12.11.2009

La vie en tant que scie

Si il advenait que l'on me prouve par A+B que je suis né dans un pays riche, il faudrait par la même que l'on m'explique pour quoi je n'y croise à longueur de rues que des pauvres, des sans le sou, des sans grade, des sans actualité autre qu'à toujours remettre au lendemain l'équilibre sans lequel on est à la merci du premier vaccin venu. Ton bonheur est entre tes mains, tu es l'artisan de ta propre réussite, change d'air voilà tout ! Je m'y colle, je me lave, me rase, enfile une paire de chaussettes propres et toute la panoplie du parfait candidat. je sors de bon matin, je descends à la gare et en passant devant l'église, voilà-t-il pas que je croise un convoi funèbre.

Il y a là du veuf, de l'orphelin, des amis éplorés, de la famille aussi, des curieux qui se renseignent pour le cas où, et le petit personnel qui se charge d'organiser tout ça, que ça ait l'air de quelque chose de digne. C'est pas toujours le cas. Je passe, je ne connaissais pas la défunte, vaguement peut-être. Un coup mal tiré, un soir où le mari faisait de ses dix doigts, quelques heures supplémentaires, accroché au clavier de son ordinataire. Pas plus. J'ôte tout de même mon chapeau, il me semble qu'un des orphelins ne m'est pas inconnu, il me fait même un signe. Triste petit.

Je continue ma route, une où deux mains se tendent mais ce matin, c'est décidé, je réussis. Pas le temps pour m'occuper de la détresse d'autrui. A la gare ! C'est une vraie mafia ! Ma voisine, qui s'y connaît un peu vu que dans les années quarante, elle tendait aussi la main, mais très énergique, celle-là, m'a déjà avertit. Vous leur donnez un jour, et vous êtes fichu mon pauvre monsieur ! J'ai l'air, moi, aussi pauvre que ça ? Pas ce matin, je suis remonté comme un coucou niché dans un fourgon délocalisé de la Bling's. J'y cours au cul au bonheur. Je suis sur le quai, avec les autres, j'attends le RER, le train de la réussite omnibus. Mais voilà que sur les ondes on annonce un sacré retard, une demi heure pour le moins. Un suicide en amont. Un cadre dynamique, dynamité par le stress. Chers voyageurs, on ramasse les restes, on fait des doggy bags pour les affamés et on rétablit le trafic. Ça rassure, je commençais à suer dans mes chaussettes propres, je m'envoie une giclée de menthol discret, entre les orteils. Enfin la rame arrive, les autres et moi on se fait les politesses d'usage. Et on roule, on roule, on roule, on roule, là on s'arrête, et puis on roule, on roule, on roule et enfin la capitale se met à luire devant nous, comme un lingot de béton ciré.

Quelques couloirs, des bousculades bon enfant, un coup de savate à un petit mafieux roumains d'à peine six mois, que sa mère de location a laissé en plein milieu des Escalators. Et me voilà à pied d'œuvre. Alors mon gaillard on en veut ! On va y aller ! On a la gnaque !!! Si vous le dites ! que je me pense sans desserrer les lèvres du grand sourire pincé que je lui adresse en guise de oui-oui convenable. Lui c'est le chef du troisième bureau du ramassage du tri sélectif en milieu urbain. J'ai trouvé cet emplois précaire d'une durée absolument indéterminée par un ami de ma femme. En échange de quoi il l'invite tous les mercredi au cinéma et après ils vont boire un verre, et après ... Après je peux pas dire elle me raconte pas tout. Elle est assez indépendante, dans son genre.

Bon, ce matin on ramasse que les mâles ! On y va doucement, faut pas choquer le passant. Vous connaissez tous la consigne, à la moindre question, on répond : C'est pour les ramener chez eux madame, là où il fait chaud et où le lait et le miel coulent en abondance. Ici vous comprenez, ils dépérissent. Par Saint Besson ! Comme vous faites bien ! Moi comme c'est mon premier jour, c'est que les vieux qu'on me donne à pousser dans le fourgon. Même c'est pas trop fatiguant. Allez Pépé, faisez attention à la marche. Mais quand même je me dis : Si il advenait qu'on me prouve par A+B que je suis né dans un pays riche il faudrait aussi qu'on me démontre pourquoi il y en a toujours plus à charger dans les fourgons ? Les cadences deviennent infernales. Il a raison le délégué syndical.

