30.05.2008

Le commuteur

Ligne A, ligne B, ligne C, ligne D, cherchez pas dans vos abécédaires il n'y a pour ces lignes là aucune image d'hirondelles, aucun arbre, aucune maison d'où le papa sort au matin tandis que maman prépare les petits en leur beurrant de grosses tartines. Il n'y a pour ces lignes là que la suie, la suée, l'aigre gueule de l'emploi, le réveil amer à trois cent par wagon. Trois cent parfums de pacotille, trois cent regards d'assassins, trois cent fois mil raisons de maudire les voyages en ce que ceux ci ne forment plus que le servile.

Ligne D c'est l'aube, les quais sont à ras bord de matière noire, c'est l'heure de ces salauds qui usinent aux tri des ordures, c'est l'heure de ces importunes en boubous et qui vont au bureau pour vider les corbeilles, c'est l'heure des chiens sous muselières, de leurs maîtres se frayant dans la foule leur chemin d'intouchables, c'est l'heure de la masse unique et délabrée sous l'uniforme libéral.

-En raison d'un problème lié à la maintenance du matériel les trains en direction de Melun circulent avec 30 minutes de retard !

Je suis un commuteur, un usagé du RER, un client du droit de péage, le commuteur idéal. Je fais bip à l'heure H et m'engonce dans la charnière humaine, chaque matin, dans la charnière humaine maintenue en vie par les écouteurs, les vibrations du téléphone, la lecture du journal gratuit; Un cataclysme en Mirbanie, une junte au Luxembourg, La mer se retire enfin sur un paysage de désolation et de virages en coups de freins  la matière  entre en fusion. on  se bouscule, on s'ignore,  on s'applique à se traiter comme on  nous dit, méprisables, méprisant, soubassement d'une pyramide d'où cascadent  les images  de la réussite.  Elodie sauve son enfant  de la noyade  !  Un monsieur si gentil pourtant  ? Le père avoue le viol du saint esprit  ! Trente ans de réclusion  pour le meurtrier du petit  Jean-Philippe  ! De belles perspectives pour le marché de l'immobilier !  Les époux royaux sont arrivés  à Roissy...

Je suis l'aliment frelaté dont la capitale  nourrit ses boyaux où s'affiche le papier monnaie, en panneaux immondes. Je suis le commuteur mais il n'en a pas toujours été ainsi, j'ai été tout autre chose, chose tout de même. J'ai été serf cavalant la famine à mesure que les guerres changeaient le paysage. J'ai été métayer sur un tas de fumier, enrôlé dans les guerres dont le profit se partageait loin du grabat où les rats conchiaient mes guenilles; j'ai été au coin des places celui que ces moignons nourrissaient de la gangrène que les guerres aspergent de repentir.  J'ai été ouvrier, à la peine et au nombre d'un infini profit, emboutissant les douilles d'obus, laissant ici un doigt, arborant sur le revers les médailles de mon travail, buvant,  trimant encore quand à l'aube les ordres de marche tombaient en liasses sur les chaines de montage. J'ai été à la première heure me faire traiter d'identifiant par des employés à retailler le costume des statistiques; J'ai été de toutes les théories celui qui n'en faisait pas assez. L'indigeste multitude, le ferment de fainéantise. Celui qui jamais ne comprend qu'on le prend exactement pour ce qu'il est, un organe déficient mais pratique tout de même sous le rapport de la propagande et de la quasi gratuité.

Je suis le commuteur, le commuteur idéal et le premier qui tente de m'empècher de monter dans le wagon, celui là est un homme mort. J'ai ma place dans le wagon, j'ai payé pour pouvoir monter dans le wagon, il est hors de question que je ne monte pas dans le wagon, poussez vous bon dieu que je monte dans le wagon, comment ça il y en a d'autres des wagons, mais c'est celui ci mon wagon... Arbeit mach frei ! Arbeit mach frei !

-Les voyageurs à destination de Nice sont invités à se présenter au chef de train munis de leur laisser-passer. Un service de restauration est assuré durant tout le trajet ! Ladies und gentlemen ...   

