22.11.2009
Le doux et la douleur (ex voto)
Souvent toujours la douleur enrôle ceux qui du doux ont quitté le chemin, soit que le chemin s'arrêtait là, et qu'après longs temps passés à errer, il se soient rendus à l'évidence que de friches en essarts ils n'avançaient plus que dans l'avanie des souches retournées. Soit que par un hasard prévu de long temps ils se soient retrouvés au réveil, perdu pour l'horizon, au fond d'un fossé dont ils ne reconnaissaient rien sinon qu'ils l'étaient celui-ci, ce fossé d'herbes sèches au bord duquel on se penchait avec compassion et quelques peu d'agacements, quand crois-tu qu'il va en sortir ?
Alors à l'aide du doloire la douleur leur ôte la vêture des hôtes, alors nus ils vont, se rechaussent de boues et debout s'avancent pour naître des larmes comme on naît d'une pluie à son zénith d'ornières débordantes de vie. Ceux-là qu'on reconnaît comme nos semblables, ceux-là qui sont nôtres par le fond et la forme, ceux et celles-ci que nous ne saurions abandonner sinon qu'à nous rendre méprisables aux regards anxieux des peines qu'ils éprouvent à nous rejoindre, ceux-là n'ont pas de nom, pas encore de nom.
Lectrices, lecteurs, vous qui passez ici comme attirés par la chair vive et nue du propos outré, je vous dois de vous dire ceci : Rien de ce que vous lisez ici n'est vrai. Personne, aucun lieu ni temps dont vous puissiez croire que j'ai eu à le connaître, l'aimer, le haïr ni à en éprouver le moindre sentiment en en recevant l'égale part de ce que j'aurais eu à donner, n'existe vraiment, n'a existé un peu ni n'existera jamais. Je suis menteur de naissance, je fabule et le verbe que j'ai forgé pour qu'il use de moi comme d'une arme blanche finit par faire le soc d'une charrue pour ouvrir un sillon tendre au ciel lourd de Décembre. "Personne", seul ici peut se reconnaître en ce que le voyage d'où l'on ne retire que la gloire stupide des racontars, s'achève un jour dans un buisson où sa nudité initiale prendra du soleil le souffle et d'une étoile la voie et du vent la maison.
A vous, merci. Et la grâce du doux sur vos propres douleurs.
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14.11.2009
Les villes I
Elles sont comme ça les villes, tout d'abord vous ne faites que les regarder sur une carte, un point. Un point qui porte un nom, à qui l'on a donné un nom, il y a longtemps. Au temps où il n'y avait là sans doute qu'un gué, un carrefour, un sanctuaire renfermant une écharde de la vraie croix, un os, bien souvent une villa, c'est à dire une grosse ferme accompagnée d'une garnison. Les archéologues vous lèvent ça mieux qu'un vol de perdrix devant un promoteur culturel, amateur de gibier à plumer, à ses heures. Ce qui fait que sur la carte, à côté du point il y a un petit symbole. Quelque chose qui dit que dans cette ville, il s'est passé quelque chose. Quelque chose de grand, quelque chose qui va sûrement vous intéresser. La prochaine fois.
Vous sur l'autoroute, à 110 à l'heure, la carte dépliée sur le siège passager, vous voyagez seul, c'est une vieille habitude. De toute façon vous ne vous souvenez pas d'avoir jamais voyagé en famille, à l'arrière d'une guimbarde, Maman à la droite du chauffeur, Papa au volant, et vous trois à l'arrière cherchant quoi faire pour pas avouer que vous vous êtes un peu pissé dessus, depuis une demi-heure. Vous voyagez seul parce que à chaque fois que vous avez essayé de connaître ce bonheur là, rencontrer une femme, l'aimer, en être aimé, avoir avec elle, les yeux dans les yeux, deux ou trois mouflets qui savent pas se tenir en bagnole, sagement, c'est-à-dire morts, à chaque fois la bagnole a pas tenu. Une fois c'était une durit, une autre fois ça a été le joint de culasse, et encore une autre, c'est le circuit hydraulique qui s'est vidé sur le parking, juste après le péage. Alors à chaque fois que quelque chose vous dit : Casse-toi ! Vous montez dans la bagnole, un sac vite fait sur le siège arrière, les clopes, de quoi faire un joint, plusieurs, un douze planqué dans le moyeu central du volant, dans le lecteur CD, Gould et les variations Goldberg. Ceinture.