10.11.2009

Soleil plongé

Dans l'immensité d'une flaque je me suis retrouvé hier à contempler tout ce que le sac de mes cités illusoires avait laissé après l'achêvement, grandes ruines fumeuses. Une flaque que le ciel plombé en se déversant comme une cuvette d'eau grise, avait laissé là. Devant moi, à mes pieds elle gisait, sa peau bourbeuse et lisse s'illuminait tristement d'un soleil liquéfié comme le souvenir de n'avoir été que ça, un soleil plongé dans l'ardeur inverse du vivant marécage de l'attente. Le sac avait eu lieu, cent fins, et j'avais passé tout ce temps, dissimulé, la peur au ventre, un noeud de vipères que je voulais sauver du pillage où je me laissais aller. Prenez ! Prenez tout ! Laissez moi simplement la mue. La mue que l'amour mord pour en ouvrir le fermoir. La mue dont la mémoire ne garde qu'un peu de boue craquelée, au fond d'une flaque réduite à l'état de poussière. Quand le soleil enfin s'ébroue et ne confère plus aux étoiles mortes une lumière froide, cette illusion qui appelle au pillage.

31.10.2009

Nessus

Se fier à l'un, se fier à l'autre mais à aucun des deux ne confier que l'on ne peut être l'un sans être tout à fait l'autre. Et vivre des tristesses de l'un et des envolées galopantes de l'autre sans que ni l'un ni l'autre n'aient à se lamenter de voir l'autre tomber au bout du champ labouré de la page, dans la poussière mordorée du soleil, que tel un grain d'orge on a enfouit, comme blé d'hivers. L'un m'avait dit qu'il savait un gué, l'autre ne voyait que le tumulte et l'enfer des traversées sans fin. Le premier mit donc son pied sur la première pierre plate tandis que l'autre resta assis sur la berge, qui peu à peu se diluait sous les saules. Pour l'un j'avais un licol, une cravache, et des mots de cavalerie. Pour l'autre je n'avais plus que quelques compassions, une patience perdue fil à fil, un écheveau de laine cardé  par l'usure qui rend immobile. La seconde pierre branlait, divisant en langues d'eau verte l'humus et l'humeur, l'un gras du mol des souvenirs, l'autre au sang noir de la mélancolie, reflet de rien que des éclats meulés de la rumeur. Le premier prit son second appuis puis un troisième, le second se laissa glisser sous la chevelure du saule. Du premier le pas s'assurait, au second vinrent des illusions amniotiques. De l'autre côté, après que tout fut franchit, une rive se fit jour. Dans son lit de pierres muettes, le fleuve baignait le soleil à son couchant. Se fier à l'un, se fier à l'autre mais à aucun des deux ne confier que l'on veut être un, sans l'un ni l'autre.

(Pour le repos de Pierre Ollivier)

29.10.2009

Under Taker (adversité III)

Il avait avancé tant de pièces à la fois, trop de pièces à la fois. La table, les cases noires et blanches, il en avait fait un champ de bataille indescriptible. Tout courait en tous sens, les couleurs se perdaient dans les fossés qu'il avait creusé, des incendies grondaient où des pions calcinés finissaient dans les cendres d'une stratégie de démiurge infantile. Les rois se disputaient en aveugles les atours mis en  guenilles des reines, les reines se crêpaient à propos des faveurs libidinales des  cavaliers, les cavaliers traînaient leurs montures comme des chevaux à bascule entre les mains d'enfants écrasés par des armures trop grandes. Des tours on ne voyait plus rien que des nuages de sciure dont les fous de chaque camp se disputaient la mouture. J'en ferais un pain pour nourrir les repus ! disait l'un. Je suis le roi de ce tas là ! hurlait l'autre. Tandis que les deux autres, de quel camp ? peu importe, singeaient les amours défuntes des deux joueurs.

