26.10.2009
Adversité
La tête dévissée, ayant lutté longtemps contre les évidences figées de ce qui n'avait jamais existé, il finit un matin par se lever du bon pied, celui qui lui restait. L'autre n'étant plus que le jumeau commode d'un pas qu'il allait falloir faire. Il ouvrit donc le bestiaire de ses passions usées et un à un en extrait les portraits desséchés de quelques aventures. Des histoires qui ne vivaient que parce qu'il en restait, seul, l'aliment favoris. Les souvenirs. C'est ainsi que l'on nomme cette crasse dont la mémoire s'orne pour aller dans le monde et gémir à son aise de la ruine qu'elle entretient en gardienne privilégiée des rogneries montées en épingle à cravate. La cravate que décement on ne peut se passer au cou que pour assister à ses propres obsèques. L'heure n'y était pas.
Il y avait là des amitiés, à la vie, à la mort, et qui mortes sans en avoir l'air, lui rappelaient qu'il avait aimé jusqu'à l'idée même de s'aimer follement dans l'abandon, le silence, jusqu'à l'évidence, l'indiférence. Des amis des deux sexes, bien qu'asséxués en tout. Une fraternité, des bandes à n'en plus compter les membres, à ne plus savoir comment on était tombé là, dans cette fidélité que l'on est souvent bien seul à vivre, pour le compte d'un quelconque intérêt, de quelque chose qui n'est rien moins que le profit mais à qui le vocabulaire offre des noms fleuris comme l'enfer des marécages. Le besoin que l'on éprouve à se rassembler, à faire de ses semblables une communauté est éfrayant, à bien des égards. Il aurait pourtant suffit d'ouvrir l'oeil, de ne laisser s'approcher que ce qui n'avait rien à gagner dans la fréquentation, pour se retrouver libre de ne servir à rien ni de servir personne. Mais voila, quand la nuit vient, hurle au miroir le fantoche de la triste réalité. alors on se serre les uns contre les autres, et comme c'est souvent l'heure de l'insupportable, on se saoule de toutes les drogues possible, on enfante les projets les plus idiots. Puis l'on titube pour s'en retourner dans les bras du fantoche, tout au regret de se quitter déjà, comme on s'était trouvé. Pas un grain de sable qui n'ait retrouvé sa place. Pas le moindre bouleversement qui n'ait été, au bout de cette longue nuit, qu'un peu d'eau croupie remuée puis refermée sur ses fermentations. Amitié, l'étrange mot. Tout fait, à le prononcer seulement, de sons anémiés. comme autour de la presque dépouille d'un cher, d'un proche on continue à s'entretenir à mi-voix, pour ne pas le réveiller d'un sommeil qu'il a eut tant de peine à trouver, des mil feux que l'on prépare pour demain, pour lui ... Bons ainsi, nous nous trouvons bons, avec le sentiment de n'avoir pas perdu notre temps. L'élaboration méticuleuse d'un château de sable prend au moins autant de temps que l'océan met à ourdir une saine tempête. Ses amitié n'avaient été que des châteaux de sable. Il guetta longtemps à l'horizon et du fin fond de cette marine grasse du talent d'un peintre du dimanche, il la vit arriver, montée sur les roulements à billes de l'écume abrasive, elle ne tarda pas à ronger définitivement les falaises au sommet desquelles l'herbe sèche s'accrochait au peu de terre livide où ses amitiés continuaient à tonitruer, ivre mortes de leurs vins amers. Quelques têtes tombèrent du bestiaires, dans la poussière. Il faudrait faire le ménage, ramener à Panurge ses moutons. Qu'un nouvel holocauste puisse avoir lieu. Sans que nul n'y trouve matière à s'émouvoir outre mesure.
Quelques pages plus loin, il y avait là du sang. Un fleuve au bord duquel somnolaient père et mère. Le premier plus que mort, la seconde latente, attentive à ne plus faire un geste qui puisse s'interpréter au delà de l'absence convenable, du silence au sein duquel tout se dit, auquel il n'est nul besoin de rien rajouter puisqu'en ne disant rien on ne s'expose pas à répondre aux questions. Quelles questions ? Aucunes qui puisse froisser l'ordre ancien de la fatalité : Que veux-tu que je te dise ? Rien je t'en prie, ne dis plus rien. Puisque rien n'a été, il suffit que nous nous aimions automatiquement, à date fixe et que nous nous l'écrivions en formules consacrées par l'ordre qui naît lui du courage qu'il faut pour se maintenir probe, et lâche mais probe. Contrairement à ce que veulent bien nous faire croire les esclaves, le blanc n'est pas la couleur de la trique, pas plus que ce n'est la couleur de la main qui l'abat, le blanc est la couleur du vide au fond duquel ils plongent dès l'instant où il s'agit pour eux de faire un choix; le choix entre la liberté et la servitude rêvée. Père et mère, au bord du fleuve d'un sang mêlé puis séparé par des noms de baptême rancis par les ratures de l'état civil. Comme si il y avait un état civil de la désertion. Et que tout était bien, là au bord du fleuve où flottent les petits cadavres des enfants. Deux têtes tombèrent à la suite du bestiaire, mais chacune de son côté, chacune ignorée de l'autre par le tristesse froide de la première. Au bord du fleuve, il fait un froid qui donne envie de n'appartenir à aucun groupe sanguin.