29.05.2008

Aube (Incitation au vol)

L'aube est remontée des bas fonds de la nuit, titubante, léchée par les nuage qui ont fait de Mai le deuil de la lumière. Dans nos lits la maintenance est presque achevée, dans un instant le jour faisant fi de nos humeurs nous dressera dans les oxydes et nous nous enverrons au travers des regards la somme des injures que notre état engrosse. Des portes claquent déjà que personne ne sait plus retenir, des portes claquent, des portes... Entendez vous comme nous nous claquemurons ? Faites de ça ce que vous voudrez mais un matin comme celui ci ne faites plus ce que l'on vous dit de penser, ne pensez plus qu'à défaire inlassablement la chrysalide grumeleuse des nuages et à nous en arracher les racines, une à une. Que nos limons enfin s'apaisent et que n'y germe plus que la sensation paisible du fruit.

27.05.2008

Mon Père

Ce court texte m'est inspiré par la lecture que je viens de faire d'un autre,  écrit par Loïs de Murphy sur son blog : http://loisdemurphy.canalblog.com

Un texte croisé en somme.

Il avait pour lui que la vinasse avant que de le plonger dans la lie quotidienne le couronnait d'un absolu sans lequel il n'est rien de vivre. Mon père buvait. Et cela me fait souvenir,  maintenant que son corps enfin libre des pesanteurs de sa "patte folle" ne le fait plus souffrir de ce que les anges endurent dans la contrainte d'avoir à claudiquer plutôt que de planer en de gracieux looping, d'une réclame télévisée de mon enfance passée auprès de lui à le fuir par tous les moyens. A l'image n'aparaissait qu'un petit garçon dont on voyait que la main était tenue par la main d'un homme. Ils marchaient tous deux au long d'une rue et passant devant des vitrines, ils finissaient par s'arrêter devant la porte d'un café, "tapageur" comme le chantait Rimbaud. L'enfant se raidissait, freinait des quatre mais l'homme lachant la petite main poussait la porte et entrait, seul. J'étais à l'époque ce petit garçon qui attendait à la porte.

En fait non, j'étais ce petit garçon qu'on asseyait au fond de la salle du "café du cher" : "Et pour le p'tit, ça sera quoi ?". Une p'tite grenadine ? Avec une paille ? Je faisais oui de la tête. Mon père s'installait au comptoir, il y avait toujours là deux ou trois compagnons de fillette. Les verres ballons, la carafe en verre fendillé, fascinante. Et les tournées, celle à Maurice dont la femme se faisait la belle tous les six mois, celle au Dédé que personne attendait à la maison, la maison qu'il retrouvait souvent pas toujours à la même place, celle à la Macotte dont les quarante cinq chats se plaignaient entre eux de ce qu'elle puait le chien mouillé, celle du Miton qui avait des dons de guérisseur, celle que la Marinette remettait, en sainte patronne du zinc, celle d'André qui quittait jamais ses pinces à vélo et qui avait gagné le super banco aux jeux des mil balles, dans les Aurès. Puis venait la tournée de mon père, le boubouche, le fleuriste du 22 avenue Gabriel Dordain, la bonne pâte montée au 12°, au p'tit coup d'rosé et à la belotte. A la santé de la bourgeoise ! lançait mon père en se calant une gorgée derrière la cravate; La bourgeoise, c'était ma mère. Une sainte femme dont la seule préocupation consistait à cacher la tache qui ornait son statut de mère et d'épouse. Je faisais assez bien la tache,  aussi...

Ma grenadine avait fait long feu. Je regardais l'ivresse les prendre tous, ils me foutaient la trouille, le gueuloir arrivait vite à son plein d'invectives,  de plaisanteries qui les poussaient à rire de travers des coups bas que la vie leur offrait en guise de destin. Une guèpe tournait au dessus de mon verre poisseux et quand elle arrivait au fond, ivre de sucre, imprudente, je l'emprisonnais dans son dernier festin.

"Non papa, pas cette fois s'il te plait...". C'est ainsi que la réclame était ponctuée, la voix de l'enfant juste avant que la porte du café ne se referme et que la docte voix du ministère de la santé ne prononce la sentence qui achevait de nous rendre sourds les uns aux autres.

Mon père buvait et nous nous aimions.   

09.05.2008

Capitaine Fracasse

Demain, aux alentours, pas une seconde de plus pas une seconde de moins,  de douze heures quarante cinq minutes, selon le méridien de la Pitié Salpêtrière, Paris 13e,  le capitaine Fracasse aura très exactement... Dix sept ans. Alors bien sûr,  sortant de son manoir mélancholique, il verra venir par la route de son âme amoureuse un nuage de poussière portant la troupe de saltimbanques qui ne vient que pour que son destin de jeune rêveur lui fasse faire ses premiers pas d'homme. Il les a déjà fait ? Oui, il les a déjà fait mais quoi ? Le pas qui vient n'est-il pas le seul dont il convienne de s'occuper vraiment ? Alors bien sûr en taureau mélancolique il n'aura de cesse que de les suivre en faisant faire à sa monture toujours un léger pas de côté. Car,  cher Rimbaud, bien entendu que l' "on n'est pas sérieux quand on a dix sept ans" mais quelle gravité met-on à ne pas l'être, n'est-ce pas ?