Il s'était assis en face d'elle, lui faisant signe de l'accompagner en cette joute innocente. Ce qu'elle avait fait de bonne grâce, lui confiant ainsi les clés de son bonheur. Puis à mesure qu'elle lui signifiait que tel mouvement, telle combinaison n'étaient pas conformes à la règle, il précipitait sur elle la fleur de feu dont l'éclosion lui rongeait le coeur. Ce vieux coeur plongé dans le fleuve d'où son innocence primitive n'avait jamais réussis à regagner la berge qu'en se laissant porter sur les branches coulées d'arbres usés par la résistance au mouvements tristes des courant contraires à la satisfaction des océans. Il l'avait regardée à la dérobée et à chaque fois lui avait trouvée des beautés qui le laissaient sans voix. Cent voix lui chantaient à tue-tête qu'elle était ce pour qui il était fait. Ce qu'il avait cru, ce qu'elle savait, ce en quoi il voyait toujours la source de ses plus tendres pensées. Ce pendant, entre eux les derniers chaumes finissaient de calciner, une fumée sale montait du silence à l'abri duquel elle se tenait, le regardant lentement se dissoudre dans des prières qui ne lui ressemblaient plus, pourtant. Elle le savait autre. elle savait le soin qu'il apportait aux saveurs dont ils jouissaient ensemble, encore. Elle savait des mots que lui seul prononçait sans rougir qu'ils pussent paraître d'un autre temps. Ce temps dont il venait et qui se refusait encore à le laisser affirmer que la guerre était finie, puisqu'il l'avait perdue tant de fois, elle, au milieu des combats et des retraites. De l'autre côté d'un échiquier où il l'avait invitée à prendre sa place. Mais ce qu'il ne lui avait pas dit. Car on ne dit pas toujours tout, surtout quand l'on aime ... C'est que jamais il n'avait su jouer à aucun jeu de société. qu'il se refusait même à apprendre les règles d'aucun. Que le jeu pour lui était le plus vilain masque dont les vivants se couvrent pour se montrer tels qu'ils sont, à la vérité.

Puis vint à tomber du bestiaire, à l'aube d'un jour d'absence, le photomaton où ils étaient tous les deux, bouche à bouche et riant, alors que dans le hall de la gare de Valence, quelques passagers immobilisés par des trains qui n'arrivaient pas, attendaient qu'un baiser les emporte.

Alors en silence il remit son feutre en place et serrant entre ses doigts le rosaire de ses amours il en égrenna les grains de beauté, tandis qu'elle refaisait le rose de ses lèvres.

28.10.2009

La marque de l'ange

Les étoiles ont au ciel, sans saison, des raisons secrètes de briller. Elles boutonnent l'habit sombre de la nuit solitaire. Nacre scellant le gros drap du lourd manteau sous lequel je vais. Je sors dans ces heures là pour quelques pas heureux, je marche d'un cercle de lumière à l'autre. Entre deux le fil qui n'existe pas, le fil que les épeires tissent pour moi. Alors je fais ma toile. Comme elles en espérant qu'un ange viendra au bout d'un long silence d'affût. Un ange sans bavardages, aimable comme la substance nouricère du ciel nocturne. Je me repais de nuit, comme elle j'attends des ailes et quand le sourire inéfable d'une étoile me touche, je me remets en marche, vers le centre de ma vie. Qu'un ange enfin m'éfeuille du bout de l'index, qu'il ôte ce qu'il inscrivit à mes lèvres la nuit de ma naissance, en serrant la boutonnière de l'étoile qui est ma gouverne. Que mon verbe se débraille et que j'aille enfin nu, puisque c'est nu que le monde vous accueille, et que c'est aussi nues que les étoiles détaillent, au ciel qu'une nuit habille de ventre, la vie telle qu'elle est, avant que l'ange ne grave son sillon à nos lèvres.

