29.10.2009

Under Taker (adversité III)

Il avait avancé tant de pièces à la fois, trop de pièces à la fois. La table, les cases noires et blanches, il en avait fait un champ de bataille indescriptible. Tout courait en tous sens, les couleurs se perdaient dans les fossés qu'il avait creusé, des incendies grondaient où des pions calcinés finissaient dans les cendres d'une stratégie de démiurge infantile. Les rois se disputaient en aveugles les atours mis en  guenilles des reines, les reines se crêpaient à propos des faveurs libidinales des  cavaliers, les cavaliers traînaient leurs montures comme des chevaux à bascule entre les mains d'enfants écrasés par des armures trop grandes. Des tours on ne voyait plus rien que des nuages de sciure dont les fous de chaque camp se disputaient la mouture. J'en ferais un pain pour nourrir les repus ! disait l'un. Je suis le roi de ce tas là ! hurlait l'autre. Tandis que les deux autres, de quel camp ? peu importe, singeaient les amours défuntes des deux joueurs.

Il s'était assis en face d'elle, lui faisant signe de l'accompagner en cette joute innocente. Ce qu'elle avait fait de bonne grâce, lui confiant ainsi les clés de son bonheur. Puis à mesure qu'elle lui signifiait que tel mouvement, telle combinaison n'étaient pas conformes à la règle, il précipitait sur elle la fleur de feu dont l'éclosion lui rongeait le coeur. Ce vieux coeur plongé dans le fleuve d'où son innocence primitive n'avait jamais réussis à regagner la berge qu'en se laissant porter sur les branches coulées d'arbres usés par la résistance au mouvements tristes des courant contraires à la satisfaction des océans. Il l'avait regardée à la dérobée et à chaque fois lui avait trouvée des beautés qui le laissaient sans voix. Cent voix lui chantaient à tue-tête qu'elle était ce pour qui il était fait. Ce qu'il avait cru, ce qu'elle savait, ce en quoi il voyait toujours la source de ses plus tendres pensées. Ce pendant, entre eux les derniers chaumes finissaient de calciner, une fumée sale montait du silence à l'abri duquel elle se tenait, le regardant lentement se dissoudre dans des prières qui ne lui ressemblaient plus, pourtant. Elle le savait autre. elle savait le soin qu'il apportait aux saveurs dont ils jouissaient ensemble, encore. Elle savait des mots que lui seul prononçait sans rougir qu'ils pussent paraître d'un autre temps. Ce temps dont il venait et qui se refusait encore à le laisser affirmer que la guerre était finie, puisqu'il l'avait perdue tant de fois, elle, au milieu des combats et des retraites. De l'autre côté d'un échiquier où il l'avait invitée à prendre sa place. Mais ce qu'il ne lui avait pas dit. Car on ne dit pas toujours tout, surtout quand l'on aime ... C'est que jamais il n'avait su jouer à aucun jeu de société. qu'il se refusait même à apprendre les règles d'aucun. Que le jeu pour lui était le plus vilain masque dont les vivants se couvrent pour se montrer tels qu'ils sont, à la vérité.

Puis vint à tomber du bestiaire, à l'aube d'un jour d'absence, le photomaton où ils étaient tous les deux, bouche à bouche et riant, alors que dans le hall de la gare de Valence, quelques passagers immobilisés par des trains qui n'arrivaient pas, attendaient qu'un baiser les emporte.

Alors en silence il remit son feutre en place et serrant entre ses doigts le rosaire de ses amours il en égrenna les grains de beauté, tandis qu'elle refaisait le rose de ses lèvres.

