23.11.2009

En vin vivre

Vivre comme une blatte, dans les régions mal humides du monde

A l'ombre des messes basses et compissées

Vivre comme font les rats, en craignant la mauvaiseté de l'homme

L'angélique feu du cautère de fer rouge

Vivre auprès des crassiers pour voir des rêves s'ébouler en monceaux d'ordures

De ces présents dont ne reste que le ruban

Vivre la synécure des habitants souterrains de l'orpaillage métropolitain

La saleté de leurs regards mâtinés de cauchemars

Vivre en chien de fusil, dormir pesamment après chaque coup tiré,

A côté d'une personne...

Vivre au travers des gouttes du vin délicieux de l'injustesse de l'injure

Infuser par l'haleine fétide des dieux du comptoir

Vivre cabossé, loin la parturience des cadavres liftés, bien ficelés

Vivre en porc pour que les mots ne soient que des allers simples

Et les morts des parvenus à bon port

Vivre en silence, en Dieu, en tout ce qui n'est pas la biographie,

le fond de teint, le sourire psychopompe des reparus irréparables

Vivre en vain, au plus proche du ballon, captif de son vin

Vivre en vain mais vivre en baisant ce qu'il reste à baiser d'empreinte

au bord de tous les verres félés par la succion des baby boomés, mal tétés.

Vivre en son vin mauvais comme en la vague que saoule le clapotis.

 

20:19 Publié dans les cosmétiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : vin, poésie, lecture, littérature | |  del.icio.us | | Digg! Digg

22.11.2009

Le doux et la douleur (ex voto)

Souvent toujours la douleur enrôle ceux qui du doux ont quitté le chemin, soit que le chemin s'arrêtait là, et qu'après longs temps passés à errer, il se soient rendus à l'évidence que de friches en essarts ils n'avançaient plus que dans l'avanie des souches retournées. Soit que par un hasard prévu de long temps ils se soient retrouvés au réveil, perdu pour l'horizon, au fond d'un fossé dont ils ne reconnaissaient rien sinon qu'ils l'étaient celui-ci, ce fossé d'herbes sèches au bord duquel on se penchait avec compassion et quelques peu d'agacements, quand crois-tu qu'il va en sortir ?

Alors à l'aide du doloire la douleur leur ôte la vêture des hôtes, alors nus ils vont, se rechaussent de boues et debout s'avancent pour naître des larmes comme on naît d'une pluie à son zénith d'ornières débordantes de vie. Ceux-là qu'on reconnaît comme nos semblables, ceux-là qui sont nôtres par le fond et la forme, ceux et celles-ci que nous ne saurions abandonner sinon qu'à nous rendre méprisables aux regards anxieux des peines qu'ils éprouvent à nous rejoindre, ceux-là n'ont pas de nom, pas encore de nom.

Lectrices, lecteurs, vous qui passez ici comme attirés par la chair vive et nue du propos outré, je vous dois de vous dire ceci : Rien de ce que vous lisez ici n'est vrai. Personne, aucun lieu ni temps dont vous puissiez croire que j'ai eu à le connaître, l'aimer, le haïr ni à en éprouver le moindre sentiment en en recevant l'égale part de ce que j'aurais eu à donner, n'existe vraiment, n'a existé un peu ni n'existera jamais. Je suis menteur de naissance, je fabule et le verbe que j'ai forgé pour qu'il use de moi comme d'une arme blanche  finit par faire le soc d'une charrue pour ouvrir un sillon tendre au ciel lourd de Décembre. "Personne", seul ici peut se reconnaître en ce que le voyage d'où l'on ne retire que la gloire stupide des racontars, s'achève un jour dans un buisson où sa nudité initiale prendra du soleil le souffle et d'une étoile la voie et du vent la maison.

A vous, merci. Et la grâce du doux sur vos propres douleurs.

15.11.2009

Les villes II

(La suite ? C'est ici...)