Elles sont là les villes, vous roulez la nuit, la nuit on sait bien que l'on va nulle part. Nulle part, sur la carte, c'est justement le non lieu que vous recherchiez. L'endroit où vous même vous êtes assuré dans vos rêveries dévissées de plus entendre ce : casse-toi ! Elles sont là, tranchées par l'autoroute, parfois coupées des fleuves par les six voies ordinaires. C'est rien une ville la nuit, c'est veule comme un tigre dans sa cage, ça scintille terne du pelage, ça luit vainement des canines mais ça mord que la carne d'équarissage. C'est raccordé par les trocarts des rocades, sortie 7, ZI des charmilles. Sortie 8, ZAC des Cornacs. Sortie 9, centre ville. Elles ont un centre les villes, une place largement ouverte sur le vide, bordée de bâtiments d'époque, peu importe l'époque. Au milieu de la place souvent il y a un truc, quelque chose autour de quoi l'on tourne, l'éfigie d'un type qui a passé là huit jours de sa vie, et qui si il n'était pas mort depuis la bataille d'Arcole, se repentirait encore de s'être laissé faire le jour où on lui a dit : Casse-toi !
(La suite après...)
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Digg
12.11.2009
La vie en tant que scie
Si il advenait que l'on me prouve par A+B que je suis né dans un pays riche, il faudrait par la même que l'on m'explique pour quoi je n'y croise à longueur de rues que des pauvres, des sans le sou, des sans grade, des sans actualité autre qu'à toujours remettre au lendemain l'équilibre sans lequel on est à la merci du premier vaccin venu. Ton bonheur est entre tes mains, tu es l'artisan de ta propre réussite, change d'air voilà tout ! Je m'y colle, je me lave, me rase, enfile une paire de chaussettes propres et toute la panoplie du parfait candidat. je sors de bon matin, je descends à la gare et en passant devant l'église, voilà-t-il pas que je croise un convoi funèbre.
Il y a là du veuf, de l'orphelin, des amis éplorés, de la famille aussi, des curieux qui se renseignent pour le cas où, et le petit personnel qui se charge d'organiser tout ça, que ça ait l'air de quelque chose de digne. C'est pas toujours le cas. Je passe, je ne connaissais pas la défunte, vaguement peut-être. Un coup mal tiré, un soir où le mari faisait de ses dix doigts, quelques heures supplémentaires, accroché au clavier de son ordinataire. Pas plus. J'ôte tout de même mon chapeau, il me semble qu'un des orphelins ne m'est pas inconnu, il me fait même un signe. Triste petit.
Je continue ma route, une où deux mains se tendent mais ce matin, c'est décidé, je réussis. Pas le temps pour m'occuper de la détresse d'autrui. A la gare ! C'est une vraie mafia ! Ma voisine, qui s'y connaît un peu vu que dans les années quarante, elle tendait aussi la main, mais très énergique, celle-là, m'a déjà avertit. Vous leur donnez un jour, et vous êtes fichu mon pauvre monsieur ! J'ai l'air, moi, aussi pauvre que ça ? Pas ce matin, je suis remonté comme un coucou niché dans un fourgon délocalisé de la Bling's. J'y cours au cul au bonheur. Je suis sur le quai, avec les autres, j'attends le RER, le train de la réussite omnibus. Mais voilà que sur les ondes on annonce un sacré retard, une demi heure pour le moins. Un suicide en amont. Un cadre dynamique, dynamité par le stress. Chers voyageurs, on ramasse les restes, on fait des doggy bags pour les affamés et on rétablit le trafic. Ça rassure, je commençais à suer dans mes chaussettes propres, je m'envoie une giclée de menthol discret, entre les orteils. Enfin la rame arrive, les autres et moi on se fait les politesses d'usage. Et on roule, on roule, on roule, on roule, là on s'arrête, et puis on roule, on roule, on roule et enfin la capitale se met à luire devant nous, comme un lingot de béton ciré.
