31.01.2008

Lire

Pourquoi encore veiller ? Les derniers trains en bas ramènent au bercail les dernières illusions des derniers traînards; Le plateau, qu'ici par un accouplement de mots sans commune raison, on nomme plaine-haute comme ailleurs au centre des villes on a planté un coeur, un coeur de... là où avant on avait installé l'illusion du village puis plus tard le centre commercial. Le plateau dort à l'abri des murs du cimetière et sous la grande croix bleue du centre hospitalier, la souffrance repose et le mal fait son chemin en sournois. J'attends en enfant du labeur, le moment de mériter le repos que rien ne justifie. Mes jours sont d'un replis qui survole la folie meurtrière du rendement, mes mains toujours sont trop blanches, griffées un peu de ce qu'hier j'ai consolidé un abri pour le bois mort. Toute la journée il a plut, froid,  le bois est à sècher sous son toit de goudron, les chiens en profitent pour guetter, à l'abri eux aussi, ce qui ne vient pas de la rue et qui confirmerait la violence de leurs aboiements de molosses tranquilles, pour peu que l'étranger survienne.

Alors je lis, autour de moi sont des piles de livres, des petits que j'achève en une heure en vantard, ce texte de Paul Scarron "les hypocrites", ce pamphlet de Sade sur le roman et ses origines, l'hérodias de Flaubert. Et puis il en est aussi d'énormes, de bons gros livres dont je contourne les fortifications en sapeur, je creuse ici dix pages, je mine une préface, je regarde la couverture, je feuillette en éventail et l'odeur du papier  plonge dans mes souvenirs. Le "dialogue des carmélites" qui nait de ma mère, lectrice assidue de tout ce qui peut la tenir en suspens, hors de nous, hors du monde. Céline, sans doute le gratte ciel le plus tordu de ma bibliothèque de vagabond. Céline, tout ce qu'il a écrit, tout ce qu'on a écrit sur lui, la pléïade, son cher rêve d'immortel, les pamphlets, les correspondances, le voyage... Ce voyage que je fais, sur ses traces, ma seule dévotion de lecteur renfrogné. Céline parce que personne ne peut soutenir qu' hors de lui il est un autre inventeur de langue française au vingtième siècle. J'en suis là, la position est à demi détruite, on peut essayer de me convaincre mais je n'en ai que fiche !

J'attends que ma mère vienne et me dise que c'est bon pour aujourd'hui, que j'ai assez lu et que mon père passe la tête par la porte entrouverte de la chambre, s'approche en boitant, à demi de vin à demi de la hanche et me prenant la main finisse par avouer qu'en fait ce livre il va falloir que je l'écrive seul. Seul.  

26.12.2007

Léthé

Nulle part,  un infini  minuscule nous traverse comme un paysage bouleversé. Là,  pas de chronologie,  ni heure  ni rendez vous, pas de  passage,  rien qui dise la nécessité du précipice non plus que les parois abruptes au pied desquelles nous attendons le secours de la divine providence. Une étendue que nous sommes au fond des creusets où mijote le monde et qui nous parcoure de racines flottées. Là,  le monde sans que nous ayons à le rêver nous renouvelle en son sein et nous sommes la source dans laquelle baigne le visage impassible des nuages, dans laquelle l'univers plonge au crépuscule, de laquelle au zénith la lumière élève l'aube au pinacle et ardente nous prive d'avoir à naître et mourrir.

Ainsi je me souviens du ventre de ma mère,  de tout ce qu'il avait été quand je ne savais rien des horizons ni rien des saisons ni qu'elle ne saurait pas être mère.