Mais vous vous en foutez des centres-villes, la sortie 9 vous la faites sur la file de gauche, à 120, 130, entre deux radars. Gould est plié en quatre, comme si il avait prévu qu'un jour sa grande carcasse rentrerait dans la fente du lecteur CD. Il ahanne la mélancolie comme un bucheron qui peaufinerait les angles à sept degrés plus une quinte, d'une allumette. vous en êtes au trois ou quatrième trous de boulette dans le velours gris du siège. vous voyagez seul, c'est juste du coin de l'oeil que vous les voyez se dévider les charmes à jamais secrets des villes. toutes ces lampes tout de même, elles doivent éclairer quelque chose ? Non, elles n'éclairent rien, elles signalent. Le clocher de la cathédrale Saint Thédrale, le tribunal de commerce en vraies pierres du pays, l'avenue Gabriel Ferry, le boulevard Jules Levard, et tout au bout du coin de la rue qui tourne, la gare qui est un chef-d'oeuvre de l'époque où le train ressemblait pas à une sonde rectale.

elles sont déjà dans le rétro les villes, c'est là qu'elles sont le mieux, la portion congrue de visibilité, dans le rétro, avec cette  touche raffinée de pavés bien scellés. Une petite vignette pour le souvenir. La nuit vous remange, vous avez envie de pisser, la station service est à 12 kilomètres. C'est là qu'est la vraie vie. Le distributeur à café, les gueules hagardes et bronzées sous les néons chirurgicaux, les chiottes en musique, la pissotière qui se met à pisser, automatiquement, pour vous montrer comment on fait, proprement. N'empêche, pour le plaisir vous en foutez à côté. Vous voyagez seul, pas besoin de se laver les mains. Où ça va se nicher la révolte, tout de même.

Vous remontez dans la bagnole, contact, la CX se cale au niveau, le conjoncteur claque comme le fouet moucheté du dompteur du tigre qui a perdu une jambe lui, en comptant fleurette à une tigresse qui a fini par se tailler avec l'illusionniste, atteint lui même assez gravement par le mal des Indes. Mais Glenn vous fait savoir en rejouant pour la cinquantième fois la variation d'où les notes se succédent avec la lenteur détachée des traits blancs de la bande d'arrêt d'urgence, qu'il en a sa claque de faire du piano bar dans ce boxons où y a même rien à boire. C'est vrai vous buvez plus, vous laissez ça aux cons. Alors en seconde vous poussez le navire jusqu'aux épis du parking où sont les semis de remorques. Vous tirez sur la manette et le siège s'allonge, vous vous en allumez un dernier, pour le sommeil, un petit perse bien tassé. Et vous sombrez...

Et c'est là qu'elles sont les villes, dans le miroitement glissant, sous vos paupières closes. elles s'immiscent, le silence d'une rue, un square, la chienne qui frelate le cafard en longeant un petit canal, et trouve à chier dans les feuilles. Les petites maisons, les jardins sombres où vous avez rêvé de lui faire l'amour, pas à la chienne, bande de pervers ! ... en douce après lui avoir fait la courte afin que sa jupe écossaise se prenne pas dans les pointes rouillées des grilles. Des galets pris dans le béton des murs d'enceinte. quelques immeubles, loin du centre-ville, qui se renvoient de salles de bain en chambre, des clins d'yeux complices. Le silence apesantis d'un mimosa lourd et parfumé comme ses tétons... C'est là qu'elles sont les villes, sous vos paupières qui ne veulent plus se déciller car vous l'entendez encore cette voix : Allez ! casse...

(Et la c'est la fin.)

 

 

14.11.2009

Les villes I

Elles sont comme ça les villes, tout d'abord vous ne faites que les regarder sur une carte, un point. Un point qui porte un nom, à qui l'on a donné un nom, il y a longtemps. Au temps où il n'y avait là sans doute qu'un gué, un carrefour, un sanctuaire renfermant une écharde de la vraie croix, un os, bien souvent une villa, c'est à dire une grosse ferme accompagnée d'une garnison. Les archéologues vous lèvent ça mieux qu'un vol de perdrix devant un promoteur culturel, amateur de gibier à plumer, à ses heures. Ce qui fait que sur la carte, à côté du point il y a un petit symbole. Quelque chose qui dit que dans cette ville, il s'est passé quelque chose. Quelque chose de grand, quelque chose qui va sûrement vous intéresser. La prochaine fois.