Feliz cumple ano capitaine ! Capitaine de mon coeur.

 

Résiliences

Il y a des mots qui ne sont pas dans le dictionnaire, je cherche dans mon Larousse classique, édition 1957, je ne trouve pas. Je fais ma mauvaise tête ? Non ? Oui ! Pas qu'un peu. Je suis saoulé de cette invention permanente, de ces assemblages de syllabes qui n'ont pour vocation que de vous faire entrer par la petite porte des esprits lessivés dans un surréalisme de galerie marchande.

"Ceci n'est pas une pipe" disait le tableau de Magritte; Inutile cher maître, de nous le préciser, de même que nous pouvions nous apercevoir que vous n'étiez pas peintre nous nous étions parfaitement rendu compte que votre travail représentant un fourneau et un tuyau ne pouvait pas être une pipe puisqu'il y manquait la braguette ouverte du client, son regard fuyant, l'ombre des arbres du bois, les phares balayant l'avenue et la chevelure ébouriffée de l'administratrice de ladite, ceci en effet ne pouvait pas être une pipe ! Ou alors, tout micheton que je fus,  plus souvent qu'à mon tour en traversant mon billet froissé à la main, les allées fort niquées de Saint Vincent, c'est que je ne me suis pas fait vraiment sucé et que j'ai par conséquent quelque part entre les racines d'un marronnier, là bas du côté de la porte Dorée, un petit pactole qui m'attend; La chasse au trésor est ouverte !

Ceci n'est pas un mot, je me passe des guillemets mais pas du mot qui les désigne, j'ai le surréalisme badin quand il fait beau. Résilience ! Feu à volonté ! Quelque soit la qualité des projectiles, j'y vais. "Suite au non paiement de votre facture du mois passé nous sommes au regret de vous informer que votre contrat vient d'être résilié... salutations." . Je me retrouve du jour au lendemain sans ligne téléphonique, sans gaz, sans électricité. Me reste plus que ma collection de bons points carrefour, au bas mot une livre de tickets de caisse, contre lesquels à l'accueil on me propose le choix entre un kilo de sucre en morceaux numéro 4 ou un compact disc compilant les plus grandes oeuvres de la période disco (à peu près entre Jean Sébastien Bach et Jean Philippe Smet). Je choisis le CD que j'essaie de rompre devant les tourniquets du RER, un peu comme si Moïse devant la mer morte tentait de faire croire qu'il avait laissé son passe Navigo en Egypte. Mais quand rien ne marche il vaut mieux aller à pieds. cà doit être çà la résilience. Ceci n'est pas un mot, c'est un concept... Ceci non plus n'est pas un mot, c'est une tentative réussie pour amener la pensée à s'évaluer à l'aune du grincement des girouettes. Grince ! Grince ! Grince ! Mais que fais tu ? Oh moi rien je conceptualise ma prochaine prise de position pour ce qui concerne l'influence néfaste des ouragans sur les bonnes relations du monde libre avec les dictatures oléo-oligarchique. Ah bon, tu me rassures ! J'étais à me demander si tu n'allais pas te mettre à penser ? Il est essentiel de rassurer ceux qui vous aiment car sinon l'expression de leurs sentiments à votre égard frise souvent le diagnostic psychiatrique, ils deviennent distingués... Un joyeux non anniversaire ! un joyeux non anniversaire !

Pas plus tard qu'hier et après que les substances nous aient, les uns et les autres fait plonger au plus profond de nos vacuités, le fils d'un ami posait cette question :

Peut-on faire endosser à une somme d'initiales formant elles même un logos, des sens tout à fait opposés ? C'était ainsi formulé par ce mouflet de presque dix neuf ans pour qui l'école se résume en un gros séchoir à tabac et autres plantes à feuilles grasses. Sont fortiches ces petits cons quand il s'agit de filer en douce un coup de savate dans la dépouille de vieux. Non,  bien évidement ! Lui répondis-je en renversant mon verre  de gnôle dans le cendrier où fumait cette saleté de joint... de cigarette du docteur Legras.  Alors pourquoi le FN a-t-il pu reprendre à son compte les initiales du vrai Front National, sans même que le parti communiste lui même ne se batte pour que cela ne soit pas ? Insista le jeune impudent ... !!! ... ??? ... Oh mais attention hein,  si tu continues sur cette pente... ! Mais foin des abus de pouvoir, il fallait une réponse, une vraie et la fiole n'était plus qu'à moitié pleine.