(pour PG)

26.10.2009

Adversité

La tête dévissée, ayant lutté longtemps contre  les évidences figées de ce qui n'avait jamais existé, il finit un matin par se lever du bon pied, celui qui lui restait. L'autre n'étant plus que le jumeau commode d'un pas qu'il allait falloir faire. Il ouvrit donc le bestiaire de ses passions usées et un à un en extrait les portraits desséchés de quelques aventures. Des histoires qui ne vivaient que parce qu'il en restait, seul, l'aliment favoris. Les souvenirs. C'est ainsi que l'on nomme cette crasse dont la mémoire s'orne pour aller dans le monde et gémir à son aise de la ruine qu'elle entretient en gardienne privilégiée des rogneries montées en épingle à cravate. La cravate que décement on ne peut se passer au cou que pour assister à ses propres obsèques. L'heure n'y était pas.

Il y avait là des amitiés, à la vie, à la mort, et qui mortes sans en avoir l'air, lui rappelaient qu'il avait aimé jusqu'à l'idée même de s'aimer follement dans l'abandon, le silence, jusqu'à l'évidence, l'indiférence. Des amis des deux sexes, bien qu'asséxués en tout. Une fraternité, des bandes à n'en plus compter les membres, à ne plus savoir comment on était tombé là, dans cette fidélité que l'on est souvent bien seul à vivre, pour le compte d'un quelconque intérêt, de quelque chose qui n'est rien moins que le profit mais à qui le vocabulaire offre des noms fleuris comme l'enfer des marécages. Le besoin que l'on éprouve à se rassembler, à faire de ses semblables une communauté est éfrayant, à bien des égards. Il aurait pourtant suffit d'ouvrir l'oeil, de ne laisser s'approcher que ce qui n'avait rien à gagner dans la fréquentation, pour se retrouver libre de ne servir à rien ni de servir personne. Mais voila, quand la nuit vient, hurle au miroir le fantoche de la triste réalité. alors on se serre les uns contre les autres, et comme c'est souvent l'heure de l'insupportable, on se saoule de toutes les drogues possible, on enfante les projets les plus idiots. Puis l'on titube pour s'en retourner dans les bras du fantoche, tout au regret de se quitter déjà, comme on s'était trouvé. Pas un grain de sable qui n'ait retrouvé sa place. Pas le moindre bouleversement qui n'ait été, au bout de cette longue nuit, qu'un peu d'eau croupie remuée puis refermée sur ses fermentations. Amitié, l'étrange mot. Tout fait, à le prononcer seulement, de sons anémiés. comme autour de la presque dépouille d'un cher, d'un proche on continue à s'entretenir à mi-voix, pour ne pas le réveiller d'un sommeil qu'il a eut tant de peine à trouver, des mil feux que l'on prépare pour demain, pour lui ... Bons ainsi, nous nous trouvons bons, avec le sentiment de n'avoir pas perdu notre temps. L'élaboration méticuleuse d'un château de sable prend au moins autant de temps que l'océan met à ourdir une saine tempête. Ses amitié n'avaient été que des châteaux de sable. Il guetta longtemps à l'horizon et du fin fond de cette marine grasse du talent d'un peintre du dimanche, il la vit arriver, montée sur les roulements à billes de l'écume abrasive, elle ne tarda pas à ronger définitivement les falaises au sommet desquelles l'herbe sèche s'accrochait au peu de terre livide où ses amitiés continuaient à tonitruer, ivre mortes de leurs vins amers. Quelques têtes tombèrent du bestiaires, dans la poussière. Il faudrait faire le ménage, ramener à Panurge ses moutons. Qu'un nouvel holocauste puisse avoir lieu. Sans que nul n'y trouve matière à s'émouvoir outre mesure.

