07.11.2009

La cloche

J'te dis qu'c'est lui ! T'es sûr ? Mais oui regarde la dégaine. T'es drôlement physionomythe quand même, moi la dernière fois que je l'ai vu, il était à poil. A poil ! Tu déblogues mon pauvre. Mais non j't'assure, complètement à loilpé, attends que je me souvienne ? c'était p'tête bien dans un magazine ? Tu sais un de ces trucs sur la vie des stars ... Attends oui, ça me revient, y avait un gros titre ! Quequ'chose comme : Lephauste en villégiature à la Baule ! A la Baule en plein mois de Novembre, t'imagine. Et après y disaient même que Frédérique Martin et lui c'était fini. Oh non ! alors là tu m'scie, quand je vais dire ça à ma femme ... T'as une femme toi ? j'te croyais analphabète ? T'as qu'à me traiter de pédé tant qu'tu y es ! 'Tain tu veux que jet'dise, y a des moments où je m'demande pourquoi a j'te cause ? Franchement ... Attends le v'là ! Hum, bien le bonjour monsieur Lephauste. Salut les gars, alors ça mord ce matin ? Faut voir, on arrive à peine. Dites monsieur Lephauste sans vouloir vous obliger, c'est pour ma femme ... c'est-il vrai que y a de l'eau dans l'gaz entre Frédérique et vous ? S'cusez le, monsieur Lephauste, mais de femme il en a pas, il est anal... Non non, c'est rien les gars, mais pour répondre à votre question faudrait plutôt demander à Sylvaine.

'Tain, tu vois j'te dis, l'est pas bégueule, suffit d'lui causer normal. C'est des mecs comme tout le monde toutes ces stars de la poésie. Ouais p'tête mais n'empêche t'as pas d'femme ! Pauv'con, passe moi une bière au lieu causer de ce que tu sais pas qu't'ignore, faut qu'j'appâte.

 

"Mais oui mais oui !

La cloche a sonné

ça signifie la rue est à nous

que la joie vienne !

Mais oui mais oui, l'école est finie."

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03.11.2009

Corrector

C'était une boite qui contenait deux flacons de verre, un produit miracle contre l'irréparable. Dans le premier flacon, le remède pire que le mal, un liquide noirâtre que l'on mettait bien des suées à verser sur l'endroit du délit. Du noir sur du bleu "luminous", rien à dire, l'effet était confondant, la tache prenait des proportions gigantesques. Elle vous engloutirait même, si vous continuyez à scruter son avancement sur le Tergal TM du pantalon. Celle-là je l'avais pas ratée, toute la petite bouteille Waterman y était passée. De toutes les façons que l'on y regarde, le devoir était fichu : Racontez la dernière volée de bois vert que votre bonne maman vous a, à juste titre administrée. La maîtresse n'avait pas dit au sujet de quoi on devait s'être fait étriller. Là on était libre, j'étais justement en train de créer la circonstance et j'imaginais déjà assez bien la chute de la rédaction. Le Tergal TM faisait froid sur ma cuisse, devant moi sur la table, la copie quadrillée dégoulinait par dessus bord de mes trop bonnes intentions rédactionnelles, le porte-plumes restait planté dans la boucle inférieure d'un B majuscule que, l'instant d'avant l'irréparable, je m'appliquais à fargouner de la plus belle façon, pour pas en plus me faire enguirlander à propos de ma graphie décadente : Mais tu écris comme un cochon !