Quelques couloirs, des bousculades bon enfant, un coup de savate à un petit mafieux roumains d'à peine six mois, que sa mère de location a laissé en plein milieu des Escalators. Et me voilà à pied d'œuvre. Alors mon gaillard on en veut ! On va y aller ! On a la gnaque !!! Si vous le dites ! que je me pense sans desserrer les lèvres du grand sourire pincé que je lui adresse en guise de oui-oui convenable. Lui c'est le chef du troisième bureau du ramassage du tri sélectif en milieu urbain. J'ai trouvé cet emplois précaire d'une durée absolument indéterminée par un ami de ma femme. En échange de quoi il l'invite tous les mercredi au cinéma et après ils vont boire un verre, et après ... Après je peux pas dire elle me raconte pas tout. Elle est assez indépendante, dans son genre.
Bon, ce matin on ramasse que les mâles ! On y va doucement, faut pas choquer le passant. Vous connaissez tous la consigne, à la moindre question, on répond : C'est pour les ramener chez eux madame, là où il fait chaud et où le lait et le miel coulent en abondance. Ici vous comprenez, ils dépérissent. Par Saint Besson ! Comme vous faites bien ! Moi comme c'est mon premier jour, c'est que les vieux qu'on me donne à pousser dans le fourgon. Même c'est pas trop fatiguant. Allez Pépé, faisez attention à la marche. Mais quand même je me dis : Si il advenait qu'on me prouve par A+B que je suis né dans un pays riche il faudrait aussi qu'on me démontre pourquoi il y en a toujours plus à charger dans les fourgons ? Les cadences deviennent infernales. Il a raison le délégué syndical.
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10.11.2009
Soleil plongé
Dans l'immensité d'une flaque je me suis retrouvé hier à contempler tout ce que le sac de mes cités illusoires avait laissé après l'achêvement, grandes ruines fumeuses. Une flaque que le ciel plombé en se déversant comme une cuvette d'eau grise, avait laissé là. Devant moi, à mes pieds elle gisait, sa peau bourbeuse et lisse s'illuminait tristement d'un soleil liquéfié comme le souvenir de n'avoir été que ça, un soleil plongé dans l'ardeur inverse du vivant marécage de l'attente. Le sac avait eu lieu, cent fins, et j'avais passé tout ce temps, dissimulé, la peur au ventre, un noeud de vipères que je voulais sauver du pillage où je me laissais aller. Prenez ! Prenez tout ! Laissez moi simplement la mue. La mue que l'amour mord pour en ouvrir le fermoir. La mue dont la mémoire ne garde qu'un peu de boue craquelée, au fond d'une flaque réduite à l'état de poussière. Quand le soleil enfin s'ébroue et ne confère plus aux étoiles mortes une lumière froide, cette illusion qui appelle au pillage.
11:12 Publié dans Relis tes ratures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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07.11.2009
La cloche
J'te dis qu'c'est lui ! T'es sûr ? Mais oui regarde la dégaine. T'es drôlement physionomythe quand même, moi la dernière fois que je l'ai vu, il était à poil. A poil ! Tu déblogues mon pauvre. Mais non j't'assure, complètement à loilpé, attends que je me souvienne ? c'était p'tête bien dans un magazine ? Tu sais un de ces trucs sur la vie des stars ... Attends oui, ça me revient, y avait un gros titre ! Quequ'chose comme : Lephauste en villégiature à la Baule ! A la Baule en plein mois de Novembre, t'imagine. Et après y disaient même que Frédérique Martin et lui c'était fini. Oh non ! alors là tu m'scie, quand je vais dire ça à ma femme ... T'as une femme toi ? j'te croyais analphabète ? T'as qu'à me traiter de pédé tant qu'tu y es ! 'Tain tu veux que jet'dise, y a des moments où je m'demande pourquoi a j'te cause ? Franchement ... Attends le v'là ! Hum, bien le bonjour monsieur Lephauste. Salut les gars, alors ça mord ce matin ? Faut voir, on arrive à peine. Dites monsieur Lephauste sans vouloir vous obliger, c'est pour ma femme ... c'est-il vrai que y a de l'eau dans l'gaz entre Frédérique et vous ? S'cusez le, monsieur Lephauste, mais de femme il en a pas, il est anal... Non non, c'est rien les gars, mais pour répondre à votre question faudrait plutôt demander à Sylvaine.
