11.03.2009

Une Celtique

A l'occasion de l'ouverture du salon du livre et puisque cette fois encore je n'ai pas pensé à louer un stand, pas trop loin des caméras, je refile en place publique ce court texte, tous droits sortis du contexte de la polémique à propos du téléchargement d'oeuvres mineures sur le net. Textes free of charges, tout comme les 529 qui le précèdent et n'en sont pas moins libres d'être lus ou pas. Pas moins pas plus !

-Tu veux une baluche ? On se les caille avec nos mitaines graisseuses dans les entrailles gelées du diesel Massey Ferguson. Rien à faire, moins quatre, cette saleté veut pas démarrer. Alors il fait sortir de la poche de sa canadienne le paquet bleu et jaune, en frappe l'angle sur son pouce replié et la tige de douze bondit vers moi, entre le pouce et l'index je la tasse sur le capot ouvert et nous l'allumons de conserve. Lui il se la fiche au coin du bec et moi je l'imite. On est un peu lui et moi comme dans l'Angélus de Millet (A moins que ça ne soit l' Avé nu de Milet, je ne suis pas très féru en couvercles de boite de chocolats) sauf qu'aucune cloche ne nous rappelle que Dieu se sent seul et qu'il pique des crises bibliques quand on ne vient pas tout de suite se mettre à genoux. La cibiche, c'est pour le bout du nez, pour le silence, pour le petit brandon qui fait comme aux seiches l'encre, un épais nuage dans lequel disparaître, plongé dans ses réflexions, comme on dit. Lui et moi on les aime ces moments d'hommes nus dans le froid et le dégoût de la terre qui se laisse pas retourner comme un électeur. C'est pas qu'on aime pas l'horticulture, mais les fleurs, à certaines saisons vaut mieux les avoir en photos qu'en pension. Et puis aussi que le tracteur couche dehors. La maison en haut du terrain est petite. Lui et moi on est né dedans, dans les fleurs. A des époques éloignées, suffisamment pour que lui je l'appelle mon oncle et que lui le fasse par mon prénom, mon simple prénom mais qui dit par lui devient un truc magnifique.

Mon oncle c'est le swing qui le mène, c'est son anti-gel, ses années Quarante, ses soixante dix huit tours sous le bras, il déboule, dans son veston aux genoux, de la rue de Rosny ... ZaZ ! ZaZ ! ZaZ Zazou ! Arrivé à la croix des chevaux par la rue Galiéni, il entre chez Arlabosse où l'attendent les poteaux. Tous sapés comme des princes du Dimanche, tous Ellington dans le sourire, Tous Reinhart au bout des doigts, tous sous les semelles de bois quelque chose qui fait claquer des doigts. Lui, il chante, on le sollicite. Comment il chante, c'est mieux de pas trop en faire en le disant, je ne voudrais pas désespérer les chanteurs à textes des victoires de la Musak. Le Thomas Dutronc par exemple qui déclare, micro dans la narine que : "C'est un génocide culturel, le piratage" de ses leurres manouches, j'ajoute à la citation. Mon oncle quand il chante, je peux dire que les merles et les rossignols de mes amours remballent le barnum et s'inscrivent au premier radio crochet venu, celui de Radio Paris fera bien l'affaire. C'est à peu près tout. Il chante, il m'enchante. Et je me mets à fredonner à la scie quelques refrains à lui, dans mes années Soixante Dix, Quatre Vingt. Juste là où on se trouve, les pieds dans le bourbier, à attendre le dégel, la tige au bec.

On est pas des lumières, on a pas fait la guerre, il a pas fait chanteur, j'ai pas fait écrivain, on a pas été vain. On s'aimait je peux dire, et maintenant que les fleurs l'ont eut par la racine, je peux dire aussi que l'on s'aime encore. 

Tiens mon Oncle, prends donc une clope !

10.03.2009

Salon des refusés

J'avais par une nuit sans lune, une nuit à vous glacer les sangs à l'heure des sorbets, commis une sorte de CV à l'attention obligeante d'une entreprise qui s'occupait de nétoyer les WC. Je quittais la boutique, la poésie me déboutais du droit d'asile, j'avais choisis mon immigration, je ne voulais plus avoir à faire avec le calcul de mes droits d'auteurs, ajoutés aux droits dérivés (T shirts floqués, meuuuhg, trousse de maquillage, string's, vibro-ma-soeur à propulsion de bouillie sanguine commandé par auto suggestions lascives etc ...), ajoutés aux compill's non remboursées par la caisse d'assurance maladies primaires à l'attention des primo-intégrés, le pactole allait son train-train de créature culturelle et je pouvais bien me flatter d'un certain talent à tenir la phrase à la corde, comme un lévrier. Je perdais le lecteur comme personne. Parfois j'en croisais un :