Dans le deuxième flacon, il y avait la solution miracle, un liquide transparent qui sentait un peu bon l'alcool. Celui là disait la notice, allait vous sauver du dernier revers de main. Celui là était utilisé au Paradis, par les anges dont l'aube et l'auréole avaient fait trop de looping's près des fourneaux de l'enfer. Missions suicides. Sauver quelques âmes et puis rentrer au bercail pour affûter les plumes sergent-major. Soigner la graphie, toujours soigner la graphie, les mortels savent de quoi je parle. J'en étalais vu les dégats, plus d'un bon tiers sur l'endroit de la honte. Le miracle se produisit, la tache par son centre renonçait, la tache reculait, la tache était en passe d'être vaincue. Radio Londres annonçait le retour des hirondelles, l'idée d'un faux séjour à la neige emplissait mon imagination d'écolier. J'eus une légère érection, due évidement aux images bucoliques des sommets rayonnants de pureté divine qui se pressaient dans mon esprit de jeune pervers oprimé. Avec tout ça j'allais encore avoir un 10/10, maman serait radieuse, en tablier sur le pas de la porte. Papa me donnerait cinq francs avec lesquelles j'irais m'acheter des images pour mon album consacré aux aventures de Général de Gaulle au Congo. Le Corrector TM, cette invention merveilleuse soutenait ma foi dans l'avenir de l'homme.

La chimie pourtant continuait son petit bonhomme de chemin, les réactions s'enchaînaient, et je vis bien à un moment que toute l'opération foirait. Non, Dieu n'existait pas ! Le subtil mélange des deux contenus faisait encore effet et sous mes yeux la tache ayant effectivement disparue, le Tergal TM était rongé, pâlit, une tache de vide avait remplacé la tache originelle. J'allais devoir quitter le paradis sans même avoir, vu mon âge hébété, tripoté un peu Eve. Alors la solution me sauta au visage, je pris dans ma trousse la paire de ciseaux à bouts ronds qui ordinairement me servait à découper les images pieuses, dans le catalogue des armes et cycles et je fis proprement un trou de la taille juste de la tache rebelle. Ni vu ni connu que j't'embrouille ! Le Corrector c'était moi, j'allais avaler le contenu des deux flacons pour faire disparaître les preuves de ma décadence annoncée. Et en passant à table, pour la soupe à la grimace j'annoncerais fierrement que le fils du boucher communiste m'avait tité dessus avec la AK 47 que son père planquait en attendant de nous occir tous, la veille du lendemain du grand soir. Mais que vaillament je m'étais jeté de côté en roulant sous les roues d'une semi-remorque qui filait droit vers Chateauroux. J'étais aussi très fort en géographie. Du velours, tout se passa comme je l'ai dit. On m'emmena aux urgences pour un lavage d'estomac, maman sanglota parce que le vermicelle était trop cuit et papa, de dépit alla boire mes cinq franc. 10/10 je vous dis !

(Pour Emma O.)

31.10.2009

Nessus

Se fier à l'un, se fier à l'autre mais à aucun des deux ne confier que l'on ne peut être l'un sans être tout à fait l'autre. Et vivre des tristesses de l'un et des envolées galopantes de l'autre sans que ni l'un ni l'autre n'aient à se lamenter de voir l'autre tomber au bout du champ labouré de la page, dans la poussière mordorée du soleil, que tel un grain d'orge on a enfouit, comme blé d'hivers. L'un m'avait dit qu'il savait un gué, l'autre ne voyait que le tumulte et l'enfer des traversées sans fin. Le premier mit donc son pied sur la première pierre plate tandis que l'autre resta assis sur la berge, qui peu à peu se diluait sous les saules. Pour l'un j'avais un licol, une cravache, et des mots de cavalerie. Pour l'autre je n'avais plus que quelques compassions, une patience perdue fil à fil, un écheveau de laine cardé  par l'usure qui rend immobile. La seconde pierre branlait, divisant en langues d'eau verte l'humus et l'humeur, l'un gras du mol des souvenirs, l'autre au sang noir de la mélancolie, reflet de rien que des éclats meulés de la rumeur. Le premier prit son second appuis puis un troisième, le second se laissa glisser sous la chevelure du saule. Du premier le pas s'assurait, au second vinrent des illusions amniotiques. De l'autre côté, après que tout fut franchit, une rive se fit jour. Dans son lit de pierres muettes, le fleuve baignait le soleil à son couchant. Se fier à l'un, se fier à l'autre mais à aucun des deux ne confier que l'on veut être un, sans l'un ni l'autre.

(Pour le repos de Pierre Ollivier)

29.10.2009

Radis Mad

Je jouis de mes lents colis

Pris dans le col de l'utérus

Je suis le fils d'une poupée russe

Je jouis de mes lents colis.

