20.04.2008

Il pleut

Il suffit de tourner le dos pour qu'il pleut. Il pleut selon vos convictions notez bien. Il, on s'en rend bien compte, respecte le calendrier des revendications, secteur par secteur. Vous voulez qu'il pleut des augmentations de salaire ? Il pleut un Aimée Césaire. Vous voulez qu'il pleut plus des emmerdes ? Alors là repassez la frontière, sans K way pas de papiers, sans papiers pas de cul terreux, sans cul terreux pas de prévisions, sans prévisions pas de gouvernance, sans gouvernance pas de TV et sans TV pas de racontars sur la pluie et le beau temps.

Il pleut plus, pas de veine, je tenais pourtant là un sujet bondissant d'émois variés. Ah ces longues promenades sous les pluies tropicales que toi et moi faisions en poètes roulant dans le caniveau gorgé de vomissures impétueuses ! Ce crachin d'Automne plaquant sur nos paupières les feuilles des maronniers tandis que nous nous bourrions la gueule de coups de poings à la sortie  des écoles. Ces pluies  enragées à  saloper les rivières  quand nous glissions des berges grasses, happés  par  la boue matricule, sans espoir d'en revenir autrement  que  dégoulinant d'herbes folles et bons  à  calotter. Ces orages de Mai où le muguet rancissait de saison en saison, sans fleurir  le revers  des luttes.  Pluies que nous souhaitions  diluviennes  quand  de nos lèvres empatées  le vin  évidé  faisait de nos pensées des bulles  de salive  lourde.

Il pleut plus, plus assez pour laver le ciel qui ne se souvient plus que nous  naissions  sans qu'en soit perturbée  la télédifusion du bulletin météo, nous naissions anonymes, pour encore  un peu  libres.

11.11.2007

Onze

Je le vois bien mon idée de lettre de rupture ne vous a que peu enchantés. Il vous en faut plus pour grimper aux rideaux, vous foutre sur le cul. Serait-il pas que face à la gesticulation médiatique nous sommes déjà comme des proies fascinées. Un mauvais goût de cauchemar en cours de montage nous hante les papilles. La semaine qui vient, j'espère nous verra tenir des discours enflammés contre tous les privilèges liés à la fonction.

Notre dernière arme est la vengeance horizontale.

Fort des arguments dont nous abreuve la chose télévisuelle nous serions plus de soixante pour cent à réprouver les grèves. Salauds de fonctionnaires qui font bon an mal an marcher les trains et autres services dont nous usons sans avoir, comme dans nombre de pays, à glisser un petit billet par ci, une petite pièce par là pour que le dossier avance. Ni à crainde que le train déraille par manque de budget. Bien sur qu'à se défendre contre les avancées ultra chic de l'Europe "libérale" nous n'avons plus les moyens et ceux qui les ont encore un peu, du moins en apparence, nous font horreur. Ils nous empêche même d'aller quémander auprès de ceux qui nous emploient, à juste titre, notre salaire d'animaux de bat. Nous n'irons pas, grèves aidant, notre CV à la main moite nous présenter devant un DRH soucieux de ce que nous ne sommes pas tout à fait blancs, pas tout à fait homme, pas tout à fait dupe de la conjoncture. Mais que si il faut faire un effort, alors oui évidement, tous ensemble !

Ce qu'il y a de prodigieusement laid et désespérant dans cette fin du monde connu c'est la mécanique qui elle reste bien huilée malgré que tous les autres rouages nous aient pris en grippe,  de la faute aux faibles. Nous avons trop profités ! Voilà ! Et maintenant esprits puérils que nous sommes il est temps de payer, tous nos débordements, nos orgies de luxe et surtout ce goût que nous nourrissons pour les coups de bâton. Celà aussi nous sera facturé. Les forces de l'ordre sont composées de fonctionnaires comme vous et moi;

Plus jamais ça hurlaient-ils En 1918. Sans déconner ils ne se sont pas battus pour rien. Leur mémoire résonne encore dans nos actes et pensées. C'est en ça que la france est éternelle. Désespérément éternelle.