Vous sur l'autoroute, à 110 à l'heure, la carte dépliée sur le siège passager, vous voyagez seul, c'est une vieille habitude. De toute façon vous ne vous souvenez pas d'avoir jamais voyagé en famille, à l'arrière d'une guimbarde, Maman à la droite du chauffeur, Papa au volant, et vous trois à l'arrière cherchant quoi faire pour pas avouer que vous vous êtes un peu pissé dessus, depuis une demi-heure. Vous voyagez seul parce que à chaque fois que vous avez essayé de connaître ce bonheur là, rencontrer une femme, l'aimer, en être aimé, avoir avec elle, les yeux dans les yeux, deux ou trois mouflets qui savent pas se tenir en bagnole, sagement, c'est-à-dire morts, à chaque fois la bagnole a pas tenu. Une fois c'était une durit, une autre fois ça a été le joint de culasse, et encore une autre, c'est le circuit hydraulique qui s'est vidé sur le parking, juste après le péage. Alors à chaque fois que quelque chose vous dit : Casse-toi ! Vous montez dans la bagnole, un sac vite fait sur le siège arrière, les clopes, de quoi faire un joint, plusieurs, un douze planqué dans le moyeu central du volant, dans le lecteur CD, Gould et les variations Goldberg. Ceinture.

Elles sont là les villes, vous roulez la nuit, la nuit on sait bien que l'on va nulle part. Nulle part, sur la carte, c'est justement le non lieu que vous recherchiez. L'endroit où vous même vous êtes assuré dans vos rêveries dévissées de plus entendre ce : casse-toi ! Elles sont là, tranchées par l'autoroute, parfois coupées des fleuves par les six voies ordinaires. C'est rien une ville la nuit, c'est veule comme un tigre dans sa cage, ça scintille terne du pelage, ça luit vainement des canines mais ça mord que la carne d'équarissage. C'est raccordé par les trocarts des rocades, sortie 7, ZI des charmilles. Sortie 8, ZAC des Cornacs. Sortie 9, centre ville. Elles ont un centre les villes, une place largement ouverte sur le vide, bordée de bâtiments d'époque, peu importe l'époque. Au milieu de la place souvent il y a un truc, quelque chose autour de quoi l'on tourne, l'éfigie d'un type qui a passé là huit jours de sa vie, et qui si il n'était pas mort depuis la bataille d'Arcole, se repentirait encore de s'être laissé faire le jour où on lui a dit : Casse-toi !

(La suite après...)

23:53 Publié dans Relis tes ratures | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : villes, politique, vercors, littérature, lecture | |  del.icio.us | | Digg! Digg

10.11.2009

Soleil plongé

Dans l'immensité d'une flaque je me suis retrouvé hier à contempler tout ce que le sac de mes cités illusoires avait laissé après l'achêvement, grandes ruines fumeuses. Une flaque que le ciel plombé en se déversant comme une cuvette d'eau grise, avait laissé là. Devant moi, à mes pieds elle gisait, sa peau bourbeuse et lisse s'illuminait tristement d'un soleil liquéfié comme le souvenir de n'avoir été que ça, un soleil plongé dans l'ardeur inverse du vivant marécage de l'attente. Le sac avait eu lieu, cent fins, et j'avais passé tout ce temps, dissimulé, la peur au ventre, un noeud de vipères que je voulais sauver du pillage où je me laissais aller. Prenez ! Prenez tout ! Laissez moi simplement la mue. La mue que l'amour mord pour en ouvrir le fermoir. La mue dont la mémoire ne garde qu'un peu de boue craquelée, au fond d'une flaque réduite à l'état de poussière. Quand le soleil enfin s'ébroue et ne confère plus aux étoiles mortes une lumière froide, cette illusion qui appelle au pillage.

08.11.2009

Chasseur Zéro

L'ange déçu se tire à grands coups d'ailes, la DCA d'Automne, ennemi juré de Vénus, lui a fait à la carlingue un chapelet de trous par où défilent des vœux pieux éfilés comme des dagues. En vrille, dans les fumées bleues de ses réacteurs célestes le voila qui chute. Le pont du Dieu-le-père, vieux porte-avions de l'époque où les aéronefs battaient des ailes pour s'élever se rapproche dangereusement. Premier essai, les hommes de piste agitent les signaux, le vent est par le travers, l'ange voit tout par l'oblique. Un extincteur à la main Saint-Pierre court en tous sens, les bienheureux sont au balcon du château, aux pièces d'artillerie, les vieillards se prennent de tremblements en mastiquant les poils de leurs barbes : S'en sortira pas ! Dit Dieu, la lunette vissée au troisième œil. Lucifer humecte la pointe de son crayon gras : Celui-ci est pour moi ! Il jubile et trace une croix en face du nom de l'ange ... Le triomphe semble acquis, les apponteurs ont sortis le balai et la pelle. Les saints préparent l'office, un Te deum, le chœur des affligé se forme au mess des officiers, on convoque l'aumônier, le coq et ses aides serviront la messe avant le buffet froid. Une fois n'est pas coutume. Un grand silence règne sur le bâtiment, la clim même ne fait plus froufrouter la mini-vague des archanges. Tous sont dans l'affliction. Dieu se renfrogne, Dieu est mauvais perdant et piétine comme un damné la virginité de sa fille-épouse. Satan pour l'occase organise une petite sauterie, quelques milliard de brochettes, du damné légèrement rissolé dans son beurre d'infamie. Ajouter au dernier moment une pointe de souffre safrané. Servez chaud!