Alors voilà petit, vois tu ... La ... la résilience, c'est çà, la résilience ... Il faut laisser les mots qui nous prennent pour des urnes funéraires  enterrer les mots que nous ne sommes plus !

Ceci n'est pas une page. Ceci n'est pas écrit. Ceci ne sera donc pas lu. Ceci n'a aucune espèce d'importance puisque ceci n'est pas plus sec que les chemises de l'archi-duchesse.  

08.05.2008

Chenil

Depuis quelques temps je m'abstiens de parler ici de la geste politique dont ce pays est le théâtre de marionnettes. Trop de colère tue la colère, trop de dégoût fait croire que l'on est déjà tombé du côté hideux de la farce. Ce qui n'est pas vrai, la naïveté est intacte. Le pouvoir pourtant montre jour après jour à quel point il est un jardin où ne fleurissent que les pierres contre lesquelles nous butons en enfants écorchés vifs. En enfants jamais vaincus.

J'ai, parmi mes papiers froissés, une vieille carte du parti communiste, de ce parti qui voulait la révolution en séchant à l'étal de la dictature ce qu'il lui restait de pulpe et de poitrine offerte aux balles des bourreaux. Mont Valérien. De ce parti qui à l'occasion des célébrations de Mai, il est semble-t-il le seul à le faire, les autres ont bien trop à faire à nous vendre le désarroi de leur absence d'imagination... Et au travers de la "base" se pose la question vitale : Qu'avons nous fait de la révolte ? Une triste défroque, je dirai. Un grognement ridicule de loup qui, pris aux mailles des filets de fourrière se réveille dans un chenil environné des jappements de ses frères les caniches.

Il y eut un humanisme de gauche, une gauche qui pensait l'homme en tant que l'infini possible. Il n'y eut jamais d'humanisme de droite. Dites moi le contraire, fourbissez vos arguments, il va y avoir du sang dans les urnes ! Il y eut un parti socialiste ? Du temps où nous croyons encore que la seule souveraineté était celle du peuple rassemblé autour de ses représentants et leur enjoignait de faire selon le bien commun. Un parti socialiste ? Des électeurs socialistes ? Dix Mai 1981, la foule en liesse, j'y suis et puis ... et ... puis... 

Et puis voila Hollande et puis voila Jospin et puis voici Royal et puis voila Delanoé et puis voici Vals, Dray... J'en passe en paraphrasant le texte de "L'affiche rouge" : Parce qu'à prononcer leurs noms sont dégueulasses ! J'en passe car du seul caniche que j'ai pu connaitre intimement, non je ne suis pas zoophile, je garde un souvenir d'odeur nauséabonde.

Bien chers socialiss, vous qui dans vos vies avez gardé l'esprit de 48, le souffle de 70, la braise des révolutions qui font aux peuples des foulées et des moissons de justice pour tous, faites moi ce plaisir, virez tous ces mal propres, ces larcineurs, ces petits truands de la débine, ces pilleurs d'hommes-troncs que vos cartes du parti vous somment de devenir. Balancez moi des tribunes ces Danton de la magouille et après,  les yeux dans les yeux, décidons que des coussins médiatiques du palais nous pouvons faire tomber le chien chien à sa maman, celui ci qui se lèche le cul en lorgnant la pâtée que nous ne voulons plus être.

Et Tsack ! Monsieur Lecèdre... 

05.05.2007

Y en a pas un sur cent...

Ca y est ! On est tout seuls ! J'ai été voir sur le pont, dans le château, plus personne. Sur les écrans que des analystes qui mesurent à l'empan les lèches de brumes au milieu desquelles le navire balotte. 54% à tribord, 47% à babord, les indécis sont au lointain, au procénium les lieutenants jouent une pantomime de petits rats. Le vide !

Eh les gars !? Vous pouvez y aller ! y sont partis. Putain c'est pas trop tôt, je croyais bien qu'ils allaient nous griller la comprenette ;

- Je veux redresser la Fronce ! Je veux lui redonner le gout du travail renforcé ! 

- Mes petits ! Mes tout petits ! Maman vous aime ! Têtons-nous les uns les autres !

