20.09.2009

Chant de foire

Il nous a fallu distinguer parmi des multitudes d'objets orgiaques lesquels nous convoitions, desquels nous ne saurions plus nous passer pour vivre pleinement ce qui était sans profondeurs, cette vie de joies vaines. Enfant nous nous soumettions par le subterfuge du mensonge à l'appât que l'on tendait, presque à portée de nos rages mornes : A-tu été bien sage ? Enfant nous regardions autour de nous la sur-brillance des procédés de l'envie. Qu'ils étaient grossiers. Qu'elles étaient grossières les ficelles qui retenaient la "queue de mickey". Qu'elle était déjà débile cette rage de vouloir être aimé pour ce pire qui gouvernait tout. Tu l'as eu mon chéri ! Nous l'avions eu, cette étoupe de laine, ce chasse mouche sans esprit, nous l'avions eu et c'était nous qui venions de nous faire avoir. Mais la joie criarde de la fête foraine, la fête qui plus sûrement que toute autre invention humaine, vous fait les poches, démonte au petit matin et s'enfuit alors que tout le monde dort et rêve qu'il la eu, que c'est lui qui l'a eu et pas l'autre, cet autre qui ne méritait pas. La joie criarde nous vidait le coeur et nous forçait à aboyer après tout ce qui n'était pas notre bonheur falsifié. La morale veillait pourtant, à chaque fois que nous laissions tomber un objet adoré, la morale se chargeait de vérifier que nos mains étaient propres, nos ongles taillés et qu'après nous allions bien faire notre prière. Que ceux qui se targuent d'avoir échappé au rites (Dieu merci!) ne rient pas trop fort, le catéchisme qu'on leur a enseigné n'est pas moins risible. A contempler souvent les effets de leur nihilisme égoïste, je me demande pourquoi Dieu créa le reflet, puisqu'ils n'en tirent pas même un tant soi peu d'amour.

Et puis comme rien ne s'arrête à l'enfance, au dressage et à la récompense due aux hypocrites, ils nous a fallu désigner ceux par qui nous allions afficher notre réussite, ceux que nous honorerions, en tant que morts, on pourrait leur faire faire n'importe quoi, à genoux devant eux mais l'esprit vif et prompt à moquer ce par quoi ils nous gouverneraient sous le masque divin des idoles. Et là une liste déjà s'allonge, une liste industrieuse, toute soufflant le soufre, les acides, les odeurs de sainteté, les abstractions philosophiques, le méat suppurant d'un dieu laid. Laid comme un Dimanche aux abords des parkings. Nous nous privâmes, pour un peu de paix usurpée, de la joie des bêtes. Et nous nous mîmes à empiler des croix sur des croissants, des croissants sur des étoiles de David, des S redoublés sur des faucilles et des marteaux, des doctrines malingres sur des diktats risiblement assassins; Et les uns disaient : Dieu est avec nous ! Les autres répondaient : Dieu ? Mais il n'existe pas. Ce à quoi avec un peu d'humour, ceux qui pendant ce temps étaient partis à la pêche à la ligne, répondaient : C'est pour cette raison qu'il est avec eux et en vous. Tiens, j'ai une touche ! Et la liste toujours s'allonge, de la terre à la Lune et de la Lune au néant, avec billet de retour assuré pour le Dimanche d'après la sainte apocalypse. Nous avons fait ainsi, oubliant que dans l'enfance nous jouissions en secret d'échapper parfois à l'épreuve du bain et de puer comme l'original que le débris d'objet fait rêver à l'ailleurs, nous avons échangé le besoin de nous appartenir contre les murs muets du contentement de soi. Et ainsi sains et saufs, au bout de la table dressée par la solitude, nous jouissons en souffrant de vivre sans aimer, sans l'être, même secrètement.

Ce matin, dans les rues de la ville, en bas près du centre, j'ai vu des enfants vendre leurs jouets et s'agiter fébrilement autour de quelques pièces qu'ils comptaient et recomptaient. C'est attendrissant un enfant qui a déjà compris que même les rêves ça peut se monnayer.