 

J'suis pas ta mère !

J'suis pas ta mère !

Veuillez nous suivre

Sans résistances

J'suis un fusible !

 

Eh, vas-nu-pieds ?

T'as pas cent dalles ?

C'est pour le mur des fédérés.

 

Un p'tit con d'papapiste

Contre un coin d'panaris

Elle avait quelque chose d'un manche

Un p'tit con d'papapiste

Contre un coin d'panaris

J'la perdais dans l'passage Brady.

 

(pour Tess et aussi pour Frédérique)

 

27.10.2009

Entrain

Nous nous enfoncions, abrutis, défoncés, en silence dans une nuit sans bruits. Une nuit de ouate brune à parements argentés, et regards d'ogres maigres nous convoitions tout ce qui semblait nous manquer pour être heureux enfin, selon l'ordinaire de la coulure humaine. Quand nous nous croisions, par mégarde, nous n'avions plus rien à décrypter que les numéros affichés sur le cadran digital de nos lèvres closes. nous ne lisions plus que d'épais volumes sur la crédulité, d'épaisses briques de papiers sanctifiés par les autorités, bon à tirer. Bon à tirer. Novembre n'allait succéder à rien, mordre la terre gelée, il nous restait cela à faire avant de jouir des morsures du temps présent.

A l'appel de votre nom vous vous mettrez en rang le long de la clôture. Le matricule de vos rêves bien en vue. Ceux qui rêvaient d'être heureux seront dirigés vers la porte de gauche, les autres, ceux qui ne rêvent pas, seront traités sur place, par nos hôtesses de l'ordre. Attention, je répète ! Toute tentative pour échapper à la collectivisation des joies célestes sera réprimée dans un bain de lait et de miel! Il est recommandé par le conseil de l'ordre sanitaire de se munir de sa carte de donneur de sang froid.

L'histoire nous avait appris qu'elle savait selon les époques s'accoutrée des plus subtils atours afin de repasser les plats. Les historiens s'égosillaient. L'histoire ne se répète pas. et ils nous le répètaient sur tous les tons. L'ordre fournissait les partitions. Mais pourtant ce matin là, nous y étions, en silence, sous le regard de nos anciens frères, en uniforme. Le leur était brun et pesant sur leur hanche une arme de poing dont nous essayons de nous convaincre que jamais, non jamais ils n'en faisaient usage. Le notre n'était plus que de la peau sur les os, jetée comme un sac par dessus les épaules qui nous pressaient de toutes parts d'avancer, au commandement. Je pesais, pour ma seule part soixante sept kilos. 67 kilos pour un mètre quatre-vingt-six. 1m86 au sommet duquel ma tête vaguait, absente à présent. Toute vide des cris qu'elle avait secrètée et dont l'alarme tintait comme la crécelle idiote d'un spectre promis à un bel avenir.

Nous étions là, une vaste prairie bordée par un centre de rétention sanitaire et au loin la promesse d'une toussaint surnuméraire. Le seigneur est mon berger, il me conduit dans de verts pâturages! Le saigneur est mon berger, il...

16:58 Publié dans Relis tes ratures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rer d, politique, lecture, pg, poésie, littérature | |  del.icio.us | | Digg! Digg

26.10.2009

Adversité

La tête dévissée, ayant lutté longtemps contre  les évidences figées de ce qui n'avait jamais existé, il finit un matin par se lever du bon pied, celui qui lui restait. L'autre n'étant plus que le jumeau commode d'un pas qu'il allait falloir faire. Il ouvrit donc le bestiaire de ses passions usées et un à un en extrait les portraits desséchés de quelques aventures. Des histoires qui ne vivaient que parce qu'il en restait, seul, l'aliment favoris. Les souvenirs. C'est ainsi que l'on nomme cette crasse dont la mémoire s'orne pour aller dans le monde et gémir à son aise de la ruine qu'elle entretient en gardienne privilégiée des rogneries montées en épingle à cravate. La cravate que décement on ne peut se passer au cou que pour assister à ses propres obsèques. L'heure n'y était pas.