Nous n'allons pas souffler longtemps, je le sais mais là tout à coup, depuis minuit c'est quartier libre alors... C'est pas les soldes par hasard ? Pas la saint balottin ? Le festival de Cannes ? La fête des mères ? La fêtes des pères ?... Non plus ? Même pas l'anniv à Jésus ? Pas un agneau à égorger ? Rien alors ? Ouh là ! mais ça craint ! Faut pas nous laisser comme ça, tout seuls, on risque d'y prendre goût à plus être choyés, choushootés, sondés, brassés, dissequés, rassemblés, rameutés, catégorisés, socioprofessionelement scrutés, harangués, tripotés sous la table, échangés, négociés... ... ... ...

Si ça se trouve même, eh bah si ça dure un peu, une  ; trève des confuseurs comme qui dirait, on risque de les oublier. Non ?

J'imagine. Dimanche, 20h00, les faces de carême sur les écrans en forme de poissons pas nés, le générique de fin des temps composé spécialement pour l'occasion par un sourd malentendu, les couleurs du drapeau flottant numériquement en fond de court et puis le perroquet singeant le grand air de l'heurestgrave :

- Chers téléspectateurs, chères téléspectatrices, chères parts de marché... Nos estimations estimables estiment que les records de... de les... Enfin... records... D'la... D'lu... remarquable abs... Attention... Oui la régie ?... On a pas changé les piles... ? Abstent... estimable record d'absten...tion... Cognaq Jay...?... Je vous reçois plus là... Check ! Bruit ! Son ! Check... 95% d'abstentions... Eh COCO ! envoie l'interlude ! Y a un problème de piles avec le ministère ! Envoie j'te dis ou t'es viré ! Comment ça t'es intermittent ?

Eh reveillez-vous ! J'imagine je disais ; J'imagine c'est tout, faites pas la gueule. Bien sur que dimanche tout sera en ordre ! D'abord les résultats ensuite la pub puis les analyses ensuite la pub puis les commentaires ensuite la pub puis le champagne ensuite la pub puis la soupe à la grimace ensuite la pub...

Mais là c'est la trève ! Juste le temps d'aller au centre commercial.

... Mais pourtant ils existent !   

03.05.2007

Electro-encéphallocrate plat

Comme chaque matin, à l'aube, je me suis rendu dans la salle des machines du centre de surveillance inter ministériel de la République de Crosnie-Moravagine (banlieue Sud-Est de la région parisienne, on y accède par la nationale 6). A cette heure anté matinale je suis chargé, lors même que la patronne est en visite privée sur les rives de la Méditérannée sub-touristique et que J... notre ministre des PICTO et des saines relations (okran.fr allez-y voir !) est parti en ville, de remonter à l'aide d'une clé cyclopéene les ressorts de nos machine à analyser les secousses de l'opinion ; ce que nous nommons en langage secret : touiller la soupe (la soupe à l'opinion ! Ici on fait pas de gras mais on s'hilare pour un rien, notre République est badine et ne marche pas à la schlague... Allez j'arrête je voudrais pas vous perdre entre les parenthèses !).

Ce matin, donc.... Et j'en profite toujours pour relever sur les tracés les écarts de moyenne entre les extrêmes recentrés. Oh ! stupeurs stuprides et strupéfiantes !!! Devais-je utiliser le téléphone rouge ? Prévenir le ministère de la propogande foutoiricole (sis à Bagnolet dailymotion.com/lalangueecarlate/ allez-y donc aussi voir !) ? Alerter nos forces spéciales ? Sortir les armes de destruction massivement artisanales, les pigots ? les boulons ? les frigos ? les lance-croquettes anti-chats ? la tourniquette à faire la vinaigrette ?... Ah Gudule ! ... Restons clams me digérais-je! Que disaient donc les stats ? Quelle fine analyse allions-nous donc en tirer et d'elle, quelle action juste mais sévère mais juste allions-nous mettre en œuvre ?

Et quel est donc le but de ce propos ?

Plates, toutes les lignes étaient plates, pas une secousse, pas le moindre pic ni creux ni bosses ni ruptures ni sursauts de l'opinion,  pourtant surchauffée. Le débat d'hier, entre les deux candidats à l'élection n'avait laissé aucune trace de la fièvre verbeuse que ce matin la presse, les bloogs partisans et les intervenants impartiaux relayaient à grands renforts finement réfléchis de : ELLE EST NULLE ! ADIEU SEGO ! ELLE SAIT PAS SE TENIR ! UNE FEMME PRESIDENTE ? J'EN PÂME !