 

17.09.2009

L'age des artères

On a l'âge de ses artères, de ses allées et venues, de ses avenues, de ses rues, de ses passages, de ses impasses. De tout ce qui n'était pas le lieu mais qui y menait. On à l'âge de sa mémoire et puis l'on se dit, quand se souvenir demande à ce que la traduction se fasse avec lenteur, que l'on a l'âge de vider les tiroirs de la mémoire. Delete ! On sort alors, en se disant que c'est l'heure de rentrer, on s'en retourne en imaginant qu'en notre absence tout a changé. Comme si tout ce qui faisait notre richesse de débris ne s'était pas dissipé, comme si le fait de s'éloigner rendait enviable les accrocs du passé. Delete ! La mémoire est vièrge, tout est à inventer des inventaires et nous trions, à ma gauche le vide urgent, à ma droite le vide qui peut attendre, devant, le vide à venir, derrière, le vide impossible, au dessus le vide résigné, et sous les pieds le vide attendu, celui qui invite les naissants à se débarasser des cellules, des numéros d'écrou. Ce vide redoutable et aimé, comme tout que l'on redoute d'aimer.

Sous mon front froissé se déploie un désert, une étendue semée de petites pierres que je n'ai pas jetées comme les points sous la crosse de mes interrogations, j'avance et nu, au sortir d'une forêt de forceps. Delete!

13:05 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : lecture, littérature, poésie, sarkozi, royale, ps, ump, élections | |  del.icio.us | | Digg! Digg

15.09.2009

Le Celib !

Fait douze ! Ici, au royaume de la partouze où les barbouzes sont pas des tarlouze, des tantouzes qui habitent dans des pantouzes. Fait douze et autant dire qu'on se pèle les amygdales. Quoi faire ? Tricoter du tricotin ? Se faire vacciner contre la goutte au nez ? Prendre un billet de train pour les îles Mérovée ? S'acheter un écran plus grand, pour ne plus se contenter des palmiers dont on ne voit que les racines, des plages dont on ne sent que les pavés, sous les palmes, des string's dont on nous vante la drôle de bobine ? Changer le couvercle de la cuvette en PVC ? Appeler en PCV l'oncle Barak à flûte ? Aller à Berlin en berline, dans le Limousin en limousine, à Palestine en phaéton, quoi que le char y soit en vogue ? Quoi faire avec trois fifrelins, une tronche de mal biaisé, dans la froidure qui s'en vient ? Je sais !

Je vais mettre ma culotte à pont, mes chaussettes à pompons, mes Buggies tricolores, une liquette des Galeries Farfouillettes TM, ma casquette à oreillettes, un cache-nez, des mitaines. Et je m'en vais de ce pas, non sans avoir noués proprement mes lacets ronds, vers le premier distributeur de Celib. Vous là, avec vos mines d'afranch' man, je sens bien que vous ne savez pas ce que c'est que le Celib, modèle déposé ! Non, non ! Ne niez pas ! Ne faites pas comme si vous aussi, on vous avait invité, dans le carré VRP, à l'anniversaire de sa sainteté Muhamad al Khadafi. J'ai un ami qui y fut, depuis plus de nouvelles. Pourtant en fidèle toujours il s'était comporté, pas complotiste, pas pentecôtiste, pas adventiste, toujours à l'heure ! Allez savoir ce qu'ils lui ont trouvé ? Scientologue ? Scientifiquement tout reste à prouver. Que Dieu par exemple soit né d'une éprouvette et voila que tout est chamboulé ! Petit proverbe personnel : Quand la sciente est au logis le compte en banque est bien garnis.

Mais revenons je vous prie, à ce qui nous occupe en ce moment, votre insatiable curiosité sur le sujet de ce qui n'a aucune importance, je veux parler du Celib. Le Celib c'est simple, c'est comme le cent-pas (merci à Richard Gotainer!), ça se trouve à tous les coins de rue, les vraies et les virtuelles, notez qu'on y prend les même risques de se faire écraser, de se faire pincer les doigts très forts et le pire d'y rester, ignorés de tous ceux qui n'ignorent pas qu'on les ignore aussi et que ça pousse à écrire des âneries comme celle que vous êtes en train de lire, en ce moment même. Au fait ! Oui vous avez raison, au fait ! Mais c'est qu'il me faut vous faire un aveux avant que les stats ne retombent en quenouille, je ne sais moi-même pas très bien ce que c'est que le Celib ... Juste que parfois, le petit vélo que j'ai en rond dans ma grosse tête, fait son tour dans l'absurde et s'invente des sytème de convivialité où par exemple il suffirait de s'abonner à une borne, d'y glisser  sa carte bleue (mais pâle) et de s'en aller vérifier que le dérailleur a pas déraillé, que les pneus sont bien gonflés, que la selle est bien scellée, avant que de se saluer et d'aller prendre un café, main dans la main, par exemple.

