10.06.2007

La couche du moche

Dans mon lit, ça me désole, ne rêvent plus que les laquais de ma colère. Sur la gauche, sur le ventre, sur la droite, sur le dos, en chiens de fusil grippés, ils piquent, taillent, éperonnent sans rémissions ma carcasse révoltée. Ils ne quittent leur livrée de mercenaire hargneux que quand vers les trois heurts du matin, faché contre le monde entier, qui dort lui de son sommeil d'hémisphère, je quitte d'un bond de nerfs frisés l'enclos du repos et me mets en quête de l'arme à saigner la rage.

Nu comme un vers à pied, j'arpente l'espace et fomente des révolutions. Je prends à Bastille un billet pour le palais Bourbon. J'incendie l'Elysée, j'assassine le présidnet qui à cette occasion découvre la vertu médiatique du martyr télégénique, j'entraine à ma suite des foules d'insomniaques, je harangue la couette, soulève parmi les oreillers des vagues d'indignation, je trucide au passage la grasse mouche bleue au ventre de laquelle le pouvoir oculte des médias à arrimer des caméras de vidéo surveillance, je relis dans Diderot trois lignes d'un monologue de Jacques à propos de la destinée et des "fatalitaires" chers à Prévert, je me touche un peu, façon d'apaiser l'ardente nécessité de ne rien faire et puis en une ruse ultime alors que l'aube fait chanter les coqs du voisinage, je me glisse sur le divan, j'allume un mégot opportun, suscite la venue d'une hypothétique callypige et finis par m'endormir sans rien redouter de l'incendie domestique que la braise cendrée fait encourir à mon domaine en lutte.

"Alors toi..." me disait un ami hiers au soir ce pendant qu'il jouait merveilleusement à la guitare un swing et que je finissais mon verre... "Alors toi, tu blog, c'est tout ce que tu fais... Tu blog. Mais en pratique, dis moi en pratique tu fais quoi ?"... Bah... rien... en fait... rien... Mais... 

09.06.2007

Vergers

Dimanche ? Quoi dimanche ?

Dimanche... On repeint la chambre, en bleu paraît-il, une première couche pour commencer, bien étalée, croisée, au rouleau compresseur à poil ras. C'est pas un peu trop, tout ce bleu ? me dit ma femme qui n'existe pas. Ce à quoi je lui réponds que chez Bricoldur c'est la semaine du bleu brun et que pour quinze litres achetés le vendeur m'a fait cadeau de la vidéobalnéosurveillance. Ce à quoi elle ne me répond rien, c'est beau l'amour. Pendant ce temps, la p'tite, que nous avons appelée démocratie nationale pour être bien sûr qu'elle sera toujours du bon côté du manche, est en week-end à Rostock, chez tonton Vlad et tata Georges. Ils tiennent un petit comerce de parapluies et de boucliers dans la rue piétonne du village mondial.  Ca marche fort pour eux,  je suis pas jaloux,  je suis intermittent privilégié, alors...! En bleu donc, ça donne au blanc paraît-il cet éclat si particulier que seules les grandes civilisations savent si bien mettre en valeur. Ma femme et moi sommes bien conscients de vivre au sein d'une grande civilisation. N'y a qu'à voir notre Kultur pour tous, notre exception pour tous, notre art pour tous, notre cinématographe pour tous, nos arts premiers pour tous, nos festivals de la carotte pour tous et puis surtout pour tous ce regain d'intéret pour la "chose" électorale. C'est simple autour de moi ce ne sont que débats enrichissants, contradictions positivement hallucinantes, passions déchaînées à l'encan des discussions amicales. Vraiment, depuis le six mai ça fait bien plaisir que la p'tite soit autant entourée.

Une question se posait après la catastrophe nationale socialiste. Comment avait-il été possible que dans un pays tel que l'Allemagne, terre des arts et de la philosophie on ait pu inventer la solution finale et la guerre totale ? Comment ces deux voies en apparence anti-nomiques avaient-elles pu naître dans ce Vaterland de l'humanisme protestant ? Si je pose la question c'est donc que j'ai une réponse ? Une, oui. La voici :

Aussi haut, aussi loin qu'une culture porte ses fruits c'est toujours sur les ferments et le terreau de  la peur des ténèbres anciennes qu'elle fait fleurir ses vergers. Et quand ces vergers, l'homme, éternel héritier du pire, les enceint de murs surmontés de barbelés, de miradors électroniques, de camera oscura... C'est qu'il est trop tard. Les ténèbres sont là, affleurantes à nouveau, émergeant d'entre les racines. La culture n'appartient plus alors qu'aux courtisans et au discours. Je ne dis pas que notre temps est semblable à cette époque et pourtant... Si !

Pour finir, il parait que les socialistes et leurs petits orphelins de gôche se disent près de rentrer en résistance contre le pouvoir du bleu. Alors qu'ils cessent d'alimenter le tintamare médiatique qui a fait de la démocratie une grenouille de paillasse et de moi un veuf libidineux.