'Tain, tu vois j'te dis, l'est pas bégueule, suffit d'lui causer normal. C'est des mecs comme tout le monde toutes ces stars de la poésie. Ouais p'tête mais n'empêche t'as pas d'femme ! Pauv'con, passe moi une bière au lieu causer de ce que tu sais pas qu't'ignore, faut qu'j'appâte.
"Mais oui mais oui !
La cloche a sonné
ça signifie la rue est à nous
que la joie vienne !
Mais oui mais oui, l'école est finie."
01:14 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
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Digg
03.11.2009
Corrector
C'était une boite qui contenait deux flacons de verre, un produit miracle contre l'irréparable. Dans le premier flacon, le remède pire que le mal, un liquide noirâtre que l'on mettait bien des suées à verser sur l'endroit du délit. Du noir sur du bleu "luminous", rien à dire, l'effet était confondant, la tache prenait des proportions gigantesques. Elle vous engloutirait même, si vous continuyez à scruter son avancement sur le Tergal TM du pantalon. Celle-là je l'avais pas ratée, toute la petite bouteille Waterman y était passée. De toutes les façons que l'on y regarde, le devoir était fichu : Racontez la dernière volée de bois vert que votre bonne maman vous a, à juste titre administrée. La maîtresse n'avait pas dit au sujet de quoi on devait s'être fait étriller. Là on était libre, j'étais justement en train de créer la circonstance et j'imaginais déjà assez bien la chute de la rédaction. Le Tergal TM faisait froid sur ma cuisse, devant moi sur la table, la copie quadrillée dégoulinait par dessus bord de mes trop bonnes intentions rédactionnelles, le porte-plumes restait planté dans la boucle inférieure d'un B majuscule que, l'instant d'avant l'irréparable, je m'appliquais à fargouner de la plus belle façon, pour pas en plus me faire enguirlander à propos de ma graphie décadente : Mais tu écris comme un cochon !
Dans le deuxième flacon, il y avait la solution miracle, un liquide transparent qui sentait un peu bon l'alcool. Celui là disait la notice, allait vous sauver du dernier revers de main. Celui là était utilisé au Paradis, par les anges dont l'aube et l'auréole avaient fait trop de looping's près des fourneaux de l'enfer. Missions suicides. Sauver quelques âmes et puis rentrer au bercail pour affûter les plumes sergent-major. Soigner la graphie, toujours soigner la graphie, les mortels savent de quoi je parle. J'en étalais vu les dégats, plus d'un bon tiers sur l'endroit de la honte. Le miracle se produisit, la tache par son centre renonçait, la tache reculait, la tache était en passe d'être vaincue. Radio Londres annonçait le retour des hirondelles, l'idée d'un faux séjour à la neige emplissait mon imagination d'écolier. J'eus une légère érection, due évidement aux images bucoliques des sommets rayonnants de pureté divine qui se pressaient dans mon esprit de jeune pervers oprimé. Avec tout ça j'allais encore avoir un 10/10, maman serait radieuse, en tablier sur le pas de la porte. Papa me donnerait cinq francs avec lesquelles j'irais m'acheter des images pour mon album consacré aux aventures de Général de Gaulle au Congo. Le Corrector TM, cette invention merveilleuse soutenait ma foi dans l'avenir de l'homme.
