20.04.2008
Il pleut
Il suffit de tourner le dos pour qu'il pleut. Il pleut selon vos convictions notez bien. Il, on s'en rend bien compte, respecte le calendrier des revendications, secteur par secteur. Vous voulez qu'il pleut des augmentations de salaire ? Il pleut un Aimée Césaire. Vous voulez qu'il pleut plus des emmerdes ? Alors là repassez la frontière, sans K way pas de papiers, sans papiers pas de cul terreux, sans cul terreux pas de prévisions, sans prévisions pas de gouvernance, sans gouvernance pas de TV et sans TV pas de racontars sur la pluie et le beau temps.
Il pleut plus, pas de veine, je tenais pourtant là un sujet bondissant d'émois variés. Ah ces longues promenades sous les pluies tropicales que toi et moi faisions en poètes roulant dans le caniveau gorgé de vomissures impétueuses ! Ce crachin d'Automne plaquant sur nos paupières les feuilles des maronniers tandis que nous nous bourrions la gueule de coups de poings à la sortie des écoles. Ces pluies enragées à saloper les rivières quand nous glissions des berges grasses, happés par la boue matricule, sans espoir d'en revenir autrement que dégoulinant d'herbes folles et bons à calotter. Ces orages de Mai où le muguet rancissait de saison en saison, sans fleurir le revers des luttes. Pluies que nous souhaitions diluviennes quand de nos lèvres empatées le vin évidé faisait de nos pensées des bulles de salive lourde.
Il pleut plus, plus assez pour laver le ciel qui ne se souvient plus que nous naissions sans qu'en soit perturbée la télédifusion du bulletin météo, nous naissions anonymes, pour encore un peu libres.
22:30 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, météo, modem et tom tom, france, psg
16.08.2007
Marine
Depuis que le soleil dans sa majesté toute libérale ne fréquente plus que le hollow cost, les cloobs de vacances et les séjours tout compris, hotesses et petits boys, depuis que les pluies ne sont plus acides, les parapluies plus autant bulgares, depuis qu'à Paname nous avons les plages les plus normandes qui soient, je me coltine de longues marches sous le court-bouillon quotidien. Je vais débraillé, la tignasse en boucle et mon sac, chargé d'un vide encombrant le reflet de ce qu'il reste à perdre, en bandoulière. Par les rues de la capitale et de la banlieue enfin unie par les torrents d'urine céleste, j'arpente le domaine d'un royaume que tout le monde fuit comme la peste mélancholique des jours sans éclat. Je suis un ondiniste heureux. Le fracas d'une pluie dorée à la croix des chevaux fait mon régal d'assoiffé. Une pluie qui fait dire que la saison est pourrie pour les limonadiers et que les pailles pourrissent aussi au fond des sodas. Pourrissant fumier dont le parfum de germination malodorante fait gémir ceux qui croient qu'après eux, plus rien.
Peut-être n'est-ce dû qu'au désert glissant qu'elle organise en vidant les rues de leurs apprentis m'as-tu-vu-dans-mon-humanité-contrefaite ? Sous les sunlights de l'hélios marchand les aveuglés vont, un petit face-à-main à hauteur du regard et ne croisent, partout où la propagande les conduit par wagons entiers que la fidèle copie de leur soupçonneuse originalité. Peut-être que ça n'est qu'au prix de la pluie sombre que le vent glacé de la résistance à l'ennui lève en nous et perturbe le sens de la civilisation des assurés sur l'azur ? Je m'illusionne ? Oui, évidemment ! La révolution ne naît pas d'une averse et mon odeur de chien mouillé ne fait pas de moi le Karl Marx de la lente dilution des classes en un bouillon de onze heures propre à nous rendre moins cons. Nous avons l'image d'une révolte solaire, d'un printemps cuisant de répression. Erreur, c'est la pluie qui nous désigne à nous-mêmes, ridicules sous nos épidermes et fuyant les rendez-vous de la fragile nudité.
J'appartiens au format, quoi que j'en dise. J'ai été élevé dans la religion païenne libérale mais quant au ciel de mon crâne une tripotée de nuages lourds s'assemble je me sens plus proche d'être l'infime perturbation d'une goutte de pluie sur le rimmel empâté du monde et ainsi je saute dans les flaques, je laisse la boue combler les failles du bitume, j'avance tremblant d'un froid dont je reconnais qu'il fait de moi le perméable à l'autre, irritable et joyeux de jouir sans colère. Désemparé sous la pluie l'homme retrouve pour peu qu'il cesse de regarder la météo ce pour quoi il est aimable de vivre malgré tout, un cycle sans fin duquel il n'est que la vase où végète encore ce qui somnole et le remplacera bientôt.
Au fait ? Comment va l'angine à Jackie Sarkozi ?
12:05 Publié dans Blog, Film, Jeux, Livre, Loisirs, Mélancholie, Musique, polytiques, polytiques, ras le bol, Relis tes ratures, Science, Shopping, Sport, Voyage, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Météo, pluie, saison, orage, mousson, humanité, poésie