Mais du fond de l'horizon quelque chose vient, quelque chose qui ressemble, au moins de loin, à des boites de conserve assemblées au fil de fer. Quelque chose qui brille au pâle et triste zénith du soleil désolé. Un grincement de guimbarde coulissant contre une glissière de sécurité enfle et monte dans l'air suspendu. Qu'est-ce donc ? L'ange dangereusement se rapproche de l'état de crêpe aux plumes et à la confiture de sourire : Plus de confiture de sourire ? Gourmands allez ! Lucifer ? Tu me feras des croix en face des pseudo des commentateurs ! C'est l'ultime seconde, le crash est inéluctable, l'espoir sifflote en regardant au ciel. Alors l'impensable ! Alors l'incroyable ! Alors l'imperméa... Non, pas l'imperméable ! On avait dit pas l'imperméable. L'improbable ... peut-être ? Vous n'avez rien d'autre ? Euh ... ! Attendez, je reviens.

Quelques secondes plus tard, le temps pour vous d'aller faire je ne sais quoi dont vous auriez par exemple une envie pressante. Comme, je ne sais pas moi, buter cette saleté de canari qui fait rien qu'à bouffer du millet en chantant faux comme une bourrique... Alors en un rase-motte périlleux, chasseur Zéro réalise l'imperméable ... On avait dit ... J'm'en fiche ! Il enlève l'ange, défiant toute logique en un geste impalpable. Ça, l'impalpature du geste, vous m'en direz des nouvelles ! Et l'emporte au loin. Loin des dieux et des diables qui se sont accoutumés à manger du tartare d'ange à presque tous les repas.

Mais qui est donc ce héros bringuebalant ? Ce dernier preux à la mine triste comme un jour sans ange. Franchement je crois que ça ne vous regarde pas, moi même je ne suis pas sûr que ça me regarde encore. Un détail pourtant, au travers du cockpit de ce moins lourd qu'il en a l'air, j'ai cru voir le sourire grave de Noirte.

10:04 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : littérature, vocabulaire, lecture, poésie | |  del.icio.us | | Digg! Digg

07.11.2009

Le non-dénommé

Cependant qu'il les rejoint, dans le flou peu à peu reconstitué d'un vague sentiment d'avoir été aimé pourtant, malgré la peine enfantine qui fait des hommes de frêles copies de l'Homme, son nom recopié ne trame plus dans les registres que le gouffre qui s'ouvre aux dernières lignes du livret de famille. Cette page imprimée pour que d'une écriture fine, un employé s'emploie à tracer le nom du non-dénommé.

Il les a rejoint, au rang, à la place injustement justifiée et pourtant aprêtée pour lui, qui sait ces rendez-vous que l'on a pas donné et auxquels on se rend, la mort dans l'âme. Ils, sont ceux et celles dont nous portons encore le nom, quelques mots, l'espoir d'une éternité fragmentée, tout à coup la salle s'éclaire bruyament, l'écran blanchit avant que l'odeur incestueuse du feu nous dise que la bobine est rompue. Que le héros n'est plus, et que l'on ne rembourse  les places qu'à ceux qui restent, hébétés devant le strapontin replié.

Ce pendant qu'il les a rejoint, qu'il n'appartient qu'à eux, que peut-être ils l'entourent pour lui demander des nouvelles, puiqu'eux aussi nous ont perdus, dehors une troupe d'enfants passe, à qui l'on demande de faire silence, mais qui n'y parvient pas, tant la vie n'aime rien tant que les cris des enfants qui passent, sans s'arrêter au chagrin.