Puis vint le moment de soulever la lourde page de la fratrie...
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Digg
25.10.2009
H1N1
Vous êtes près mes petits cochons ? Vous avez la goutte au nez ? Un petit peu de fatigue ? Des courbatures ? Quelque chose qui ne tourne pas rond ? Une envie d'éternuer en public ? De vous racler la gorge bien à fond et de cracher tout ça au passage de l'ambulance ? Le numéro des urgences dont vous n'arrivez plus à vous souvenir ? Une mémé qui fort opotunément est prête à vous céder dans l'extase morbide, les quelques napoléons dont vous allez enfin savoir où elle les planquait, la vieille, elle nous a assez fait ch... ?
Maman, j'ai mal au vent' ! Le petit aussi se plaint, normal demain il a interro écrite ! Mais non c'est pas à cause de ça ? C'est l'hostie alors, que vous lui avez carrer dans le bec, le corps du Christ, avant la fin de l'office où le curé lui même avait la morve en pleine transmutation au dessus du ciboire. Les hosties avaient une belle couleur fluo, c'est vrai. Qu'est-ce qu'on ferait pas pour halloween ! Cette année le thème c'est : Prends toi en grippe ! Alors vous l'avez où pas ? Ça vous gratouille ? Ou ça vous chatouille ? Hein ? Faut savoir, car en passant devant la page d'ouverture de mon yaourt, j'ai relevé ce titre aux accents gore :
États-Unis, plus de mille morts dues à la grippe, dont au moins 100 enfants ! Le président Obamoi déclare l'état d'urgence!!!
Tiens ça me fait penser que je n'ai pas déclaré mes revenus pour l'année passée. T'en a pas eu ! Ah oui c'est vrai.
Mille morts sur une population de 360 millions d'habitants reconnus comme tels, aux Etats-démunis c'est une catastrophe nationale. Notez en passant qu'il n'y a plus que les catastrophes qui soient nationales, le reste est passé au marché. Et le marché aime bien quand ça tremble dans les tours, les détours, les contours et les alentours du troupeau.
Dieu s'il vous plait, faites monter le cours de l'action des laboratoires pharmaceutiques, je voudrais mourir plein aux As. In God we tousse. Tous.
16:44 Publié dans polytiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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Digg
29.04.2009
Poussières
Mais pour commencer, une recette de cuisine : Le Sandwich au jambon beurre cornichons, sans beurre ni cornichons, hum ! (à l'attention des suicidaires mais qui ne voudraient pas faire de la peine aux leurs en disparaissant d'une longue et douloureuse maladie. Et pour éviter ce faisant les visites pénibles à l'intubé/perfusé/parfumé au formol, qui non content de mourir lentement, n'a jamais rien à dire ni n'est même pas content du bonheur des autres : Tiens, Gérard s'est taillé avec ta femme !) :
Rendez vous dans le hard discount mexicain le plus proche de chez vous, demandez au charcutier, celui qui vire selon les cours du porc, du rose vif au violacé apoplectique, deux tranches de jambon reconstitué au salpètre (où sel rose pour les initiés). Bien cuit ! Vous demandera le charcutier. Alors, vous approchant de l'étal, la langue en gelée et les pieds paquets vous lui susurrerez : Bleues si possible ...
Puis si possible et recomptant les pièces jaunes vous vous fournirez d'une baguette craquante à la farine de plâtre, pour les ulcères. Mais si vous voulez pousser l'exotisme à son paroxysme le plus charmant, des fajitas feront tout aussi bien l'affaire. Et là, fiévreux déjà un peu, la gorge en feu vous rentrez chez vous, vous balancer la baguette aux pigeons en passant. Ou aux roumains, si vous vous sentez l'âme alter-mondialiste. L'escalier de la mansarde vous résiste, un escalier d'ultra gauche, vous flageolez, vous suez, vous arrivez dans la cuisine où rien n'a cuit depuis une semaine. Et sous l'oeil médusé des eaux grasses où croupissent les nouilles honnies, pâles comme la droite de gouvernement, vous empiffrer les tranches, gras compris. Ne mâchez pas trop, c'est mauvais pour les caries. Sentez vous à présent comme cela va de plus en plus mal ? Non ? Alors allumez la télévision, c'est l'heure des informidables.
