14.06.2008

A M é

Il y a là quelque chose qui piaille dans le vert urbain ? Quelque chose qui se songe en sauvage perdu dans la touffeur des troènes, un grain de voix blanc, moqué, écrit au noir,  passé outre la gloire, le morne et la mornifle. Un merle, quelque chose qui fait songer qu'une fois tue, la voix d'un poète revient tracer dans un soir de Juin, un soir comme celui-ci, son ciel sous mes signes de noir ébouriffé.

Ce qui suit n'a de vertus que par ce qu'il dit le nom d'un homme mort à point nommé.

J'écoute Césaire et j'entends que le monde est ailleurs et je vois qu'ailleurs c'est lui et je sens comme lui qu'ailleurs est ... Et proche comme sa voix écrite sans plus le poids des chaînes ni l'entrave des coups de savates et je goûte au monde l'abondance de ses longues absences.

Un merle ? Sans doute, seul un merle peut dire en stridences,  la nuit enfin posée entre l'homme et sa conscience. 

24.05.2008

Cinq's a lot !

En général le cinq ne me vaut rien qui vaille; Pourtant depuis longtemps je m'en suis fait un nombre d'or sans qu'il me serve à rien calculer. Je n'ai jamais su compter plus loin que le don. Cinq est un impair tout comme je le suis aussi. La rondeur boursouflée des pairs me laisse de glace, me fait penser à l'ordre de marche, à la régularité de l'inique, aux deux par deux des rangs dans les cours de récréations où l'on ne recrée que l'obéissance au travers des bouleversantes cavalcades proprement matées.

En général le cinq ne me vaut... Mais là c'est une somme qui s'est posée, toutes serres à l'affût, sur mes endosses d'homme à la peine.

Dans le fond, poète c'est assez simplet comme état.

Ce qu'il pensait ?

Je ne sais qu'en pensait ?

De ses dix doigts que faisait-il ?

Rien qui soit digne d'être nommé !

Au moins, s'est-il tenu comme un I, bien droit sans broncher ?

Ni mieux ni pis qu'à pendre aux ramures du saule.

Ah, l'étrange sujet !

Je vous le dis, poète c'est assez simplait ! 

Mais là,  Mai franchement, en rien ne m'aura épargné. Ni le doux ni le faible ni le feu ni la peine ni les plaies ni les plaines d'où un second fleuve distance les berges de la Seine, ni quoi ni caisse ni dans ma tête la velléité de n'y jamais rester plus que pour y veiller mes souvenirs. Mon espace est aux ciels tendus d'un dais filant entre les doigts en pelote de nuages. C'est ça sans doute qui agace et plaît et qui agace plus que cela ne plaît. 

 

12.05.2008

Infiniment

Il y a ce mot dans mon dictionnaire, un de ceux que l'on prononce à l'occasion, quand à date fixe il est bien temps d'évoquer la peau de chagrin, à laver sans bouillir, de nos "privilèges sociaux". Pentecôte, que l'on soit du rite chrétien, que l'on soit de nulle part, comme c'est de plus en plus le cas, que l'on soit de la bigarrure, du patchwork confessionnel où tout simplement employé à faire fructifier le capital, qui n'est rien de plus que du soviet sauce suprême à la mode dividendes, nous sommes en ce jour concernés par le vol en piqué de l'esprit saint au dessus de nos nuques brisées.

Que fais tu à Pentecôte,  me demandait un chômiste de mes amis ? Je bosse, lui répondis-je. Et tout à coup un désert s'ouvrit devant moi, un désert où tel le chien du proverbe, je hurlais à la mort sous la caresse du vent oxydé de Mai. Un désert tel qu'il me laissait voir que l'infini avait été depuis peu achevé et qu'il se recroquevillait au fond de l'impasse de nos cranes caves. L'infini est au fond de l'impasse.

Alors dans le ciel pur couvrant mon monde d'aryens repus je vis comme un cerf volant tenu d'une main ferme par l'agent du trésor, l'esprit saint se débattre dans les courants d'air de la doctrine. j'aurai du bien sûr me jeter toutes dents aiguisées sur la fine amarre mais... je bosse, je bosse, je trime, je fais la prostituée, je suis un prostitué et de Pentecôte je ne me compte qu'en heurts supplémentaires. Infiniment maté. 

C'est triste, me dit cet ami, ce bon ami. Mais lui il s'en fiche il est chômiste, salaud de chômiste ! De ceux qui fichent en l'air notre patient travail de suicidaires.

L'infini est au fond de l'impasse.