Il y avait là des amitiés, à la vie, à la mort, et qui mortes sans en avoir l'air, lui rappelaient qu'il avait aimé jusqu'à l'idée même de s'aimer follement dans l'abandon, le silence, jusqu'à l'évidence, l'indiférence. Des amis des deux sexes, bien qu'asséxués en tout. Une fraternité, des bandes à n'en plus compter les membres, à ne plus savoir comment on était tombé là, dans cette fidélité que l'on est souvent bien seul à vivre, pour le compte d'un quelconque intérêt, de quelque chose qui n'est rien moins que le profit mais à qui le vocabulaire offre des noms fleuris comme l'enfer des marécages. Le besoin que l'on éprouve à se rassembler, à faire de ses semblables une communauté est éfrayant, à bien des égards. Il aurait pourtant suffit d'ouvrir l'oeil, de ne laisser s'approcher que ce qui n'avait rien à gagner dans la fréquentation, pour se retrouver libre de ne servir à rien ni de servir personne. Mais voila, quand la nuit vient, hurle au miroir le fantoche de la triste réalité. alors on se serre les uns contre les autres, et comme c'est souvent l'heure de l'insupportable, on se saoule de toutes les drogues possible, on enfante les projets les plus idiots. Puis l'on titube pour s'en retourner dans les bras du fantoche, tout au regret de se quitter déjà, comme on s'était trouvé. Pas un grain de sable qui n'ait retrouvé sa place. Pas le moindre bouleversement qui n'ait été, au bout de cette longue nuit, qu'un peu d'eau croupie remuée puis refermée sur ses fermentations. Amitié, l'étrange mot. Tout fait, à le prononcer seulement, de sons anémiés. comme autour de la presque dépouille d'un cher, d'un proche on continue à s'entretenir à mi-voix, pour ne pas le réveiller d'un sommeil qu'il a eut tant de peine à trouver, des mil feux que l'on prépare pour demain, pour lui ... Bons ainsi, nous nous trouvons bons, avec le sentiment de n'avoir pas perdu notre temps. L'élaboration méticuleuse d'un château de sable prend au moins autant de temps que l'océan met à ourdir une saine tempête. Ses amitié n'avaient été que des châteaux de sable. Il guetta longtemps à l'horizon et du fin fond de cette marine grasse du talent d'un peintre du dimanche, il la vit arriver, montée sur les roulements à billes de l'écume abrasive, elle ne tarda pas à ronger définitivement les falaises au sommet desquelles l'herbe sèche s'accrochait au peu de terre livide où ses amitiés continuaient à tonitruer, ivre mortes de leurs vins amers. Quelques têtes tombèrent du bestiaires, dans la poussière. Il faudrait faire le ménage, ramener à Panurge ses moutons. Qu'un nouvel holocauste puisse avoir lieu. Sans que nul n'y trouve matière à s'émouvoir outre mesure.

Quelques pages plus loin, il y avait là du sang. Un fleuve au bord duquel somnolaient père et mère. Le premier plus que mort, la seconde latente, attentive à ne plus faire un geste qui puisse s'interpréter au delà de l'absence convenable, du silence au sein duquel tout se dit, auquel il n'est nul besoin de rien rajouter puisqu'en ne disant rien on ne s'expose pas à répondre aux questions. Quelles questions ? Aucunes qui puisse froisser l'ordre ancien de la fatalité : Que veux-tu que je te dise ? Rien je t'en prie, ne dis plus rien. Puisque rien n'a été, il suffit que nous nous aimions automatiquement, à date fixe et que nous nous l'écrivions en formules consacrées par l'ordre qui naît lui du courage qu'il faut pour se maintenir probe, et lâche mais probe. Contrairement à ce que veulent bien nous faire croire les esclaves, le blanc n'est pas la couleur de la trique, pas plus que ce n'est la couleur de la main qui l'abat, le blanc est la couleur du vide au fond duquel ils plongent dès l'instant où il s'agit pour eux de faire un choix; le choix entre la liberté et la servitude rêvée. Père et mère, au bord du fleuve d'un sang mêlé puis séparé par des noms de baptême rancis par les ratures de l'état civil. Comme si il y avait un état civil de la désertion. Et que tout était bien, là au bord du fleuve où flottent les petits cadavres des enfants. Deux têtes tombèrent à la suite du bestiaire, mais chacune de son côté, chacune ignorée de l'autre par le tristesse froide de la première. Au bord du fleuve, il fait un froid qui donne envie de n'appartenir à aucun groupe sanguin.