Quelques pages plus loin, il y avait là du sang. Un fleuve au bord duquel somnolaient père et mère. Le premier plus que mort, la seconde latente, attentive à ne plus faire un geste qui puisse s'interpréter au delà de l'absence convenable, du silence au sein duquel tout se dit, auquel il n'est nul besoin de rien rajouter puisqu'en ne disant rien on ne s'expose pas à répondre aux questions. Quelles questions ? Aucunes qui puisse froisser l'ordre ancien de la fatalité : Que veux-tu que je te dise ? Rien je t'en prie, ne dis plus rien. Puisque rien n'a été, il suffit que nous nous aimions automatiquement, à date fixe et que nous nous l'écrivions en formules consacrées par l'ordre qui naît lui du courage qu'il faut pour se maintenir probe, et lâche mais probe. Contrairement à ce que veulent bien nous faire croire les esclaves, le blanc n'est pas la couleur de la trique, pas plus que ce n'est la couleur de la main qui l'abat, le blanc est la couleur du vide au fond duquel ils plongent dès l'instant où il s'agit pour eux de faire un choix; le choix entre la liberté et la servitude rêvée. Père et mère, au bord du fleuve d'un sang mêlé puis séparé par des noms de baptême rancis par les ratures de l'état civil. Comme si il y avait un état civil de la désertion. Et que tout était bien, là au bord du fleuve où flottent les petits cadavres des enfants. Deux têtes tombèrent à la suite du bestiaire, mais chacune de son côté, chacune ignorée de l'autre par le tristesse froide de la première. Au bord du fleuve, il fait un froid qui donne envie de n'appartenir à aucun groupe sanguin.

Puis vint le moment de soulever la lourde page de la fratrie...

25.10.2009

L'écorce intérieure

Pourquoi les heureux que je croise dans mes promenades nocturnes ont-ils au front la marque des aliénés ? Le rictus des sourcils palissade l'aveuglement, la marque même de leur enfer quotidien ? Ils parlent seuls. Oh celui là est un peu cinoque, y cause tout seul. Quand j'étais enfant, voila ce que j'entendais à propos des quelques frapadingues qu'on laissait divaguer dans les rues. Il y avait bien des asiles mais l'idiot de village n'était pas encore celui par qui passaient tous les fantasmes de normalité répressive; Il divaguait, il avait sa nef et une fois l'an tout le monde se mettait au diapason de sa navigation et faisait le neuneu. C'était carnaval.

Ils parlent seuls. Hier au soir, j'allais fol, me trimbaler, je cherchais au ciel tourmenté de tempête, l'éclat de Vénus dans le foutoir des nuages galopant. Je remontais donc par la rue du cimetière vers le stade et les jardins d'oeuvriers où l'on ne voit plus, en cette saison que des pieds de chou-vache et quelques roses résistantes à la pression morose, le triste feu des futurs chrysantémes. La Viorne pâlit d'argenture mais je dirais cela plus tard, si vous permettez... Je vais lent, c'est que mon combustible est un lointain lampion de gaze auquel indéfectiblement j'ai allumé mon coeur ... Je digresse encore et m'éloigne de mon sujet, je momologue. Mais j'arrive pourtant à l'angle du chemin de la Bassinette. Là, j'entends bien que l'on se salue avec force formules joyeuses. Inutile de les retranscrire ici, vous faites de même quand quelqu'un qui vous aime vous demande comment vous vous portez de son amour. J'avance à la suite, pas ralentis, je mets de la distance, l'intimité d'un tel bonheur me force à faire celui qui n'y est pas puisqu'il ne me concerne que par le fait que je me sens souvent heureux du bonheur des autres. Et puis, pourtant, la longue silhouette qui me précède semble elle aussi dans la nuit, comme unique. Il parle seul. Un fol de plus, je me dis-je; Parle avec je ne sais trop quel dieu, un diable le pique, le ton monte, et les questions fusent, l'inquiètude bouleverse. et voila qu'entendant mon pas derrière le sien il se retourne et que je vois luire à son oreille la folie convenable d'un appareil d'où il semble qu'on lui parle. Un sonotone céleste, la voix de son dieu contrariant. Un dieu bleu comme le voyant bleu qui rien n'éclaire puisqu'il clignote, tachycardie des émotions artificielles.