28.10.2009

La marque de l'ange

Les étoiles ont au ciel, sans saison, des raisons secrètes de briller. Elles boutonnent l'habit sombre de la nuit solitaire. Nacre scellant le gros drap du lourd manteau sous lequel je vais. Je sors dans ces heures là pour quelques pas heureux, je marche d'un cercle de lumière à l'autre. Entre deux le fil qui n'existe pas, le fil que les épeires tissent pour moi. Alors je fais ma toile. Comme elles en espérant qu'un ange viendra au bout d'un long silence d'affût. Un ange sans bavardages, aimable comme la substance nouricère du ciel nocturne. Je me repais de nuit, comme elle j'attends des ailes et quand le sourire inéfable d'une étoile me touche, je me remets en marche, vers le centre de ma vie. Qu'un ange enfin m'éfeuille du bout de l'index, qu'il ôte ce qu'il inscrivit à mes lèvres la nuit de ma naissance, en serrant la boutonnière de l'étoile qui est ma gouverne. Que mon verbe se débraille et que j'aille enfin nu, puisque c'est nu que le monde vous accueille, et que c'est aussi nues que les étoiles détaillent, au ciel qu'une nuit habille de ventre, la vie telle qu'elle est, avant que l'ange ne grave son sillon à nos lèvres.

(pour PG)

27.10.2009

Entrain

Nous nous enfoncions, abrutis, défoncés, en silence dans une nuit sans bruits. Une nuit de ouate brune à parements argentés, et regards d'ogres maigres nous convoitions tout ce qui semblait nous manquer pour être heureux enfin, selon l'ordinaire de la coulure humaine. Quand nous nous croisions, par mégarde, nous n'avions plus rien à décrypter que les numéros affichés sur le cadran digital de nos lèvres closes. nous ne lisions plus que d'épais volumes sur la crédulité, d'épaisses briques de papiers sanctifiés par les autorités, bon à tirer. Bon à tirer. Novembre n'allait succéder à rien, mordre la terre gelée, il nous restait cela à faire avant de jouir des morsures du temps présent.

A l'appel de votre nom vous vous mettrez en rang le long de la clôture. Le matricule de vos rêves bien en vue. Ceux qui rêvaient d'être heureux seront dirigés vers la porte de gauche, les autres, ceux qui ne rêvent pas, seront traités sur place, par nos hôtesses de l'ordre. Attention, je répète ! Toute tentative pour échapper à la collectivisation des joies célestes sera réprimée dans un bain de lait et de miel! Il est recommandé par le conseil de l'ordre sanitaire de se munir de sa carte de donneur de sang froid.

L'histoire nous avait appris qu'elle savait selon les époques s'accoutrée des plus subtils atours afin de repasser les plats. Les historiens s'égosillaient. L'histoire ne se répète pas. et ils nous le répètaient sur tous les tons. L'ordre fournissait les partitions. Mais pourtant ce matin là, nous y étions, en silence, sous le regard de nos anciens frères, en uniforme. Le leur était brun et pesant sur leur hanche une arme de poing dont nous essayons de nous convaincre que jamais, non jamais ils n'en faisaient usage. Le notre n'était plus que de la peau sur les os, jetée comme un sac par dessus les épaules qui nous pressaient de toutes parts d'avancer, au commandement. Je pesais, pour ma seule part soixante sept kilos. 67 kilos pour un mètre quatre-vingt-six. 1m86 au sommet duquel ma tête vaguait, absente à présent. Toute vide des cris qu'elle avait secrètée et dont l'alarme tintait comme la crécelle idiote d'un spectre promis à un bel avenir.

Nous étions là, une vaste prairie bordée par un centre de rétention sanitaire et au loin la promesse d'une toussaint surnuméraire. Le seigneur est mon berger, il me conduit dans de verts pâturages! Le saigneur est mon berger, il...