Et je ne vous parle même pas des raccourcis orthographiques et post-modem : c ki 7 meuf ? Je trouv qu'a la pas l'anvergur... signé MAM !

 

Il est vrai qu'en Crosnie-Moravagine les instruments de mesure étaient dotés d'une fonction "libre-arbitre" et que par exemple tout ce qui paraissait de l'ordre du propos qui n'est là que que pour meubler cet angle mort du salon n'éveillait aucune vibration. L'indispensable avis farcis à la M... passait à la trappe. Ce fut le cas ce matin. Je remontais donc les mécanismes puis passant devant le registre des consignes de la gare de Lyon, je notais :

Jeudi 3 mai 2007 /D ébat de second tour des élections présidentielles / Planète France / Encéphallocrate plat ! 

Nous n'allions prendre aucune mesure, nous allions éviter simplement de continuer à observer la frange fangeuse de la pensée nécro libérale. 

Lettre ouverte à Madame Royal

Madame,

Je vous ai bien regardée ce soir, voyeur parmi des millions qui savent parfaitement ce qu'il ne veulent pas voir arriver sous les ors de la République, dimanche soir, en guise de représentant quinquénal. J'y ajouterai par décompte personnel ceux et celles qui croient que de chefs on ne peut se passer. Cette démocratie qui aura vu l'essentiel de ma vie naviguer à vue entre les bancs de maquereaux et l'œil vitreux d'un pouvoir à qui j'ai coutume de nier la gouverne de nos existences, si fragiles dans leur substance, cette démocratie je crois l'avoir vue ce soir briller d'un autre éclat quand, de la juste colère vous vous êtes emparée et m'avez offert une raison de croire qu'au fond de l'humain il y avait autre chose qu' un vent libéral et nauséabond.

Nous crevons Madame dans ce pays de ce que le discours rogne sur le débat, de ce que le fait d'y être né et d'en être un enfant légitime soit par dessus tout un droit à juger ceux et celles qui y échouent, le traversent, la peur au ventre et des enfants malades de honte pour tout viatiques, en sont expulsés sans qu'on puisse jamais leur tendre la main pour ne pas  avoir honte à notre tour d'y être nés. 

Cette colère je la connais bien, elle est mon armure d'incrédulité face au cynisme, face à l'arbitraire du quotidien, face aux fins de non recevoir de la machine à broyer en silence, face à l'ordre qui n'a pour but que sa propre conservation, face au profit dont les greniers et les stocks ne savent plus contenir le désespoir de ceux et celles qui en sont les rouages grinçants de rêves amers. Cette colère qui durant quelques minutes m'a porté à croire que l'Homme au travers de vous, une Femme pouvait se retrouver égal à lui-même et digne de briser le carcan du verbe dressé à paraître tel qu'il n'est pas, un caniche dans une vitrine, cette colère est l'essentiel de ce qui reste de parole au naïf que je suis et je vous remercie bien d'en avoir tenu haut la guenille face à votre adversaire.

Je vous ai bien regardée ce soir, je vous ai écoutée dire que vous ne conceviez pas le pouvoir sans le dialogue. On vous raillera pour celà, elle ne connaît pas les dossiers, elle avance masquée, elle est dangereuse, elle botte en touche et j'en passe car aux pays des lumières beaucoup s'éclairent encore aux lueurs aveugles de leur grossièreté de champions du Monde !

Peut être allez-vous accèder à la plus grande des servitudes qu'offre la République et allez-vous installer dans les esprits cette forme de gouvernement que d'aucun craignent, leurs abus du pouvoir ne s'en remettront pas, comme vous dites "participatif" et qu'enfin dans ce pays on pourra s' "honorer du titre de citoyen". Citoyen à plein temps, il y a comme ça des CDI qui feraient le bonheur peu onéreux du plus grand nombre.

Pour ma part, j'ai passé le plus clair de ce blog à dire du mal de tout et de tous et c'était de bonne foi. La politique, au moins à mon niveau a fait des ravages. On est pas impunément toujours du bord où il n'y a jamais de garde fou. Mais je ne saurais m'en plaindre, l'exercice de la libre pensée conduit à une sorte de solitude qui bien qu'assez vaniteuse n'en est pas moins une bonne façon de survivre en milieu mou. 

Madame, je vous ai bien regardée ce soir, il y avait en vous de la dignité et au-delà du débat il m'a semblé qu'en face de vous il n'y avait personne.

Je vous souhaite bien du courage et la victoire, tant qu'à faire ! 