Nous allons ainsi, parlant seuls et correctement corrects puisqu'équipés du tout dernier cri de notre solitude socialisée. et au creux de notre cou plus un souffle ne vient portant les mots qui au creux de notre oreille disent ces choses par lesquelles nous sommes les heureux d'un monde qui ne se méfiait pas d'être aimé de près, de tout près. Une plainte tient lieu de langage, la langue ne réchauffe plus rien en nous depuis qu'elle n'est plus portée que par les ondes à haute fréquence du bouillonnement infernal. Nous sommes sur écoute et les heureux que je croise s'en porte bien puisque personne ne les écoute plus que quand ils geignent et s'alarment. L'écorce intérieure leur a poussé, ils ne savent plus depuis quand , elle a tout gagné. Plus rien ne vibre que la machine qui remplace si bien le sens, en ce qu'elle vibre à la place de tout ce qu'ils redoutaient. Leur sublime et aimable sauvagerie.

23.10.2009

Mise à pied

Des Oeuvriers, des Oeuvrières, ces blouses, ces bleus dont on ne sait décement plus quoi faire. Il suffirait sûrement de faire d'eux comme on fait des machines auxquelles on les avait soigneusement attachés et avec lesquelles eux-même avaient finis par s'identifier. Nous sommes cela ? Les entendait-on scander dans les manifestations organisées par les syndicats. Cocus tous, comme si la plus opulente des garces vous quittant, vous n'arriviez pas à voir qu'elle vous débarassait en même temps de ses chutes de cheveux, de l'haleine matinale de ses remugles soporifiques. L'usine, le site, l'entreprise, la fabrique, il n'y a guère qu'un ouvrier pour penser qu'elle est sienne, pour toute la vie et que vivement la retraite, le petit jardin à l'ombre des hauts-fourneaux, et les petits-enfants qui ne viennent pas, la honte du milieu les rend cons.

Le patron lui, ne fait qu'y passer à l'usine; Sa vie est ailleurs, dans les cotations boursières, dans les soucis que lui procure son dernier divorce, dans les cadences qu'il va falloir faire un peu augmenter pour pouvoir payer la pension alimentaire, dans tout ce qui fait le quotidien d'un homme d'affaire aux petits soins pour son standing. le patron, c'est en quelques sortes le vrai extra-terrestre de nos rêves d'An 2000. Il arrive en soucoupe volante, il ne nous veut pas de mal mais il ne repart pas sans un petit souvenir, le pot de fin d'année, l'arbre de Noël pour les enfants des cadres, le départ à la retraite de Gégé, le manut' ... En échange de toutes ces marques d'affection paternelle, il tape dans la caisse jusqu'à ce que l'aventure cesse.

On délocalise, on ferme, on licencie, on reclasse, on propose des formations qualifiantes, même parfois on vous demande si vous ne voulez pas déménager pour la suivre l'usine, dans ses pérégrinations à l'aveuglette. Mais pour l'essentiel les cocus restent sur le carreau, brulent quelques palettes, saccagent un peu, que ça en fait de la peine de les voir, ridiculisés, aller jusqu'au bout de leur propre suicide. alors qu'honnêtement on a rien fait que de leur suggérer qu'il n'y avait plus que ça à faire. Se flinguer. Mais comment faire disparaître ce qui n'existe plus, sans qu'on y ait pris garde. Le classe ouvrière, comme classe sociale a fournit son effort en s'éfaçant au profit de l'image polie des partis politiques et des leaders syndicaux qui portaient sa voix. Lui reste tout de même une solution, individuelle certes mais qui vaut tout de même, pour l'édification des masses. Les masses, elles, contrairement à ce nous voulons bien croire n'ont pas disparues, elles se sont travesties, bigarrures des coutumes, des traditions importées par cargos, tribal attitudes, régionalisme des clichés : Ah, tu vis en région ? Je te croyais provincial.