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22.10.2009

240 allumettes

A chacun sa fortune. A chacune son fortin. J'ai vidé ce matin, sur la table de la cuisine une grosse boite "familiale", allumettes de sécurité. J'ai commencé par en faire une tour, une haute tour crénellée, une tour de guet d'où je puisse observer le mouvement de la seule étoile que je sache reconnaîte au ciel; Quand le ciel lui même n'est pas plus lourd de suies que je ne le suis ordinairement. La tour s'est dressée, un peu, puis peu à peu des clair-voies une rumeur s'est élevée. Une rumeur d'homme en armes. Le triste chevalier à la triste félure s'ébrouait au milieu d'un amas de conserves vides, aux bords taillés pour l'égratignure. Il cherchait monture, mais de monture point, la tour était trop étroite pour contenir une écurie digne d'un palefroi digne de servir un croisé tel que lui. Sa croix ? Loin d'orner l'écu de fer blanc et l'épaule de sa guenille, sa croix était en lui, comme un cheval de frise décoiffé par les orages amoureux. Au sein de la tour qui s'élevait à mesure que les allumettes croisaient et recroisaient le petit bois et le souffle vermillon du soufre, un grand tintamarre d'imprécations et de questions sans cintre secouaient la penderie :

- Qui m'a foutu un tel bordel dans les chausses ? Où est la petite laine dont j'aime à me couvrir la carcasse ? Eh vous là haut ? Au lieu de jouer avec les allumettes, votre bonne maman vous a donc rien appris ? Feriez mieux d'aller me quérir quelques effets sentant un peu moins le renfermé. Où est passé mon bonnet de police ? Pourquoi mes caleçons sont-ils pas à la place de mes caleçons et qu'en leur lieu et place je ne trouve plus que fragile gaze et dentelles ajourées et tout ce dont les dames aiment qu'on les en débarasse délicatement, dans le clair-obscur où je me trouve mieux qu'à mon avantage, vu l'âge ? N'y a-t-il donc plus ici mâle qui vive ? Foutre d'ange ! Où ais-je fichu ma quête ?

La tour branlait, normal vu mon âge. Et j'avais bien de la peine à lui faire atteindre les horizons dont je me privais en vaguant à des occupations de démiurge désobéïssant par nature. Il allait donc falloir que j'aille faire la lessive avant que la tour ne tombe sous les tristes effets du minuscule preux, qui pour l'heure en occupait la garde-robes en brisant des cure-dents comme on brise des lances, pour se mettre en jambes. Aucun programme sur le sélecteur de la machine n'indiquait ni heaume ni cotte de mailles ni rien de tout le saint frusquin dont s'équipent les lourdaud pour, allant pourfendre de quelconques indifférents à leurs différents conjugaux, et en ne rêvant que de s'en retourner, tout auréolés de gloires mythiques, à la couche de leur aimée, férailler et de taille et de toc en des contrées où nul ne les attendait. Je ferais donc ça à la main et au savon à barbe.

La fragile construction n'y tint pas. Le chevalier s'en prit plein la poire et je me retrouvais donc avec sur la table de la cuisine un amas de petit bouts de bois qui ne demandaient qu'à flamber pour un bref instant. Trop bref instant des incendies de gares où l'éternel retour du silence pèse sans qu'on y puisse rien que peser dessus afin qu'il soit un peu plus lourd. Je fis le choix, du petit tas de bois, d'en faire un labyrinthe. Un étrange labyrinthe dont je connaissais depuis longtemps l'entrée et dans lequel, bien qu'échouant souvent, je continuais à chercher la sortie.

Au ciel les étoiles ! Dans ses yeux les étoiles ! Et à moi, les allumettes qui sont comme 240 jours d'absence, à éclairer de leur flamme emballée la noirceur du labyrinthe.

(Pour Miette et Noirte, à PG)

20.10.2009

Scribalablablad

Tiens, un livre ? Encore un ? Tiens un autre ! Seigneur ! Une bibliothèque !!! Sainte horreur; J'éprouve une sainte horreur pour tout ce qui ressemble à un cimetière. Tous ces dosserets, toutes ces jaquettes, ces alignement alphabétiques de noms, de titres, comme des plaques de granit pieusement fendues par le gel et les saisons sans aucune visite. A notre Flaubert chéri ! Regrets éternels ! A Céline, la résistance française! A Nietzsche, sa soeur bien aimée!