Le beurre ? Les cornichons ? Oui c'est vrai, il n'y en a pas dans cette recette. Mais essayez pour voir d'ouvrir un bocal, d'en sortir LE cornichon et de le placer, l'air de rien sur le tapis roulant de la caisse. Pas de code barre ? vous dira la caissière qui elle porte un masque de plongée spécial cochon volant et des gants beurre frais, pour le chic. La honte sur vous et vos petites pièces.
Bon à présent, Poussières. De la poésie politique, de la littérature de blog sans H1N1 dedans : Boud ! Boud ! Boudin ! (Odeur : 1980 no sex).
Tant la marge s'étend, devient vaste, s'octroie l'espace de nos vies, vaste, que nous y serons tous, bien tôt. Les aveuglés et les autres, les rescapés et les autres, les intégrés et les autres, les rêveurs et les autres, les cyniques et les autres, les rieurs et les autres. Déchaussés, haillonneux, hagards, édentés, affamés aux ventres enflés de borborygmes, de rag times caverneux. Tous et les autres aussi !
Soulevés que nous serons comme la poussière sous quoi, qui, moi ? Non ... nous avons laissé s'ensevelir l'unité sans laquelle il n'y a plus d'humanité. Poussières levées de nos asiles comme la volaille cardiaque, électrocutée, portée vers l'abattoir. C'est que nous ne lisons plus le monde, nous le convoitons. Switch it on ! Switch it off ! Nous nous l'offrons par éclats ! Mets le sur vibreur ! Convoitons nous les uns les autres !
Maître ! Maître ! Nous ne sommes plus rien, voila ! Et ainsi, tu n'es plus rien, non plus.
21:24 Publié dans polytiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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Digg
27.04.2009
Mon cochon !
J'avais au panthéon de mes animaux de prédilection, un porcelet de bonne allure, un dévoreur colérique qui me tenait compagnie et dont la fréquentation était insupportable. Cochon mon frère, dont aucun morceau n'était laissé à l'abandon et qui de tout ce qui avait l'apparence du comestible, faisait un festin odieux. Cochon qui s'en dédit ! Disait le proverbe. Ce à quoi mon porcelet répondait qu'en matière de dédit, l'homme, son proche parent, donnait de la hure à qui mieux mieux. Car oui, qui mieux que l'homme sait renier sa parole ? Mon cochon, quand le soir venait, s'endormait sur Orwell en priant saint Antoine de lui rendre ce qui ne lui appartenait pas. Et notamment cette brosse en pure soie avec laquelle le bon saint s'époussetait la bure. Ô Tant de bon procès en sorcellerie où aux côtés d'autres infortunés, des truies, des verrats grillèrent en place publique pour expier l'ignorance crasse dans laquelle l'homme se plaît encore à se vautrer, en chien savant, au milieu des "illusions nécéssaires", des "simplifications séduisantes", de cette fabrique du consentement où Noam Chomsky nous conte entre autres vérités, que l'endoctrinement est l'essence même de la Démocratie. Ne grognez pas, c'est un fait. Les dictateurs n'ont pas besoin de notre voix, ils ont assez de la schlague et des nervis pour nous convaincre de n'être rien. La démocratie débat, elle se commente, elle s'en grosse de mille avis concernés et pour finir se trouve un maître, un élu, un prophète du cause toujours, tu m'intéresses.
Mais voila, mon goret, il a fallu que je le saigne. Aurait-ce été pour en faire tripailles, banquets et que sais-je ... de ces repas de famille où en se gavant, on s'épie pour savoir qui ose se resservir alors que l'héritage est désossé et la couenne toute rongée. Mais non, que d'nib ! Il m'a fallu m'en séparer auprès des instances sanitaires, financées par l'industrie de l'agro-alimentaire. H1N1, m'a-t-on dit. Danger de pandémie, hécatombe, grippe d'épagneul, 100 millions de morts ! Vache ! que je leur réponds, c'est fol ! Et le poulet ? Quoi le poulet ? Puis-je au moins le mettre au pot ? Vous possédez poulets ? Pas plus de deux ou trois ! Faites passer, on s'en occupe. Et voila, plus âme qui vive; Je porte un masque quand je vais chez Danone et ne me nourrit plus que de bons produits mutants dont le fabricant me garantit qu'ils sont riches en apports philosophiques. C'est triste je vous le dis, car ce cochon là avait dans le regard ce quelque chose qui me faisait croire en l'homme. Une douce résignation de victime. Ce quelque chose que je ne trouve pas, chez nous, depuis que nous nous entre dévorons, comme des porcs.
15:25 Publié dans polytiques | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
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