Changez les mots à la vitesse des girouettes prises par le vent coulis et vous verrez qu'ils finiront par ne plus se reconnaître entre eux. Mais là n'est pas la solution dont je voulais parler, la voici, pas très originale mais à grande échelle, il faut voir ce que cela peut donner. Je propose donc de libéraliser la vente d'armes individuelles et d'ainsi créer, outre un marché innépuisable, une sorte de folie meurtrière collective, une manière de grand carnaval des forcenés, tous rendus cinglés par des problèmes d'ordre strictement personnels, exemple :

Gégé, 49 ans, récement mis à pied par l'entreprise où il exerçait les fonctions de manutentionnaire, après avoir proprement assassiné femme et enfants, violé le chien et frit le poisson rouge, a fait irruption dans le supermarché près de chez lui et a ouvert le feu, tuant où blessant une dizaine de ménagères au moment même où une grande promotion sur le revitalizetalife TM allait avoir lieu. L'enseigne porte plainte pour préjudice moral ainsi que pour le manque à gagner sur la vente de la crème à retendre mémère. Selon une source bien informée en fluor, Gégé depuis quelques temps soupçonnait le poisson rouge d'entretenir des rapports incestueux avec le congélateur. Ce qui aurait déclenché chez lui une sorte de psychose post-et-télécomunication qui pourrait l'avoir affecté dans ses relations affectives.

14:33 Publié dans polytiques | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, littérature, poésie, société, lecture | |  del.icio.us | | Digg! Digg

21.10.2009

L'enfer me ment

Ch'uis tombé dans les pommes ! Me demande pas. Et quand je me suis relevé, plus rien, que dalle. Un blanc, un grand blanc. Décolonisé que je me suis retrouvé, baignant dans la pisse comme le dernier des charclods, en nage en plus, tout le liquide des souvenirs me fuyait par tous les pores. Un vrai départ de la transat sans escale ! Si t'avais vu ça, vrai t'aurais eu les foies. Donc voila, à présent la mémoire vive, la mémoire tampon, la mémoire éponge, la mémoire scotch brite TM, tout est récuré. T'as qu'à voir, demande moi par exemple la date de la bataille de Marignan ? Le nom du présidnet de ta république ? Le nom du pays où a lieu de le tour de France ? Rien je te dis, je ne me souviens plus de rien. Ca fiche un coup note bien, tout à l'heure quand t'as sonné à la porte, j'ai bien faillis lâcher les chiens. Tu sais comme j'aime pas qu'on m'emmerdre trop. Tu sais comme la solitude est mon pain d'asile, ma pitance apointée, ma jouvence, mon lait d'ânesse.

Tiens, d'ailleurs je te cause mais je me souviens pas même de qui tu es ? Pourtant ta tête me dit vaguement. Attends, on s'est connus où ? Tu dis ? A l'armée ? J'ai été soldat alors, ça fait drôle d'entendre ça, lâche comme je suis, je m'y vois pas à tirer les pigeons avec un pistolet automatique. C'était où ce truc. Peu importe tu me diras, le grand blanc me va. Mais toi alors, puisque t'es là, qu'est-ce tu deviens de beau ? Ah t'es au chômage, t'as pas un lové, et pis t'écris des poèmes !!! Oh mais c'est que ça me parait mal engagé ton histoire ! Passe encore d'écrire, tout le monde sait faire ça. Suffit de penser à rien et de se tenir droit, le porte-plumes bien souple entre le pouce le majeur et l'index et l'avant bras glissant de gauche à droite, tout le monde sait faire ça, glisser de gauche à droite sans se fouler le poignet. Mais quand même, tu devrais songer à gagner ta vie, tu trouves pas ? C'est que ça se fait pas de rester là sans rien fiche. Tu perds tout tes acquis sociaux, tes amis te trouvent pas à la hauteur, ton téléphone phone plus, ta boite mailles détricote, y a pas jusqu'à ta boite aux lettres un seul facteur qui veuille bien faire le détour pour y glisser des recommandés, rien que des recommandés. C'est simple, tu reste comme ça encore quelques temps et t'es plus recommandable. Va falloir te secouer !