Et au fait vous publiez quand ? Quand les poules se passeront de dents à leurs couteaux. Quand j'aurais moi même plus assez de dents pour déchirer la cartouche meurtrière. Quand un éditeur flairant le bon coup posthume se fendra de faire autre chose que d'envoyer au casse-pipes un catalogue de viande morte. Quand Google TM, père impair et passe, aura tout numérisé et que le père Goriot au détour d'un écran plat se tapera Zazie, dans le métro. Et personne y trouvera rien à redire, vu que le digest deviendra la Maalox TM du lecteur de cartes à puces aigris. Quand j'en aurais fini d'aimer mon prochain comme on rate la correspondance. Quand le poisson rouge aura appris à voler de ses propres ailes. Quand vous ne lirez plus dans l'espoir d'être lu. Quand les ascenseurs seront devenus autre chose que des confessionnaux en panne d'escaliers. Quand je serais orphelin de mes dernières amours. Quand en haut des phares que sont supposées être les bibliothèques, les gardien auront cessés d'agiter les signaux d'alarmes pour des cargos chargés jusqu'au château de miettes renonçant au pain d'amour. Quand les étoiles ne seront définitivement plus que des trous qu'il suffira d'agrandir pour y voir clair dans le regard de l'autre. Quand le cancan de la rumeur ne prendra plus le premier canard venu pour un génie des belles lettres. Quand je lirais autre chose que les âneries que j'écris avec une complaisance de pêcheur à la ligne, avec retour de chariot automatique et impression par jet d'encre. Quand la fille de son père s'aimera comme je l'aime. quand le diable aura brûlé ses sabots. Quand demain sera autre chose qu'un remix infâme de ce qu'hier n'aurais pas du être. Quand j'aurais compris que les trains n'en sont plus puisque le voyageur n'a plus rien en tête que d'arriver vite, là où personne n'attend qu'il advienne quoi que ce soit. Quand j'aurais fini de faire cuire la soupe dont je ne mange pas puisque je me repais ordinairement de l'appétit des autres, et que ça fait ma joie, cette fringale enfin rassasiée. Quand j'aurais admis que le beau est dans le sale, que le sale est dans le laid et que le laid se contente de l'humanité pour fleurir merveilleusement.

Oui bien entendu mais vous publiez quand au juste ? Demain, enfin je crois. Ca dépend un peu de l'heure à laquelle l'incendie se déclare dans la bibliothèque.

19 heures 36

19 heures 36, les voyageurs en partance pour Paris gare de Lyon sont invités à se présenter à la porte de l'enfer, voie 4 ! Ce train ne prend pas de voyageuses, le compostage des billets est obligatoire ! Nous vous rappelons que pour votre confort il est interdit d'en griller une dernière avant l'exécution capitale; Un compartiment cendres se trouve en queue de train ! Assurez vous que vous n'avez pas oublié les débris de vos amours sur le quai en entrant dans le silence de l'hiver énucléé. La société des chemins de fractures vous souhaite un agréable voyage...

Je ne sais plus comment j'en suis arrivé là, je n'avais pris que l'aller, j'ai horreur de me dire qu'il va falloir revenir, où que ce soit, qu'il faut toujours revenir à ce qu'on a laissé, figé, vitreux comme de la buée dans laquelle se dissolvent des mots tracés à l'index indélébile. Mais pourtant c'est bien là que je suis revenus. J'ai cherché ma place, puisque j'avais payé, j'en avais une. Numéro 94, côté fenêtre. Fenêtre ? La nuit est pleine, on a que le reflet déformant dans la vitre blindée, de ce qui se passe à l'intérieur. Au dedans de soi, on ose pas y regarder, la grande serre de la gare, quelques minutes avant, une couveuse où des morts-nés s'affairent autour des automates. Naître c'est donner naissance à un tas de gens indifférents. Des curieux indifférents. Il n'y a rien de pire que les curieux, face à eux on se sent comme nus, dans des langes sales, dans des salles d'attente où personne n'attend rien que le moment de fuir. Le TGV pour ça, c'est parfait. On fuit à la vitesse de l'éclair qui renonce à éclairer ce qui le brûle avec voluptés. Je me suis assis, à côté de moi pas de voyageur, un jeune homme arrive, je sens la décomposition il me toise, regarde le siège vide et me dit:

- Je vais aller m'assoir là bas, le wagon est presque vide et la peine ce soir m'est étrangère.