(pour Emma)

13:23 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, topographie, littérature, lecture | |  del.icio.us | | Digg! Digg

La cloche

J'te dis qu'c'est lui ! T'es sûr ? Mais oui regarde la dégaine. T'es drôlement physionomythe quand même, moi la dernière fois que je l'ai vu, il était à poil. A poil ! Tu déblogues mon pauvre. Mais non j't'assure, complètement à loilpé, attends que je me souvienne ? c'était p'tête bien dans un magazine ? Tu sais un de ces trucs sur la vie des stars ... Attends oui, ça me revient, y avait un gros titre ! Quequ'chose comme : Lephauste en villégiature à la Baule ! A la Baule en plein mois de Novembre, t'imagine. Et après y disaient même que Frédérique Martin et lui c'était fini. Oh non ! alors là tu m'scie, quand je vais dire ça à ma femme ... T'as une femme toi ? j'te croyais analphabète ? T'as qu'à me traiter de pédé tant qu'tu y es ! 'Tain tu veux que jet'dise, y a des moments où je m'demande pourquoi a j'te cause ? Franchement ... Attends le v'là ! Hum, bien le bonjour monsieur Lephauste. Salut les gars, alors ça mord ce matin ? Faut voir, on arrive à peine. Dites monsieur Lephauste sans vouloir vous obliger, c'est pour ma femme ... c'est-il vrai que y a de l'eau dans l'gaz entre Frédérique et vous ? S'cusez le, monsieur Lephauste, mais de femme il en a pas, il est anal... Non non, c'est rien les gars, mais pour répondre à votre question faudrait plutôt demander à Sylvaine.

'Tain, tu vois j'te dis, l'est pas bégueule, suffit d'lui causer normal. C'est des mecs comme tout le monde toutes ces stars de la poésie. Ouais p'tête mais n'empêche t'as pas d'femme ! Pauv'con, passe moi une bière au lieu causer de ce que tu sais pas qu't'ignore, faut qu'j'appâte.

 

"Mais oui mais oui !

La cloche a sonné

ça signifie la rue est à nous

que la joie vienne !

Mais oui mais oui, l'école est finie."

01:14 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : poésie, politique, littérature, lecture | |  del.icio.us | | Digg! Digg

06.11.2009

Vases communiquants

 

échange Lephauste.jpg« …pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre ? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites… ». Ainsi sont nés les vases communicants. Aujourd’hui, Humeur noirte et Frédérique Martin s’invitent réciproquement.

On se comprend pas

Moi, ce que je comprends pas, c’est que ceux qui boitent dans leur tête, comme tu dis si joliment, t’aies pas envie de les prendre dans tes bras, mais plutôt de leur taper dessus. Tu crois que ça va l’arranger, leur caboche toute vermoulue, les gnons que t’es capable de dégommer en quelques phrases ?

Ce que je comprends pas, c’est qu’il faut toujours que t’aies le dernier mot. Tu peux pas t’arrêter, tu sais pas la fermer. T’as un sac plein comme une boule de billard, et tu sors des trucs pas possibles de là-dedans, des trucs vieux, des trucs moches, des trucs inventés, rafistolés, volés même. Pas commode, pour trouver un mot sympa, un mot drôle ou gentil dans ce tas de fumier. Et puis c’est lourd à trimballer, je te l’accorde. Mais remarque, personne t’oblige, tu vois. Personne.

Ce que je comprends pas non plus, c’est que tu vois pas le bordel dans tes affaires. Tu dis « me juge pas », et toi t’es un coupeur de tête, t’as pas assez de doigts dans les mains et les pieds pour désigner tous les coupables. Ah là, t’es fort, le premier même, n’est-ce pas ? Tous ces putassiers de bouseux qui te détestent, paraît-il, depuis des lustres, on se demande bien pourquoi. Tous ces tordus, ces ratés, ces foutus dégueulasses qui pourrissent ta vie proprette et bien pensée. Faudrait les zigouiller tous ces affreux ! En plus, il y en a partout, c’est une conspiration.

Toi, ce que tu comprends pas, c’est que j’en sois, de cette espèce dégoûtante qui se trompe des fois, qu’est pas invincible, inamovible et parfaite. Qui rit, qui pleure, qui jouit, qui chante, qui se relève, qui fait avec, qui tient le coup, qui avance, qui y croit et qui t’emmerde. J’ai peut-être qu’un seul talent comme tu dis, je suis peut-être socialement qu’une bouse, peut-être. Mais question cœur, je risque pas de me gaspiller, oh non, t’inquiète pas. J’en ai pour tout le monde, y a même du rabiot. T’en veux pas ? C’est pourtant pas faute de te l’avoir proposé.