Note bien hein ! Que moi depuis les pommes, j'avoue que je me sens un peu transparent, je me demande si je vais continuer à faire comme si. Je me vois bien finir par avouer mes crimes contre l'humanité, mes crimes de lèse-majesté, mes malhonnêtetés congénitales, mes petites saloperies. Note bien, hein, que comme je me souviens de rien, j'aurais qu'à inventer. Et là tu sais que je manque pas d'imagination, j'en connais des histoires, des finaudes même, des qu'on ne raconte pas parce que ça ferait de la peine, qu'on préfère de loin les forgeries dorées à la feuille. C'est pas de ma faute ! Y a qu'à dire. J'y suis pour rien, passez moi le savon liquide ! Et l'essuie-mains SVP!

Oh mais attends ! Ça y est je te remets ! Mais oui ma gârce, en effet, 79/04, Bayonne-Pau-Toulouse, 'tain ça fait une paye ma caille ! Vrai t'as pas changé, toujours aussi rassis, rance et faux derche. Ah ma tronche ! de quoi t'as l'air dans ce pauv' miroir ? Tu ferais mieux de faire les vitres. Quoi que les pommes même si elles te font le regard vide, elles te vont bien au teint.

16:56 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, littérature, poésie, lecture, société | |  del.icio.us | | Digg! Digg

20.10.2009

Scribalablablad

Tiens, un livre ? Encore un ? Tiens un autre ! Seigneur ! Une bibliothèque !!! Sainte horreur; J'éprouve une sainte horreur pour tout ce qui ressemble à un cimetière. Tous ces dosserets, toutes ces jaquettes, ces alignement alphabétiques de noms, de titres, comme des plaques de granit pieusement fendues par le gel et les saisons sans aucune visite. A notre Flaubert chéri ! Regrets éternels ! A Céline, la résistance française! A Nietzsche, sa soeur bien aimée!

Et au fait vous publiez quand ? Quand les poules se passeront de dents à leurs couteaux. Quand j'aurais moi même plus assez de dents pour déchirer la cartouche meurtrière. Quand un éditeur flairant le bon coup posthume se fendra de faire autre chose que d'envoyer au casse-pipes un catalogue de viande morte. Quand Google TM, père impair et passe, aura tout numérisé et que le père Goriot au détour d'un écran plat se tapera Zazie, dans le métro. Et personne y trouvera rien à redire, vu que le digest deviendra la Maalox TM du lecteur de cartes à puces aigris. Quand j'en aurais fini d'aimer mon prochain comme on rate la correspondance. Quand le poisson rouge aura appris à voler de ses propres ailes. Quand vous ne lirez plus dans l'espoir d'être lu. Quand les ascenseurs seront devenus autre chose que des confessionnaux en panne d'escaliers. Quand je serais orphelin de mes dernières amours. Quand en haut des phares que sont supposées être les bibliothèques, les gardien auront cessés d'agiter les signaux d'alarmes pour des cargos chargés jusqu'au château de miettes renonçant au pain d'amour. Quand les étoiles ne seront définitivement plus que des trous qu'il suffira d'agrandir pour y voir clair dans le regard de l'autre. Quand le cancan de la rumeur ne prendra plus le premier canard venu pour un génie des belles lettres. Quand je lirais autre chose que les âneries que j'écris avec une complaisance de pêcheur à la ligne, avec retour de chariot automatique et impression par jet d'encre. Quand la fille de son père s'aimera comme je l'aime. quand le diable aura brûlé ses sabots. Quand demain sera autre chose qu'un remix infâme de ce qu'hier n'aurais pas du être. Quand j'aurais compris que les trains n'en sont plus puisque le voyageur n'a plus rien en tête que d'arriver vite, là où personne n'attend qu'il advienne quoi que ce soit. Quand j'aurais fini de faire cuire la soupe dont je ne mange pas puisque je me repais ordinairement de l'appétit des autres, et que ça fait ma joie, cette fringale enfin rassasiée. Quand j'aurais admis que le beau est dans le sale, que le sale est dans le laid et que le laid se contente de l'humanité pour fleurir merveilleusement.

Oui bien entendu mais vous publiez quand au juste ? Demain, enfin je crois. Ca dépend un peu de l'heure à laquelle l'incendie se déclare dans la bibliothèque.

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