Avec le Celib restez plus Lib, de plus en plus Lib ! Définitivement Lib !

13:31 Publié dans polytiques | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, celib, ump, scientologie, lecture, automne, sarkozi, hortefeux | |  del.icio.us | | Digg! Digg

07.09.2009

Journal du silence V (récit)

Comme le couvert était mis sur la toile cirée aux couleurs de ravissants moulins à prières, bleu de Delft, on a assis les petits chiens face à face. Space à la place de bon fiston, Défi à celle de bonne maman, et la serviette accrochée au collier pour pas qu'ils tachent leur pelage d'une blancheur de grand d'Espagne en visite à Neuquen. M'man, j'ai plus faim ! Space en avait jusque là de se farcir les soixante-huit printemps de madame Monpote. Il calait dans les côtes, le jambon cru était flasque. J'ai pris trop de livres et la chair est molle, hélas ! Je me tournais vers lui, du raisin plein les pognes, ici le poète c'est moi ! Pigé ? Toi tu fais le molosse féroce, le goulu, la fringale inextinguible, le furieux dévoreur de preuves accablantes. Lui parles pas comme ça, tu vois bien qu'il est farcit ! Voilà que l'autre s'en mêlait, le remord le gagnait, il avait cané sa daronne, mais c'était le sort diététique des petits chiens qui le chiffonnait. J'ai un fond de coca, peut-être que ça fera passer . Et il apporta la grosse bouteille en plastique, versa deux bonne rasades dans les verres à moutarde, Winnie le pourceau prit des couleurs de miel trop cuit. Muchas gracias, pibe ! Lui lança Défi en rotant. Elle avait gardé de ses origines, quelques façons de princesse du sang des beaux quartiers du Riachuelo. L'Argentine il suffit d'y avoir mis les pieds au moins une fois pour garder le sentiment d'y être né. Expliquez-vous ça, cette mémoire d'immigrant qui vous pourchasse le terroir.

La télévision continuait son tintouin, c'était l'heure du flash spécial. C'était toujours l'heure du flash spécial. Mon pote et moi nous sursautâmes ( eh oui, des fois ça sursaute dans les cités); Tu vois pas qu'ils parlent de nous ? Déjà ? Pas possible, on a pas encore rangé, si les caméras déboulent maintenant, j'te jure, on a l'air fin ! J'avais une réputation à défendre, on pouvait pas me prendre à de viles besognes. Gromaphone avant tout, boucher occasionnel, par pure amitié. C'est comme ça que j'étais, ami fidèle, un peu genre Lassie. Et puis mince, il en restait presque plus de la mère Monpote. Défi mettait les bouchées doubles. Auriez-vous je vous prie un peu ketch up TM ? Cette chienne avait du chien qui ne fait pas des chats mais qu'au cas où de ketch up il n'y aurait pas, je te garde quand même un chien de ma chienne. Du ketch up ? Mon pote fila vers la cuisine, enfin fila est un bien grand mot car dans le trente-cinq mètres carré du taudis en papier mâché, filer c'était comme se jeter en trombe dans les bras de la BAC. Pas utile pour l'heure. Deux grosses giclées sur le bord de chaque assiette et la tête à la mère à Monpote fut nétoyée.