Puis vint le moment de soulever la lourde page de la fratrie...

25.10.2009

H1N1

Vous êtes près mes petits cochons ? Vous avez la goutte au nez ? Un petit peu de fatigue ? Des courbatures ? Quelque chose qui ne tourne pas rond ? Une envie d'éternuer en public ? De vous racler la gorge bien à fond et de cracher tout ça au passage de l'ambulance ? Le numéro des urgences dont vous n'arrivez plus à vous souvenir ? Une mémé qui fort opotunément est prête à vous céder dans l'extase morbide, les quelques napoléons dont vous allez enfin savoir où elle les planquait, la vieille, elle nous a assez fait ch... ?

Maman, j'ai mal au vent' ! Le petit aussi se plaint, normal demain il a interro écrite ! Mais non c'est pas à cause de ça ? C'est l'hostie alors, que vous lui avez carrer dans le bec, le corps du Christ, avant la fin de l'office où le curé lui même avait la morve en pleine transmutation au dessus du ciboire. Les hosties avaient une belle couleur fluo, c'est vrai. Qu'est-ce qu'on ferait pas pour halloween ! Cette année le thème c'est : Prends toi en grippe ! Alors vous l'avez où pas ? Ça vous gratouille ? Ou ça vous chatouille ? Hein ? Faut savoir, car en passant devant la page d'ouverture de mon yaourt, j'ai relevé ce titre aux accents gore :

États-Unis, plus de mille morts dues à la grippe, dont au moins 100 enfants ! Le président Obamoi déclare l'état d'urgence!!!


Tiens ça me fait penser que je n'ai pas déclaré mes revenus pour l'année passée. T'en a pas eu ! Ah oui c'est vrai.

Mille morts sur une population de 360 millions d'habitants reconnus comme tels, aux Etats-démunis c'est une catastrophe nationale. Notez en passant qu'il n'y a plus que les catastrophes qui soient nationales, le reste est passé au marché. Et le marché aime bien quand ça tremble dans les tours, les détours, les contours et les alentours du troupeau.

Dieu s'il vous plait, faites monter le cours de l'action des laboratoires pharmaceutiques, je voudrais mourir plein aux As. In God we tousse. Tous.

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L'écorce intérieure

Pourquoi les heureux que je croise dans mes promenades nocturnes ont-ils au front la marque des aliénés ? Le rictus des sourcils palissade l'aveuglement, la marque même de leur enfer quotidien ? Ils parlent seuls. Oh celui là est un peu cinoque, y cause tout seul. Quand j'étais enfant, voila ce que j'entendais à propos des quelques frapadingues qu'on laissait divaguer dans les rues. Il y avait bien des asiles mais l'idiot de village n'était pas encore celui par qui passaient tous les fantasmes de normalité répressive; Il divaguait, il avait sa nef et une fois l'an tout le monde se mettait au diapason de sa navigation et faisait le neuneu. C'était carnaval.