La chimie pourtant continuait son petit bonhomme de chemin, les réactions s'enchaînaient, et je vis bien à un moment que toute l'opération foirait. Non, Dieu n'existait pas ! Le subtil mélange des deux contenus faisait encore effet et sous mes yeux la tache ayant effectivement disparue, le Tergal TM était rongé, pâlit, une tache de vide avait remplacé la tache originelle. J'allais devoir quitter le paradis sans même avoir, vu mon âge hébété, tripoté un peu Eve. Alors la solution me sauta au visage, je pris dans ma trousse la paire de ciseaux à bouts ronds qui ordinairement me servait à découper les images pieuses, dans le catalogue des armes et cycles et je fis proprement un trou de la taille juste de la tache rebelle. Ni vu ni connu que j't'embrouille ! Le Corrector c'était moi, j'allais avaler le contenu des deux flacons pour faire disparaître les preuves de ma décadence annoncée. Et en passant à table, pour la soupe à la grimace j'annoncerais fierrement que le fils du boucher communiste m'avait tité dessus avec la AK 47 que son père planquait en attendant de nous occir tous, la veille du lendemain du grand soir. Mais que vaillament je m'étais jeté de côté en roulant sous les roues d'une semi-remorque qui filait droit vers Chateauroux. J'étais aussi très fort en géographie. Du velours, tout se passa comme je l'ai dit. On m'emmena aux urgences pour un lavage d'estomac, maman sanglota parce que le vermicelle était trop cuit et papa, de dépit alla boire mes cinq franc. 10/10 je vous dis !
(Pour Emma O.)
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31.10.2009
Nessus
Se fier à l'un, se fier à l'autre mais à aucun des deux ne confier que l'on ne peut être l'un sans être tout à fait l'autre. Et vivre des tristesses de l'un et des envolées galopantes de l'autre sans que ni l'un ni l'autre n'aient à se lamenter de voir l'autre tomber au bout du champ labouré de la page, dans la poussière mordorée du soleil, que tel un grain d'orge on a enfouit, comme blé d'hivers. L'un m'avait dit qu'il savait un gué, l'autre ne voyait que le tumulte et l'enfer des traversées sans fin. Le premier mit donc son pied sur la première pierre plate tandis que l'autre resta assis sur la berge, qui peu à peu se diluait sous les saules. Pour l'un j'avais un licol, une cravache, et des mots de cavalerie. Pour l'autre je n'avais plus que quelques compassions, une patience perdue fil à fil, un écheveau de laine cardé par l'usure qui rend immobile. La seconde pierre branlait, divisant en langues d'eau verte l'humus et l'humeur, l'un gras du mol des souvenirs, l'autre au sang noir de la mélancolie, reflet de rien que des éclats meulés de la rumeur. Le premier prit son second appuis puis un troisième, le second se laissa glisser sous la chevelure du saule. Du premier le pas s'assurait, au second vinrent des illusions amniotiques. De l'autre côté, après que tout fut franchit, une rive se fit jour. Dans son lit de pierres muettes, le fleuve baignait le soleil à son couchant. Se fier à l'un, se fier à l'autre mais à aucun des deux ne confier que l'on veut être un, sans l'un ni l'autre.
(Pour le repos de Pierre Ollivier)
17:23 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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29.10.2009
Radis Mad
Je jouis de mes lents colis
Pris dans le col de l'utérus
Je suis le fils d'une poupée russe
Je jouis de mes lents colis.
J'suis pas ta mère !
J'suis pas ta mère !
Veuillez nous suivre
Sans résistances
J'suis un fusible !
Eh, vas-nu-pieds ?
T'as pas cent dalles ?
C'est pour le mur des fédérés.
Un p'tit con d'papapiste
Contre un coin d'panaris
Elle avait quelque chose d'un manche
Un p'tit con d'papapiste
Contre un coin d'panaris
J'la perdais dans l'passage Brady.