- Ah, cest vous ? Son aire désapointée, rétrécie, au milieu des ponctuations suggestives d'un lyrisme de chiotte le poussait généralement alors que je m'approchais pour le soutenir dans son effort pour reprendre pied au fin bout d'une phrase d'au moinss dix lignes et quatre mots, à faire sans y pensez un pas en arrière :

- Ah c'est vous, le sagouin, l'écorcheur de petites culottes syntaxiques, le baltringue de la langue, le qui prétend nous faire avaler des tranches entières de sa vieille gourme séchée aux portes des bordels à gourance ? Non, pas d'explications, c'est sans qualificatifs, pas d'excuses ! Remballez la camelote ! Faut que j'achève mon autobiographie.

Car le lecteur écrit, fait du VTT, peint en secret des éfigies à cinq euros, est citadin jusqu'à l'expulsion aime la montagne et la mer, joue à la belote coinchée, est inscrit dans un club de réflexions qui répond au doux nom du "miroir et l'armoire" dont il anime la cellule de crise. Le thème du mois ? Sécurité et tri sélectif. Car le lecteur est tout un, Pilate aux ongles faits, loque généreuse qui n'attend que la traverse pour achever la croix, conseil des prêtres qui ont une calculette dans le tabernacle et le peuple, tout un, généralement enclin à faire durer le plaisir. Rien de tel qu'une bonne montée dramatique pour activer le ressort de la réaction.

Une sorte de Cv avec mise en valeur des capacités à saisir le sel des situations en milieu hygiènique. Allons-y, c'est par là ! Lecteur si tu veux, tu peux venir !?

Je suis à moi tout seul un salon des refusés en ordre de marche. Les fauteuils sont puissamment défoncés, le diwan sert de poulailler, les guéridons sont d'époque néo-critique, les carpettes viennent toutes de pays lointains, en pur poils d'autochtone. Au murs sont les oeuvres, les minutes du Procès, Le voyage au bout de la nuit qui conduit l'essentiel d'entre nous à la rédaction de lettres de motivations et de coolies culum vite fait. Pas de miroir dans le taudis, pas besoin donc de vous refaire une beauté, personne ici pour relever ces pudeurs que vous avez souvent, incontinent lecteur, mon semblable, ma soeur, à l'heure de dire que vous aussi parfois, entre deux listes de commissions, vous vous commettez à quelque chose qui pourrait bien en être de la poésie ... Qu'en dites vous ? Soyez sincères ! J'en vois ça et là ... attention ! vous allez mettre le pied dans le vase de nuit ... qui feraient bien quelques petits sous avec le mirliton qu'ils ont reçus le jour de leur première communion. Las mes plumets ! C'est bien assez de mettre son cul à l'encan sur le marché de la destruction massive de l'emploi. N'en faut pour la gratuité, le don pur et simple. L'ordalie du don, un peu !

Suit la rubrique qualités diverses, centres d'intérêt, langues parlées, écrites, fourrées, avez vous des mômes, comptez vous en faire, quelle est votre appartenance religieuse, émettez vous des opinions politiques. Là j'ai bien remplis à ras bord de produits odorants : Contestations, agitations, happening's, show mc drive, évènements, kermesses, Goûters d'entreprises d'élimination des vieux, débats avinés et pour les mamans j'ai aussi des animations récréatives ayant pour bases pédagogiques d'anciennes pratiques artisanales où l'on fait travailler sa tête en ajustant la dextérité des doigts... à...

Et pour finir, sans queue ni tête, l'avis du lecteur qui parfois est aussi directeur des ressources humaines en milieu pétrolifère :

- Cette chose là, Ordalie du don, c'est pas un chant de Cosaques ? Ca veut rien dire en fait, hein ? Parce que vous faites bien, si ça veut rien dire, de postuler à l'entretien du trône. Poète de cour, va!

 

Ce long cassage de gueule est tout entier tourné vers Fred et Guil'homme qui, à l'époque où je les rencontrais naviguaient de conserve à bord d'une baleine et venaient de Joinvile à MALF par la voie d'eau des airs. Je les aimais bien ensemble.

18:34 Publié dans Relis tes ratures | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sarkozi, bruni, littérature, mexique, crise, lioret, aubry | |  del.icio.us | | Digg! Digg

02.03.2009

En avant ... Mars!