Ils parlent seuls. Hier au soir, j'allais fol, me trimbaler, je cherchais au ciel tourmenté de tempête, l'éclat de Vénus dans le foutoir des nuages galopant. Je remontais donc par la rue du cimetière vers le stade et les jardins d'oeuvriers où l'on ne voit plus, en cette saison que des pieds de chou-vache et quelques roses résistantes à la pression morose, le triste feu des futurs chrysantémes. La Viorne pâlit d'argenture mais je dirais cela plus tard, si vous permettez... Je vais lent, c'est que mon combustible est un lointain lampion de gaze auquel indéfectiblement j'ai allumé mon coeur ... Je digresse encore et m'éloigne de mon sujet, je momologue. Mais j'arrive pourtant à l'angle du chemin de la Bassinette. Là, j'entends bien que l'on se salue avec force formules joyeuses. Inutile de les retranscrire ici, vous faites de même quand quelqu'un qui vous aime vous demande comment vous vous portez de son amour. J'avance à la suite, pas ralentis, je mets de la distance, l'intimité d'un tel bonheur me force à faire celui qui n'y est pas puisqu'il ne me concerne que par le fait que je me sens souvent heureux du bonheur des autres. Et puis, pourtant, la longue silhouette qui me précède semble elle aussi dans la nuit, comme unique. Il parle seul. Un fol de plus, je me dis-je; Parle avec je ne sais trop quel dieu, un diable le pique, le ton monte, et les questions fusent, l'inquiètude bouleverse. et voila qu'entendant mon pas derrière le sien il se retourne et que je vois luire à son oreille la folie convenable d'un appareil d'où il semble qu'on lui parle. Un sonotone céleste, la voix de son dieu contrariant. Un dieu bleu comme le voyant bleu qui rien n'éclaire puisqu'il clignote, tachycardie des émotions artificielles.

Nous allons ainsi, parlant seuls et correctement corrects puisqu'équipés du tout dernier cri de notre solitude socialisée. et au creux de notre cou plus un souffle ne vient portant les mots qui au creux de notre oreille disent ces choses par lesquelles nous sommes les heureux d'un monde qui ne se méfiait pas d'être aimé de près, de tout près. Une plainte tient lieu de langage, la langue ne réchauffe plus rien en nous depuis qu'elle n'est plus portée que par les ondes à haute fréquence du bouillonnement infernal. Nous sommes sur écoute et les heureux que je croise s'en porte bien puisque personne ne les écoute plus que quand ils geignent et s'alarment. L'écorce intérieure leur a poussé, ils ne savent plus depuis quand , elle a tout gagné. Plus rien ne vibre que la machine qui remplace si bien le sens, en ce qu'elle vibre à la place de tout ce qu'ils redoutaient. Leur sublime et aimable sauvagerie.

24.10.2009

L'ensemencement

Voila tout ce que je sait faire, voila tout :

Tracer dans la pierre, à l'aide de l'index dont l'ongle est endeuillé de l'anneau de ton cul, un sillon.

Un trait gras dont la saveur est suave et acre l'effacement. Reconnaître dans l'odeur de craie de ta toison pimentée par l'âge de sel, le lieu infiniment liant où déposer la semence.

Refaire de la paume ouverte le silence sous lequel, la page où nous sommes endormis se soulève quand à l'aube Vénus pâlit.

Te donner à moudre le grain lourd de ma récolte afin que tu y traces, à l'aide du Kalam, un coeur de farine fleurie de sel et d'eau.

M'asseoir là, à l'ombre de ton repos, et donner aux égarés, un peu de mon pain, l'eau qui sourd de mon chant, emprunté au levain.

Danser au bord du champ, qu'en jaillissent, des herbes folles, les fruits d'un arbre, longtemps imaginés, pour que tu en manges et m'y dévore.

Apporter à pleine bouche, joues gonflées comme l'outre du verbe aimer, de l'eau au moulin de ton ventre vif à l'axe de ma nudité.

Attendre, attendre encore, et encore attendre que cède dans les orages la force des vents contraints et qui nous sont contraires sans nous être rien. Rien.

Remettre en terre tout ce qui n'est pas encore la maison d'où nous pourrons sortir côte à côte, sans que tu sois de mon côté, sans que je passe à côté de toi sans écouter ce que tu dis.

Rendre aux morts ma ration de survie, inentamée, intacte et veule vieillerie d'un souvenir dépassé par la grâce de ton pas passant ce que nous étions et ne sommes plus.

Tracer un trait gras de la paume à moudre à l'ombre du champ à pleine bouche, et attendre de remettre aux mors ma ration de survie, inentamée. Et que jaillisse un fruit, intact.

Voila tout.