Chers téléspectateurs, une bien triste nouvelle nous parvient du front. La France vient encore de perdre la moitié d'un soldat dans la vallée du Karnaghistan inférieur. L'autre et moi fûment pris d'un élan patriotique et nous mîment au garde-à-vous devant le poste, la Marcellaise retentît par les hauts-parleurs dolby surround et les petits chiens entonnèrent un hurlement à la mort, façon entre chien et loup, avec au moins 60% de vrai morceaux de loup dedans. Puis le cours de la vie reprit et après une page d'informations commerciales, la rediffusion en léger différé des jeux paralympique de Kandahar nous redonna espoir en la technologie avancées. Tu vois, me dit mon pote, moi j'ai foi en l'homme. Ce à quoi je ne lui répondit rien. Je finissais d'extraire la moelle des derniers os concassés. C'est bon la moelle et j'étais sûr que la mère Monpote, bien que complètement cinglée depuis qu'Eddy Mitchell avait refusé du lui dédicacer un 45 tours lors d'une quinzaine des prix fous, avait à priori pas chopper le prion. L'autre avait sortit la serpillère et le balai brosse, les petits chiens se curaient les crocs, vautrés sur le canapé. L'harmonie règnait au foyer et sous l'évier de la cuisine je jurerais qu'un grillon stridulait.

06.09.2009

Journal du silence III (récit)

On a monté dans la polo, les petits chiens à l'arrière, sur la plage, l'autre à la place du mort, la cafetière sur les genoux, et moi au volant. La jauge était dans le rouge. Si on fait l'aller et retour, je me suis dit, on aura encore du bol. Et puis on a descendu la petite route qui traverse le parc du château. Il y a eut un château dans ce coin, pas un château d'eau, hein ! Un vrai, une grosse demeure avec domesticité, monumentales grilles de fer forgé, réceptions les soirs d'été, calèches, limousines, un truc à la Proust, fin de race, moustaches cirées pour les dames, crocs limés pour les messieurs et grands capitaines d'industrie pour arroser tout ça au champ'. On aurait pu se croire en Normandie mais ça manquait de bocages, de chars Sherman et de parachutistes. En bas, le triage des bagnoles et des trains de marchandises ouvrières s'en laissait pas conter par les verdures subsistantes du parc, ça s'arquait pour passer au rouge, ça couinait des boggies, les contrôleurs de la main d'oeuvre transcontinentales contrôlaient les titres de transports et refilaient à la racaille policière, le surplus de nègres, de crouilles, des gens de couleurs qu'étaient même pas fichus avec le pain qu'ils nous volaient, de se payer un pass vas-y-go.

De l'autre côté de la Seine, Orly faisait le plein de ses gros porteurs avec ces touristes d'un genre indésirable, ficelés comme des paquets de linge sale. On passa sans encombre, au travers du merdier. Dans la polo, c'est simple, il y avait que du blanc, les dogues était blancs, mon pote était vert et moi vu l'été que je venais de m'offrir, dans les caves du capital, j'avais tout du visage pâle qui bien que désarmé par le péril rouge, gagne toujours à la fin, sa place au purgatoire. C'était comme la mer morte, ce foutoir de tôles, de sueurs, de bruits et d'odeurs, tout le monde s'écartait sur notre passage, ça fumait dans les tambours de frein. Ça devait clignoter comme un gyrophare sur le toit de la gove qu'on était en mission pour le compte de la justice. Tiens, t'as qu'à tourner là. Vaut mieux passer par derrière, des fois que les voisins l'aient trouvé avant qu'on arrive. Je lui jetais un coup d'oeil, toujours pas signe de remords : La lumière s'éteint déjà, le cinéma va fermer, c'était la dernière séquence, c'était la dernière séance et le rideau sur l'écran est ... Pourquoi je me fredonnais ça ... T'as fermé à clé au moins ? que je lui demandais à l'autre. parce qu'avec tout ce qu'on lit dans les faits-divers, manquerait plus que des p'tits salauds en aient profité pour piquer le nunchak' à ta yeuve. T'es vraiment un poète toi, hein ? T'as de ces imaginations !

Sur la plage arrière les petits chiens bavaient comme une milonga. J'avais pas changé le balai de l'essuie-glace intérieur. Ce qui fait que le passé, dans le rétro, ressemblait à une photo de David Hamilton, sans les nymphettes en nuisette de la Redoute, dommage. Extrait du journal du silence :

... ! ..., ... ? Oui.