J'ai l'air d'avoir de la peine ? Non pourtant, j'ai l'air d'un assassin dont la vocation est tardive. Ma gueule fait peur, je vis dedans, je me suis habitué à ça, avoir une gueule de travers. Il y a toujours un malaise. Un malaise et puis la curiosité. Les curieux sont comme les clients du rayon boucherie, ils reluquent les meilleurs morceaux mais n'ont jamais les moyens de leurs festins, alors ils se rongent. C'est vrai que le Wagon est presque vide. Alors, le wagon là, vous le voyez presque plein ou presque vide ? Je ne sais pas, l'important c'est la qualité, pas la quantité. Là il n'y a ni l'un ni l'autre. Des gens, pas des voyageurs, des servants de batteries au bord de l'extinction. Tout l'attirail du parfait rien, téléphone, ordinateur, MP3, DVD, clignotements, petits bruits sans saveurs, SMS, TesOù ? Je te porterais chance, j'arrive à 22 heures 19, tu seras là ? Et tout ça portable, migrant, autonome, sans nom qu'un numéro de siège tatoué sur la certitude d'être quelque chose. C'est à dire quelqu'un qui a payé.

Je suis dans ce boyau high tech comme un étron bien expulsé, je ne ressens rien d'autre que la satisfaction stérile du transit accomplis. Gare de Lyon, 22 heures 19. Je jette un regard vers les escaliers du Train Bleu, tiens c'est vrai, un matin je l'avais emmenée là, elle avait raté son train. elle était encore à moi. L'éternité en vrai c'est quand rien de ce qu'on avait prévu ne se passe et que le temps est nu, totalement nu, définitivement nu.

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19.10.2009

La vie en deux

On se se ressemble jamais. Ça n'est pas faute pourtant de courir en tous sens pour s'approcher, à l'instar de ce chevalier de la geste Arthurienne qui s'étant conduit au plus près de l'objet de sa quète, ne peux qu'être le spectateur du passage de son rêve éveillé. Alors on vit la vie en deux et parfois même nous la partageons, brefs instant avec celui, celle que nous chargeons de représenter l'idéal humain d'une vie un peu moins soumise, un peu plus libre. Mais de la liberté quand nous ne nous en effrayons pas, nous en moquons l'éclat en la ridiculisant. Le soleil nous inonde mais nous inventons dans le même temps la lumière électrique, l'éclat domestique de la toute puissance que nous employons à nous nier. Et faisons comme si nous commandions au monde en appuyant frénétiquement sur l'interrupteur. Je t'aime ... Switch on ! Je ne te veux pas ... Light off !

Alors c'est de la vie en deux dont nous jouissons tristement. Le chevalier Pourfendu du roman de Calvino (Gallimard-Folio numéro quelque chose?). Quelque chose nous étreint puis nous éteint, quelque chose que nous revendiquons avant d'éprouver la honte d'avoir laissé passer le Graal de notre accomplissement. Nous naissons en géants, c'est de cela que nos mères soufrent en hurlant. C'est pour cela que nos pères prennent la tangente, par la chatière des urgences molles et nous nous éteignons comme des bricoles entreposées dans les pages de registres qui ne parlent pas de nous sinon qu'à aligner les noms d'un générique de série B. Tant gent sont nos ainés, aimés jusqu'à la soumission. Tant innocents sont nos petits, que nous confondons l'innocence avec la fragilité du vide supposément aimable. Si nous ne nous étions pas employés à effacer la connaissance au profit du savoir et de l'acquis, nous croirions moins aux bienfaits, vite fait, méfait de la répression. Tant gentes sont moitiés que le huitième de leur présence suffit à nous faire détester la liberté qu'il y aurait à les aimer toutes une. Indivises. Non feintes. Et mal élevées. Si possible un peu mieux mal élevées.