21.04.2007

PorNation !

Qui nous arme en parole ? Qui nous confère le droit et l'usage de la voix ?

Pour ma part, je l'ai déjà dit, cela me vient de ceux et celles qui m'ont enseigné au sein de l'école de la République à l'époque où celle-ci n'était pas le lieu douloureux de la ségrégation sociale, tant du point de vue des enseignants que des enseignés. Contradiction ! J'ai détesté cette école mais eux, elles je les ai aimés. C'est en souvenir de cela que je continue à apprendre, autodidacte et fièvreux. Pour conclure cette introduction et parce que leurs noms sont pour moi comme des noms de Résistants oubliés je voudrais en citer quelques uns : monsieur Dubois, madame Dubois, mademoiselle Antonini, mademoiselle Béguin, monsieur Brodiez, monsieur Lesourd, monsieur Chaumeille, madame...

 Sèchez vos larmes mes chérubins, c'est là que ça commence !

 

Les neuf lettres scintillent dans la nuit, au milieu des enseignes au néon. La rue est aux balades digestives, aux pénétrations furtives. Les bars, les brasseries, les restaurants sèment le quidam repu, avalent le badaud, sa moitié pomponnée dans la peite robe mouillante et le gras nacré des lèvres entrouvertes. Wepler est aux anges. Saturne a l'appétit féroce des samedi soir printanniers. Les cartes bleues filent au DAB et se font rincer de quelques billets craquants, la monnaie traîne sur la table, les loufiats font le ménage et distribuent les sourires, les tauliers pressent le monde : Welcome ! Wilkomen !... Do not lean out of the Window ! Et pour Môssieur ça sera...? Un Baron de Schlaphöenpiss por favor ! Mais bien sûr... Et un Baron !... Un !

La cité vibre, vit sa gloire antique de cantinière. Les musées comptent dans le secret des coffres les chefs d'œuvre du marketting culturel. Les monuments éclatent de lumière crue, la tour enfer, survoltée, résonne de bouches écrasées les une contre les autres en des mic mac de langues plus tout à fait étrangères. On échange des flots de salive filée comme des bas à l'aube. La cité se retrousse et de ses toisons bitumées pleuvent les cris d'innocents joyeusement décomplexés par l'abus des reflets. Le fleuve s'ouvre, la sortie d'Egypte résonne en trois D,  triomphale ! La ville lumière astique l'électron d'une main délicate et ferme.

- Approchez ! Approchez ! Laissez-vous tenter ! Le spectacle est unique ! Approchez Missiédams !

L'uniforme est juste, la voix porte,  impérative,  les accents tranchent dans la troupe meuble des indécis. Au fronton les neuf lettres battent comme un cœur bicentenaire, le sang frappe les caractères de métal tourné de son flot de latex fondu.

Approchez les amoureux ! Après une tounée internationale aux quatre coins du tiers monde ! Du Tonkin à la Cochinchine, de Bel Abbes à fort Mahon en passant par Dien Bien Phû, Pondicherry, l'ile de Gorée, Suez, les Dardanelles... Toutes ces contrées de sauvages roués où elle risqua mil fois le danger et mil fois brandit les lumières de la civilisation !... Elle nous revient plus tentante que jamais ! Ses mamelles sont à vous, sa bouche attend vos baisers, ses bras vous cajoleront ! Approchez les orphelins, dans la moiteur de son giron !

Ce soir représentation exceptionnelle !

Peu à peu, se tirant par la manche, la file d'attente prend forme et serpente molle jusqu'au guichet. Bonsoir, deux places s'il vous plaît.

Au-dedans il fait noir comme dans le trou du cul d'un... blanc. On se place à tâton, on se bouscule un peu, on s'excuse à peine, les corps se frôlent, on serre son sac, ses effets, ce petit bastion des baladés. Au voleur ! Non, c'est pour rire mais tout de même dans le fond, vers les issues de secours, on voit bien les deux videurs et le paquet de linge sale qu'ils expulsent de main de maître. C'est bien organisé, tant mieux.

Puis le silence se fait, dans le noir on a du mal à reconnaître ce que l'on voulait dire alors on se tait, on attend, pas longtemps, le rideau bouge, ça grince dans les cintres et la scène apparaît dans la lumière jaune d'une flaque odorante.

- Ca pue pas un peu ? Chuuuuuuuuuut ! La foule est unanime. Chuuuuuuuuuut !

Et là,  deus ex machina descendant dans le roulis pas trop bien huilé d'une balançoire monstrueuse elle arrive.