Tu me feras penser à racheter des points suspension, que je lui fis à l'autre en garant la polo dans le square interdit aux enfants et aux aveugles sans permis de conduire. Au service social de la mairie on m'avait refilé des tickets repas services, ça valait la peine de tenter d'en claquer un à la FNAC. J'ai sortis les chiens qui ont été pisser  sur le toboggan en lames de rasoir, c'était de l'art ce truc, de l'art conceptuel que l'artiste-plasticien-conceptualiste-debordien avait voulu mettre à la portée de tous. Ce qui fait que le pharmacien de la cité avait ouvert auprès une échoppe de sparadrap. Ca boum ! Lui fit mon pote. Le pharmaco regardait les petits chiens en se demandant, rien, non rien. Les pensées profondes des pharmaciens, sans dec' on s'en tape. Tout ce qu'on leur demande c'est qui nous relifte et revitalise le cuir chevelu et nous fassent aux pattes le galbe parfait pour monter sous les acclamations du public les marches du palais de ... justice.

Je me souvenais aussi de l'entremetteur, à la radio. Il avait éprouvé le besoin de se faire expliciter par l'auteur du journal du silence, le concept, ou plutôt la substance recréatrice et moellifique du concept de gromaphone en tant que précepte lacanien de la compréhension Nitzschéenne des admonestations artésiennes d'Antonin. Ce à quoi l'autre, après mûre réflexion, avait répondu qu'en fait il se situait à la pointe d'un courant trans-genre où tout pouvait s'exalter dans une prière micro incorporée, pourvu qu'on le fasse savoir sur la toile. J'étais scié. Faudrait que je pense à me faire greffer une paire de drag queen à la place de mon binôme de couilles, qui de toute façon ne me servait plus à grand chose.

L'autre, pendant ce temps que les petits chiens grognaient contre le pharmacien et que je remémorais, avait d'un coup d'épaule fait sauter la porte de l'immeuble. Le digicode fonctionnait à l'épaule. Fallait être un peu musclé du cerveau pour vivre dans ce monde tactile. On s'engouffra et grimpîmes quatre à quatre les dix marches poisseuses de l'escalier de béton qui menait à la scène de crime. Frissons !

 

Journal du silence II (récit)

On en était à la troisième cafetière, et pas une larme, ce type là avait un coeur d'or, une pépite grosse comme un oeil de perdrix à la place du remord. Je croyais le connaître. Il s'éfondrait pas, à peine si le café lui filait des petites décharges électriques, un tic à la jointure des paupières, comme un feu tricolore qui se serait emmêler les pinceaux au moment de lâcher la meute sur le passage surélevé où des mômes passaient avec des mines désoeuvrées de manoeuvres. Tu vas faire quoi à présent ? J'essayais encore de le relancer sur une des pistes probables de l'humain fait comme un rat. Mais lui, il soulevait les papiers. Tiens, tu fais des poèmes ? C'est quoi ça "l'ôde aux nouilles" ? Un truc qui parle de loutes ?

L'ôde aux nouilles ? Ah oui je me souvenais. tu parles d'un tabac que j'avais fait avec ça ! Ça racontait comment un type en pleine guerre des gang, à Crosne, avait sauvé au péril de sa vie toute une palette de farlafelles, dans un Leader Price en flammes. A la fin le type il s'envole avec la palette, sur un tire-pale avec en fond l'incendie qui fait rage et consume un bébé sans papiers coincé dans un mini caddie lancé par un faux pilote  d'Air France déguisé en terroriste napolitain. Hollywood avait voulu racheter les quarante lignes pour en faire un film à gros budget. Mais ça avait capoté, le patron du Leader Price voulait plus rien savoir à propos des scènes d'incendie, et on avait eu du mal à trouvé le figurant pour le plan serré où le bébé calciné a juste le temps de hurler : Allah est mort ! Avant de finir dans le rayon mozarella. Moi aussi je suis gramaphone ! J'avais pourtant juré au producteur. Mais tu parles.