Nous cultivons la racine en méprisant le fruit. Et si cela n'est pas la fin d'une humanité d'unijambistes, c'est que la valse, chère au coeur de mon père n'était qu'une danse de salon. Salon où il n'a jamais posé le pied. Lui qui comme tout un chacun vivait en traversant le monde sur la pointe du coeur, en s'excusant de n'avoir pas été jusqu'au bout, l'astre bleu pâle de son regard orbital.

15.10.2009

Faim d'enfance

Petits visages encartés dans les registres du mépris, regards, toujours les même regards éveillés au plus noir de la nuit vieille comme la misérable veulerie des adultes. Sourires ... Non pas de sourires, plus jamais de sourire sur le visage des prostitués. La marchandise sourit-elle ? Non, elle clignote salement aux linteaux des bordels d'où sortant, on rajuste son pantalon. En pensant que finalement, quelques pièces dans la petite main feront bien un repas.

La liberté, dans ce monde débraillé, est toujours celle du plus fort, du plus riche, de celui qui jouit en se rêvant autre. Cet autre qu'un poème mal lu fait connaître sous le masque de la raison du plus mort. Cette raison qui fait que nous continuons à nous laisser faire la morale par ceux qu'une éternelle digression fait toujours paraître pour ce qu'ils ne sont pas, nos semblables. Ces semblables de qui nos envies de tuer dérivent lentement vers le dégoût de nous même. Nous même, qui ne sommes rien, bien moins que ça, sous le regard numérisé, compassé qu'ils nous lancent en évidant la loi afin qu'elle soit cellule putride où nous finissons de nous accoutumer à l'ignoble.

"Il y a trop de gens en prison ! Il n'y a pas assez de prisons ! Il faut construire des prisons ! Des hôpitaux psychiatriques et des prisons ! Les programmes scolaires ne sont plus adaptés à la "jeunesse" de ce pays ! Les enfants issus de l'immigration ressentent un mal aise profond quand à l'avenir que leur réserve la Nation ! Ils se sentent abandonnés au pieds des usines détruites ! Il faut plus de prisons ! Construire plus de prisons, afin qu'une petite partie d'entre eux retrouvent le "désir d'avenir" en devenant maton.

Je vous en prie, prenez mon enfant ! Faites de lui ce que vous voudrez ! Mais emportez le loin de ce merveilleux bourbier ! Prenez le monsieur le Ministre, nous vous en supplions !

13.10.2009

La durée de vie du vent

Pas plus le le prix de gros du ventre sur le marché nataliste de la République, je ne saurais dire la durée de vie du vent; Me semble tout de même qu'un mystère a été amplement éclaircis dans cette époque qui voit tout, qui sait tout, qui invente au besoin quand l'information coûte trop cher à aller chercher et le clame haut et fort sur tous les créneaux horaires. Tant et tant que nous en avons le bloog ramollis des doigts de pieds en cape. Ce mystère là c'est celui du vide que l'on nous propose comme origine de la matère à penser. Un big bang dans la cuvette des chiottes. Il était une fois, nous conte t-on ... Once upon a time in a small palace, there was a princess called la princesse Troodbal. Un prince, que la quète avait abandonné sur le parking à pare-buffles s'en allait tristement, la lance à la hampe. Cependant la princesse Troodbal, que les taches ménagères ménageaient, vu qu'elle avait de hautes responsabilités dans le milieu humanitaire, n'avait à elle pas une minute pour se languir à l'aise de l'absence du prince que communément on nommait, Frédéric le Dard.