(Pour PG)

 

23.10.2009

Mise à pied

Des Oeuvriers, des Oeuvrières, ces blouses, ces bleus dont on ne sait décement plus quoi faire. Il suffirait sûrement de faire d'eux comme on fait des machines auxquelles on les avait soigneusement attachés et avec lesquelles eux-même avaient finis par s'identifier. Nous sommes cela ? Les entendait-on scander dans les manifestations organisées par les syndicats. Cocus tous, comme si la plus opulente des garces vous quittant, vous n'arriviez pas à voir qu'elle vous débarassait en même temps de ses chutes de cheveux, de l'haleine matinale de ses remugles soporifiques. L'usine, le site, l'entreprise, la fabrique, il n'y a guère qu'un ouvrier pour penser qu'elle est sienne, pour toute la vie et que vivement la retraite, le petit jardin à l'ombre des hauts-fourneaux, et les petits-enfants qui ne viennent pas, la honte du milieu les rend cons.

Le patron lui, ne fait qu'y passer à l'usine; Sa vie est ailleurs, dans les cotations boursières, dans les soucis que lui procure son dernier divorce, dans les cadences qu'il va falloir faire un peu augmenter pour pouvoir payer la pension alimentaire, dans tout ce qui fait le quotidien d'un homme d'affaire aux petits soins pour son standing. le patron, c'est en quelques sortes le vrai extra-terrestre de nos rêves d'An 2000. Il arrive en soucoupe volante, il ne nous veut pas de mal mais il ne repart pas sans un petit souvenir, le pot de fin d'année, l'arbre de Noël pour les enfants des cadres, le départ à la retraite de Gégé, le manut' ... En échange de toutes ces marques d'affection paternelle, il tape dans la caisse jusqu'à ce que l'aventure cesse.

On délocalise, on ferme, on licencie, on reclasse, on propose des formations qualifiantes, même parfois on vous demande si vous ne voulez pas déménager pour la suivre l'usine, dans ses pérégrinations à l'aveuglette. Mais pour l'essentiel les cocus restent sur le carreau, brulent quelques palettes, saccagent un peu, que ça en fait de la peine de les voir, ridiculisés, aller jusqu'au bout de leur propre suicide. alors qu'honnêtement on a rien fait que de leur suggérer qu'il n'y avait plus que ça à faire. Se flinguer. Mais comment faire disparaître ce qui n'existe plus, sans qu'on y ait pris garde. Le classe ouvrière, comme classe sociale a fournit son effort en s'éfaçant au profit de l'image polie des partis politiques et des leaders syndicaux qui portaient sa voix. Lui reste tout de même une solution, individuelle certes mais qui vaut tout de même, pour l'édification des masses. Les masses, elles, contrairement à ce nous voulons bien croire n'ont pas disparues, elles se sont travesties, bigarrures des coutumes, des traditions importées par cargos, tribal attitudes, régionalisme des clichés : Ah, tu vis en région ? Je te croyais provincial.

Changez les mots à la vitesse des girouettes prises par le vent coulis et vous verrez qu'ils finiront par ne plus se reconnaître entre eux. Mais là n'est pas la solution dont je voulais parler, la voici, pas très originale mais à grande échelle, il faut voir ce que cela peut donner. Je propose donc de libéraliser la vente d'armes individuelles et d'ainsi créer, outre un marché innépuisable, une sorte de folie meurtrière collective, une manière de grand carnaval des forcenés, tous rendus cinglés par des problèmes d'ordre strictement personnels, exemple :

Gégé, 49 ans, récement mis à pied par l'entreprise où il exerçait les fonctions de manutentionnaire, après avoir proprement assassiné femme et enfants, violé le chien et frit le poisson rouge, a fait irruption dans le supermarché près de chez lui et a ouvert le feu, tuant où blessant une dizaine de ménagères au moment même où une grande promotion sur le revitalizetalife TM allait avoir lieu. L'enseigne porte plainte pour préjudice moral ainsi que pour le manque à gagner sur la vente de la crème à retendre mémère. Selon une source bien informée en fluor, Gégé depuis quelques temps soupçonnait le poisson rouge d'entretenir des rapports incestueux avec le congélateur. Ce qui aurait déclenché chez lui une sorte de psychose post-et-télécomunication qui pourrait l'avoir affecté dans ses relations affectives.

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