20.04.2008
Il pleut
Il suffit de tourner le dos pour qu'il pleut. Il pleut selon vos convictions notez bien. Il, on s'en rend bien compte, respecte le calendrier des revendications, secteur par secteur. Vous voulez qu'il pleut des augmentations de salaire ? Il pleut un Aimée Césaire. Vous voulez qu'il pleut plus des emmerdes ? Alors là repassez la frontière, sans K way pas de papiers, sans papiers pas de cul terreux, sans cul terreux pas de prévisions, sans prévisions pas de gouvernance, sans gouvernance pas de TV et sans TV pas de racontars sur la pluie et le beau temps.
Il pleut plus, pas de veine, je tenais pourtant là un sujet bondissant d'émois variés. Ah ces longues promenades sous les pluies tropicales que toi et moi faisions en poètes roulant dans le caniveau gorgé de vomissures impétueuses ! Ce crachin d'Automne plaquant sur nos paupières les feuilles des maronniers tandis que nous nous bourrions la gueule de coups de poings à la sortie des écoles. Ces pluies enragées à saloper les rivières quand nous glissions des berges grasses, happés par la boue matricule, sans espoir d'en revenir autrement que dégoulinant d'herbes folles et bons à calotter. Ces orages de Mai où le muguet rancissait de saison en saison, sans fleurir le revers des luttes. Pluies que nous souhaitions diluviennes quand de nos lèvres empatées le vin évidé faisait de nos pensées des bulles de salive lourde.
Il pleut plus, plus assez pour laver le ciel qui ne se souvient plus que nous naissions sans qu'en soit perturbée la télédifusion du bulletin météo, nous naissions anonymes, pour encore un peu libres.
22:30 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, météo, modem et tom tom, france, psg