Bon, faites un peu attention où vous mettez les pieds ! Le terrain est miné. Et comme nous ne sommes pas vraiment déterminés à jeter par dessus bord les quelques qui font écran par le fumeux de leurs discours empêtrés, nous allons devoir marcher au pas. Au pas cadencé des forçats volontaires et empressés à pas perdre le rien qui leur reste.

Sous ma paillasse j'ai serré un petit quignon de pain dont l'ouvrier Roumain, le plombier polonais, le Magyare aux yeux injectés de sang, le balte, la blatte d'outre-Danube réclame sa part. Sa part ? Mais quelle part ? Ne sont-ils pas contents qu'on les ait libérés par Wojtyla Jean Paul notre saint père crevé ? Sont-ils pas reconnaissant ? Voudraient-ils aussi croquer dans le moisis de la mie racornie. Et l'asiate alors ! Y a qu'à se servir 

On nous assaille ! On en veut à nos produits régionaux, à nos AOC, nos pinards, nos oies, nos bovins encartés, nos lumières au fond du couloir, première porte à gauche et tirez la chasse, svp ! Aux armes ! Aux armes ! Pauvres protégeons nous de la misère des autres, Votons ! L'Europe ? Validons ! Les traités ? Plébiscitons ! Pas une minute à perdre. Au pas cadencé, la dernière cadence infernale qu'il nous reste à tenir.

Mais rassurés soyons nous, pas de conflits à l'horizon. Paisibles sont les paysages de ce matin, le second sur Mars. Nous flottons à l'aise, l'air est rouge, le sang est bleu, la sélection est naturelle. Les charters me passent par dessus la tête, dans les rues les suspects filent dans l'ombre du travail au noirte :

- Monsieur l'agent ! Monsieur l'agent ? Je crois que lui là, il est pas ... Enfin vous voyez ! Mais non pas de quoi ! C'est naturel. Entre français faut bien s'aider, être solidaires. Seuls les humains savent comment on peut apprendre à marcher au pas, en apesanteur. En avant ... Mars !

Au fait, j'allais passer outre, comme disait Alphonse (pas l'Alphonse de la Martine !), certes le Souabe quand il est imberbe n'en est pas moins européen mais ne l'oublions pas ! Non ! Le Serbe nez en moins est fourbe !

 

28.02.2009

Mouvement de Libération de la Forme

Martine est une chic fille. Martine a fait des études. Martine a des idées. Martine est de gauche. Martine fait du social. Martine donne un peu aux pauvres. Martine est maire. Martine est fille. Martine rassemble. Martine fait carrière. Martine est secrétaire générale. Martine ne rêvait pas d'être postière. Martine ne rêvait pas d'être modiste. Martine ne rêvait pas de devenir l'épouse comblée d'un cadre moyen. Martine ne fait pas du jardinage. Martine ne fait pas la cuisine. Martine ne toilette pas son petit chien. Martine ne va pas à la plage. Martine n'a pas d'amis. Martine n'a pas d'amants. Martine à des relations, avec qui elle négocie l'éventuel avancement de leur plan de carrière. Martine a hérité d'un parti mais pas un bon parti. Martine est un bon parti. Martine a une copine. La copine à Martine elle s'appelle Ségolène. Ségolène et Martine ne font pas la cuisine. Ségolène et Martine ne prennent pas l'apéro au rendez vous des chômeurs. Ségolène et Martine vont tenter un coup. Martine est le cerveau et Ségolène est charismatique. Martine et Ségolène ont des voix. Martine entend papa. Ségolène, après Charetty, le Poitou, les Charentes, la guadeloupe, washington et Pékin brûle de visiter Rouen. Martine et Ségolène vont faire l'Europe sociale. Martine ne sait pas très bien de quoi il retourne. Ségolène se prépare pour 2012. Ségolène avait une petite chienne, elle s'appelait Arlette. Mais Arlette est morte dans l'incendie du Crédit Lyonnais. Martine est une chic fille alors elle a offert à Martine un petit ratier rouge passé, il s'appelle Olivier. C'est Nicolas qui les élève, ces petits ratiers là. Martine est de gauche. Martine est socialiste. Martine est libérée. Martine en plus des obligations liées à l'extinction de la classe ouvrière a une passion secrète. Martine anime dans la clandestinité une cellule révolutionnaire ulta-invisible. Le MLF. Le Mouvement Lent des Formes.

Non je ne suis pas un déçu du socialisme. Je suis bien trop con pour être autre qu'anarschiste du Quaternaire !

Ah au fait ! Aujourd'hui j'ai vu dans les journaux que Martine est contente et que Yolande aussi. Alors moi aussi, hein, je suis contente.

C'est nous les gars de la Martine !