(pour Tess et aussi pour Frédérique)
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27.10.2009
Entrain
Nous nous enfoncions, abrutis, défoncés, en silence dans une nuit sans bruits. Une nuit de ouate brune à parements argentés, et regards d'ogres maigres nous convoitions tout ce qui semblait nous manquer pour être heureux enfin, selon l'ordinaire de la coulure humaine. Quand nous nous croisions, par mégarde, nous n'avions plus rien à décrypter que les numéros affichés sur le cadran digital de nos lèvres closes. nous ne lisions plus que d'épais volumes sur la crédulité, d'épaisses briques de papiers sanctifiés par les autorités, bon à tirer. Bon à tirer. Novembre n'allait succéder à rien, mordre la terre gelée, il nous restait cela à faire avant de jouir des morsures du temps présent.
A l'appel de votre nom vous vous mettrez en rang le long de la clôture. Le matricule de vos rêves bien en vue. Ceux qui rêvaient d'être heureux seront dirigés vers la porte de gauche, les autres, ceux qui ne rêvent pas, seront traités sur place, par nos hôtesses de l'ordre. Attention, je répète ! Toute tentative pour échapper à la collectivisation des joies célestes sera réprimée dans un bain de lait et de miel! Il est recommandé par le conseil de l'ordre sanitaire de se munir de sa carte de donneur de sang froid.
L'histoire nous avait appris qu'elle savait selon les époques s'accoutrée des plus subtils atours afin de repasser les plats. Les historiens s'égosillaient. L'histoire ne se répète pas. et ils nous le répètaient sur tous les tons. L'ordre fournissait les partitions. Mais pourtant ce matin là, nous y étions, en silence, sous le regard de nos anciens frères, en uniforme. Le leur était brun et pesant sur leur hanche une arme de poing dont nous essayons de nous convaincre que jamais, non jamais ils n'en faisaient usage. Le notre n'était plus que de la peau sur les os, jetée comme un sac par dessus les épaules qui nous pressaient de toutes parts d'avancer, au commandement. Je pesais, pour ma seule part soixante sept kilos. 67 kilos pour un mètre quatre-vingt-six. 1m86 au sommet duquel ma tête vaguait, absente à présent. Toute vide des cris qu'elle avait secrètée et dont l'alarme tintait comme la crécelle idiote d'un spectre promis à un bel avenir.
Nous étions là, une vaste prairie bordée par un centre de rétention sanitaire et au loin la promesse d'une toussaint surnuméraire. Le seigneur est mon berger, il me conduit dans de verts pâturages! Le saigneur est mon berger, il...
16:58 Publié dans Relis tes ratures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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26.10.2009
Adversité
La tête dévissée, ayant lutté longtemps contre les évidences figées de ce qui n'avait jamais existé, il finit un matin par se lever du bon pied, celui qui lui restait. L'autre n'étant plus que le jumeau commode d'un pas qu'il allait falloir faire. Il ouvrit donc le bestiaire de ses passions usées et un à un en extrait les portraits desséchés de quelques aventures. Des histoires qui ne vivaient que parce qu'il en restait, seul, l'aliment favoris. Les souvenirs. C'est ainsi que l'on nomme cette crasse dont la mémoire s'orne pour aller dans le monde et gémir à son aise de la ruine qu'elle entretient en gardienne privilégiée des rogneries montées en épingle à cravate. La cravate que décement on ne peut se passer au cou que pour assister à ses propres obsèques. L'heure n'y était pas.