Finalement je vais dire que t’as raison : on se comprend pas. C’est la morale de cette longue histoire. C’est ce qui arrive aux gens trop campés sur leurs jarrets et qui font des plans d’épargne avec l’affection. On se comprend pas. Mais quand même, je me demande ce qui me permet de supporter tout ça et ce qui m’a retenue de te claquer ta putain de porte au nez, depuis tout ce temps. Ouais, ça m’interroge, même si je connais la foutue réponse. Ce que j’aurais voulu c’est que tu la trouves aussi. Elle trainerait pas des fois, t’es sûr, dans ton sac à caca ?

http://www.deezer.com/listen-2417578

00:05 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (46) | Envoyer cette note | Tags : littérature, lecture, poésie, miette | |  del.icio.us | | Digg! Digg

04.11.2009

Avec Lenteur

A proprement parlé, je ne me promène pas. Le pas du promeneur m'est étranger autant que cette forme de mélancholie qui observée de l'extérieur semble être comme la dilution, la flaque dans laquelle l'être n'est plus que le peu de boue qui nous fait l'éviter, avec un peu de dégoût. Mais je marche, grands Dieux, je marche durant des heures, des rues de toutes natures que je traverse, que je longe, à la nuit tombée, quand les moteurs peu à peu se reposent dans la promiscuité des chambres à coucher. Quand il n'y a plus rien à écouter, comme par exemple cette nuit, que les hurlements rauques de cet homme que je n'ai pas vu.

J'allais au long du stade, perdu dans ce que la marche offre aux solitaires, le soliloque nécessaire à la construction d'une mécanique confuse, la pensée à voix haute. Je parlais seul, de plus en plus seul. M'accompagnant, ma voix me prenait ferme par le bras : Viens, allons par là ! La Pesanteur d'un hurlement s'éleva comme la masse d'un orage intime. Rien qui soit une voix, rien qui puisse faire croire que des mots étaient encore là pour faire sortir l'homme, c'en était un, des taillis secs de sa raison incendiée. Il hurla, à plusieurs reprises, il hurlait pour moi, du fin fond de son enfer en forme de sauvagerie, il hurlait la peur que la nuit engendre. Cette vieille nuit qui veille en plein midi et contre qui les cités laissent brûler l'éclairage domestique de la lumière artificielle. Depuis que l'homme a domestiqué l'incandescence, l'ange de lumière se nomme néon, réverbère, quinquet, Led, dichroïde, DCA, et de tous ces noms qui font qu'on est plus jamais seul dans l'ombre, qu'on est plus jamais seul au fond de soi, seul avec les étoiles, par exemple.

Je m'arrêtais à l'angle de la rue Remonteru, là où les terrains sont encore des friches, des cabanes de jardins où vivent les naufragés de l'ère asphyxiée d'ondes cellulaires, des haies que personne ne taille, d'où émergent des tas de gravats, des troncs tordus par le poids de l'absence de fruits. Je stoppais ma marche, ma voix se fit humble et douce, elle qui d'ordinaire use de l'imprécation pour me sortir des tranchées. Je lui parlais avec lenteur comme à un enfant qui ne veut plus croire que son cauchemar n'est pas la réalité puisque la réalité dépasse le pire de ses cauchemars. Ce que je lui disais ? Cela ne regarde que lui, et puisque sans doute il ne m'a pas entendu, puisqu'il n'a pas sentie la main que ma voix, en lâchant mon bras posait pour un instant sur sa joue invisiblement palpable, je repris ma marche et me tus. La lune reflétais les silhouettes des absents, des étoiles luttaient pour survivre dans la mémoire des vivants. Quelqu'un était mort et qui hurlait encore, après que je fus rentré.

Je marche avec Lenteur, Tendresse et Compassion. Je ne me promène pas pourtant, ma compagnie n'est pas dans la rêverie. J'attends qu'elle rentre d'un ensevelissement. Mon cri est encore rauque, mais je le polis.

(A Emma et Pascale)

11:47 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : poésie, deuil, lecture, littérature | |  del.icio.us | | Digg! Digg

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