Il arriva ce que tous nous savons à présent, on prit Frédéric en train de se faire pomper l'article par de jeunes sans papiers, dans un cul de basses-fosses d'un centre de rétention administrative; La princesse sortit un disque et tout le monde fut bien content le jour ou Frédéric et la princesse se retrouvèrent Badour, sur la chaîne de Tifain, afin de se faire exploser les sphincters par l'audimat qui en redemandait et par conséquent en re-eut. Car il faut bien l'avouer, nous n'aimons rien tant que l'on nous raconte des belles histoires, qui finissent bien. Sauf pour les figurants, bien sûr. Celle-ci par exemple:

Il était une fois, dans un pays que je connais parce que longtemps j'ai cru que c'était le mien du fait que sur mes papiers partout il était écrit que j'y étais né, que j'y avais été à l'école, que j'y avais servit la nation sous les couleurs d'un régiment de parachutistes, que j'y avais payé diverses TVA et autres taxes sur les produits que j'y avais consommés, sans qu'il fut besoin qu'ils y fussent produits, mais ceci est une autre histoire ... Il était une fois donc, dans ce pays merveilleux qu'un vieux chanteurs à balais roses avait si bien chanté, emboité lui même par un groupe au nom savoureux à présent, "carte de séjour", tout un tas de braves gens, hommes et femmes paritairement ambitieux, qui rêvaient de faire poètes. Plus tard quand ils seraient grands, aussi grands que Victor mais un peu plus petit que Charles et ridiculement nain par rapport à Nicolas le père à Jean ... mais ceci est encore une autre histoire ... Moi quand je serais grande (d) je ferais poète ! Puis il compulsèrent les petites annonces de pôle emplois, puis un ami de leur papa qui connaissait quelqu'un au ministère les informa gracieusement qu'on cherchait quelqu'une pour raconter des histoires de gens de pouvoirs, that is to say des caves toujours plus convexes dans l'allure. Exemple : Jean, le fils à Nicolas, a un scooter avec chauffeur, il emboutit le pare-choc d'une grosse brême, c'était la nuite... Racontez en vingt ou trente lignes vos vacances à la neige.

Story teller's, c'est ça que je voulais être quand j'étais petite. Mais je ne savais pas que ça existait. Je regrette parce que poète ça y va pas beaucoup à la neige quand c'était petite. Notez bien, la poudreuse je m'en suis bien passé jusqu'à présent. Et ce pays dont je parlais, ce petit pays pas plus grand que l'Irlande est démocrate, ce petit coin de petits marquis, j'ai bien l'intention de le laisser dans l'état où je l'ai trouvé en arrivant. On s'y torche on s'y torche ! On s'y torche avec les doigts.

La durée de vie du vent ? Comme la vitesse de la lumière, incalculablement vaine à calculer.

12.10.2009

Le tour du cadran

Tandis que du pas de l'empétré je claudique, bancal encore un peu, elle plaque les secondes et épingle sous les talons de ses escarpins le caractère froissé des heures passées. J'ai fait le tour du cadran solaire, j'ai suivis la Lune jusqu'à ce que la face cachée de la vie me révèle la folie nocturne des embryons. Aux étoiles j'ai posé la question des naissances successives de la lumière. Ma peine était hantée par le silence d'où aucune renaissance ne venait abréger l'éternité. Je froissais le ciel en dévorant la terre délabrée des tombes. Elle règlait l'addition en nous soustrayant  du nombre des heureux peut-être. Elle disait non et ses talons piquaient la dépouille de mes massacres, du bord des bourbiers je chutais, à l'aise sous les morsures de la meute. J'étais immobile sous le vent, comme ces arbres dont on promet le bois à la pourriture ressassée, et qui jamais n'apaisent rien de ce qui craque sous l'écorce, et pour qui jamais ne se déchire le rideau lourd de la grêle, et dont le déchet scelle le secret des fruits absents. Je la portais nue au dessus de moi et à mesure que je perdais pied lui faisais sentir l'abrasif des laves mortifères Mais à son front est un présent, mais en son ventre est une femme. Et au creux de ses hanches la forme unique du temps qui n'a plus d'heures ni de secondes à consacrer au sacrifice de se souvenir de ce qui aurait pu être. Puisque n'est pas ce que l'on a pas voulu nommer autrement que remords et regrets. Puisque sous la pluie d'Octobre elle est le cristal d'un infini présent .

(Pour P. G.)

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