Il y avait là des amitiés, à la vie, à la mort, et qui mortes sans en avoir l'air, lui rappelaient qu'il avait aimé jusqu'à l'idée même de s'aimer follement dans l'abandon, le silence, jusqu'à l'évidence, l'indiférence. Des amis des deux sexes, bien qu'asséxués en tout. Une fraternité, des bandes à n'en plus compter les membres, à ne plus savoir comment on était tombé là, dans cette fidélité que l'on est souvent bien seul à vivre, pour le compte d'un quelconque intérêt, de quelque chose qui n'est rien moins que le profit mais à qui le vocabulaire offre des noms fleuris comme l'enfer des marécages. Le besoin que l'on éprouve à se rassembler, à faire de ses semblables une communauté est éfrayant, à bien des égards. Il aurait pourtant suffit d'ouvrir l'oeil, de ne laisser s'approcher que ce qui n'avait rien à gagner dans la fréquentation, pour se retrouver libre de ne servir à rien ni de servir personne. Mais voila, quand la nuit vient, hurle au miroir le fantoche de la triste réalité. alors on se serre les uns contre les autres, et comme c'est souvent l'heure de l'insupportable, on se saoule de toutes les drogues possible, on enfante les projets les plus idiots. Puis l'on titube pour s'en retourner dans les bras du fantoche, tout au regret de se quitter déjà, comme on s'était trouvé. Pas un grain de sable qui n'ait retrouvé sa place. Pas le moindre bouleversement qui n'ait été, au bout de cette longue nuit, qu'un peu d'eau croupie remuée puis refermée sur ses fermentations. Amitié, l'étrange mot. Tout fait, à le prononcer seulement, de sons anémiés. comme autour de la presque dépouille d'un cher, d'un proche on continue à s'entretenir à mi-voix, pour ne pas le réveiller d'un sommeil qu'il a eut tant de peine à trouver, des mil feux que l'on prépare pour demain, pour lui ... Bons ainsi, nous nous trouvons bons, avec le sentiment de n'avoir pas perdu notre temps. L'élaboration méticuleuse d'un château de sable prend au moins autant de temps que l'océan met à ourdir une saine tempête. Ses amitié n'avaient été que des châteaux de sable. Il guetta longtemps à l'horizon et du fin fond de cette marine grasse du talent d'un peintre du dimanche, il la vit arriver, montée sur les roulements à billes de l'écume abrasive, elle ne tarda pas à ronger définitivement les falaises au sommet desquelles l'herbe sèche s'accrochait au peu de terre livide où ses amitiés continuaient à tonitruer, ivre mortes de leurs vins amers. Quelques têtes tombèrent du bestiaires, dans la poussière. Il faudrait faire le ménage, ramener à Panurge ses moutons. Qu'un nouvel holocauste puisse avoir lieu. Sans que nul n'y trouve matière à s'émouvoir outre mesure.
Quelques pages plus loin, il y avait là du sang. Un fleuve au bord duquel somnolaient père et mère. Le premier plus que mort, la seconde latente, attentive à ne plus faire un geste qui puisse s'interpréter au delà de l'absence convenable, du silence au sein duquel tout se dit, auquel il n'est nul besoin de rien rajouter puisqu'en ne disant rien on ne s'expose pas à répondre aux questions. Quelles questions ? Aucunes qui puisse froisser l'ordre ancien de la fatalité : Que veux-tu que je te dise ? Rien je t'en prie, ne dis plus rien. Puisque rien n'a été, il suffit que nous nous aimions automatiquement, à date fixe et que nous nous l'écrivions en formules consacrées par l'ordre qui naît lui du courage qu'il faut pour se maintenir probe, et lâche mais probe. Contrairement à ce que veulent bien nous faire croire les esclaves, le blanc n'est pas la couleur de la trique, pas plus que ce n'est la couleur de la main qui l'abat, le blanc est la couleur du vide au fond duquel ils plongent dès l'instant où il s'agit pour eux de faire un choix; le choix entre la liberté et la servitude rêvée. Père et mère, au bord du fleuve d'un sang mêlé puis séparé par des noms de baptême rancis par les ratures de l'état civil. Comme si il y avait un état civil de la désertion. Et que tout était bien, là au bord du fleuve où flottent les petits cadavres des enfants. Deux têtes tombèrent à la suite du bestiaire, mais chacune de son côté, chacune ignorée de l'autre par le tristesse froide de la première. Au bord du fleuve, il fait un froid qui donne envie de n'appartenir à aucun groupe sanguin.
Puis vint le moment de soulever la lourde page de la fratrie...
08:06 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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