- C'est vrai que ses nichons... Chuuuuuuuuuuuut!

Dans les plis de la toge les bourrelets de ses hanches font craquer la toile, les mames pendent énormes sur son ventre, ses cuisses à demi ouvertes débordent l'assise de la balançoire et quand l'ensemble éléphantesque touche enfin le  sol au bout d'une longue minute de suspens, sous ses pieds le plancher de la scène craque horriblement. Il semble qu'autour d'elle tout le théatre s'ajuste, s'arque pour la soutenir dans son effort. Des gradin un long soupir d'effort monte vers elle, une ferveur apitoyée qui l'aide à se redresser et à franchir les quelques mètres qui la sépare d'une sorte de sofa sur lequel elle s'allonge dans un tremblement d'œuf en gelée. La flaque de lumière se déplace à sa suite comme une traîne d'odeurs redoublées. Tous restent à bader de la goule. C'est donc elle !

Les accords d'une marche nuptiale sortie d'un champ de bataille sourdent du lointain, les allemandes ondulent, il y a du mouvement à jardin et à cour. On sent divinement qu'un mystère matriciel est en train d'engrosser la salle, l'assitance se tortille, se dresse, tend son bon regard en direction du sofa. La musique s'enfle, crapaude goitrée... Et peu à peu un chœur se forme et s'avance.

-Allons  z'à fond dans la Patriieuuux!

Ils progressent,  drapés des couleurs du drapeau, poitrines bombées, tous du même souffle, entonnent, martellent, découpent les strophes, tonitruent dans les toniques. Tout le théâtre en vibre d'émotions variqueuses. Le public est à deux doigts (le public est toujours à deux doigts !) d'entonner lui aussi mais... Chuuuuuuuuut !

- Le jour de gloirrrre est à river !

-Contiens-nous dans la tyranniiiieux !

- Les cent dards sans gland...

Le chœur s'avance toujours, glisse, ses membres s'espacent en un ballet parfait. Douze ils sont, douze qu'un coït buccal porte aux nues d'une Olympe où elle trône flasque et lasse. Elle ouvre pourtant les cuisses, ajuste l'impossible lourdeur de ses seins marqués de succions carnivores, écarte ses bras et sourit sous la rampe tuméfiée d'un bon sourire de noyée. 

 - T' est leuvé !

- Les cent dards sans han gland t'est leuvéééééé !

- Entendez -ouuuus dans nos compagneux !

Mujouir séféro ce soldat

TAGADATATA !

Chacun alors, chacune, rompant d'avec sa place au sein du chœur, au plus fort de l'hymne, impérieusement appelé à elle, à elle seule, tout pour elle... Elle... Elle... Elle seule... La seule... L'unique mère ! Sa gloire... Protectrice... Mère de la raison libérant les peuples d'eux-mêmes ! Se hâte aux embouchures, investit les deltas, se glisse sous ses doigts, prend chaque plis,  mord ses lèvres, fonce à l'assaut des aréoles ! Mord, tire, happe, fourre, se goberge, mord, patafiole dans les pamoisons d'humeurs salées... Oh ! Oh ! Oh ! Mes fidèles... mes garants... mes élus... mes futurs... Foutre... Jus... Délices de fruits talés !

La salle est en émoi, la musique redouble. Un souffle gronde, catarrheux. Elle se soulève un peu, bascule son bassin vers le bord du sofa, remet en place le bonnet phrigien et les poussant tous simplement,  d'une caressante paume elle les enconne à la queue leuleu... Slouitch ! Slouitch ! Slouitch ! Slouitch (X3) !

Le public qui n'a pas l'habitude qu'on lui en conte sent bien que le rituel est achevé et de toutes parts les hourras percent l'acreté de l'air, se brisent paumes contre paumes, pas une mouche n'y résisterait. La lumière des néons revient. On se rajuste un peu puis on sort en bon ordre sous le regard des videurs vidés mais heureux.

Sur le trottoir, l'aube pousse les papiers froissés, les canettes, les clochards vers les caniveaux. Il fait un peu frais, en face un jeune couple monoparental regarde le fronton dont on décroche l'enseigne.

PorNation ! Grand spectaque républicain !

- Ca avait l'air bien, non ? J'aurais bien aimé voir.

- Ce que tu peux être futile ! Allez on rentre.

Puis s'éloignent, enlacés.

- Tu vas voter pour qui toi ?

- Ah ouais merde, c'est vrai, c'est aujourd'hui !