pages plus loin, il y avait là du sang. Un fleuve au bord duquel somnolaient père et mère. Le premier plus que mort, la seconde latente, attentive à ne plus faire un geste qui puisse s'interpréter au delà de l'absence convenable, du silence au sein duquel tout se dit, auquel il n'est nul besoin de rien rajouter puisqu'en ne disant rien on ne s'expose pas à répondre aux questions. Quelles questions ? Aucunes qui puisse froisser l'ordre ancien de la fatalité : Que veux-tu que je te dise ? Rien je t'en prie, ne dis plus rien. Puisque rien n'a été, il suffit que nous nous aimions automatiquement, à date fixe et que nous nous l'écrivions en formules consacrées par l'ordre qui naît lui du courage qu'il faut pour se maintenir probe, et lâche mais probe. Contrairement à ce que veulent bien nous faire croire les esclaves, le blanc n'est pas la couleur de la trique, pas plus que ce n'est la couleur de la main qui l'abat, le blanc est la couleur du vide au fond duquel ils plongent dès l'instant où il s'agit pour eux de faire un choix; le choix entre la liberté et la servitude rêvée. Père et mère, au bord du fleuve d'un sang mêlé puis séparé par des noms de baptême rancis par les ratures de l'état civil. Comme si il y avait un état civil de la désertion. Et que tout était bien, là au bord du fleuve où flottent les petits cadavres des enfants. Deux têtes tombèrent à la suite du bestiaire, mais chacune de son côté, chacune ignorée de l'autre par le tristesse froide de la première. Au bord du fleuve, il fait un froid qui donne envie de n'appartenir à aucun groupe sanguin.
Puis vint le moment de soulever la lourde page de la fratrie...
08:06 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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