Non c'est rien, laisses. L'autre lisait en se curant le nez pour récupérer un peu du goudron de tous les mégots qu'il venait de griller, sans me demander si j'avais arrêté de fumer. Puis il leva la tête, me planta son regard d'assassin pas concerné dans les yeux et j'eus peur. Justement ! Qu'il me dit. J'avais pensé ... tes deux dogues là, il les avait quand même vu, j'aurais du me douter. Ils sont pas à moi, fallait que je lui coupe la chique. Deux dogues argentins, tout d'innocence faits, sur un banc aux assises ... Ça allait chercher dans les combien. Oui bon, c'est pas grave ! Qu'ils soient à toi. T'es pas obligé de venir, tu me les passes, pas plus de deux heures. Vu l'épaisseur de la vioque, si en plus j'enlève la blouse, le tablier, les chaussons et que je te ramène les os, pour le bouillon ... Fallait que je le stoppe net, je voyais d'ici la patronne : T'as pas vu Space ? Et Défi, elle est passée où ? Tiens non t'as raison, ils sont pas là ? Les petits chiens ? Les petits chiens ? Je me voyais soulevant les coussins, cherchant dans les tiroirs, tournant, virant, secouant le paquet de gateaux secs et faisant des petits claquements de langue, comme quand je rentrais la nuit, un peu bourré, sans savoir si ils allaient se souvenir que j'habitais là et que je les aimais bien. Mais le matricide démordait pas. Tu referais pas un café ? Pendant ce temps je leurs y explique le topo.

Non mais t'es frappé ! Ces bêtes elles s'endorment en écoutant Hannibal Troïlo, elles mangent que du frichti que la patronne fait cuire à quatre heures du mat, en jouant au poker avec une pince à linge sur le pif. Et en plus, tiens toi bien, le Space y pleure comme une madeleine quand sur TF1, une vieille se fait agresser par un membre d'une communauté de souche incertaine, devant un GAB de la poste inc. Et alors ? Qu'il me répond la purge, j'ai qu'à leur raconter mon enfance misérable, qu'elle me cognait la daronne, avec un nunchaku, en écoutant Eddy Mitchell à fond sur le gramophone ! Comment ça ? que je lui rétorque, ta mère aussi elle était gromaphone ? P'tain la salope ! Si ca se trouve c'est elle qu'à signer le puscule de l'aut' tenture, comment qu'il disait que ça se nommait ? Journal du silence, ouais c'est ça, merci. Attends c'est moi qui vais leur causer aux dogues ! Spaaaaaace ? Dééééfiiiiiiii ! Venez les petits chiens, ouiiiii ! Beaux ! Sages, bons chiens, chair morte, maman de mon pote, oui oui oui en voiture ! On y va en voiture. Quatre dans la polo, ça devrait pouvoir le faire. On a qu'à emporter la cafetière...

N'empêche c'était gonflé, on allait enfin faire la une, faudrait toiletter les petits chiens, acheter des beaux colliers étrangleur, des vaches de muselières en cuir de puma, et pour mon pote et moi des survet's de Boca Junior. Je peux avoir Rivers, c'est pour mon standing, tu comprends ? N'empêche la journée avait commencer morne mais les dogues flairaient la promenade. C'est toujours bon d'aller se dégourdir un peu.

 

00:09 Publié dans Relis tes ratures | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : sarkozi, lecture, politique, littérature, ump, bayrou | |  del.icio.us | | Digg! Digg

04.09.2009

Les pipelets

Les solitaires, caste sociologiquement indéfinissable, à laquelle je crois que j'appartiens, sorte d'intouchables aux manières électriques, dégageant ça et là dans leurs pérégrinations circonvolutionnaires des décharges de foudre qui finissent par leur griller des pans entiers de circuits imprimés à l'encre pathétique, sont, les solitaires, d'incroyables bavards. N'en approcher qu'un suffit à faire comprendre la douleur que l'on éprouve à leur prêter, par pure charité chrétienne, une oreille, même distraite. Les voila qui vous haranguent, vous tancent, vous supplient, vous morigènent, vous prennent pour ces foules qu'ils fuient ordinairement et dont pourtant ils pensent qu'ils ont de ces choses d'une importance capitale, à leur dire, toutes affaires cessantes. Cessez un peu de vivre ! Vous soufflent-ils. Ils font chavirer le frêle esquif de vos certitudes, de ces garde-fous que patiemment vous vous êtes appliqués à considérer, à part vous, comme d'inébranalbles constructions mentales. Quand tout à chaviré, quand tout autour de vous l'océan syphonné a tout recraché sous la formes d'esquilles, quand vous ne leur opposez plus que le regard vitreux d'un merlan essouflé par le chalut lancé à cent à l'heure dans les bas-fond de votre patience, les solitaires sentent la pépie leur râper les papilles, le parapet à toute allure se rapprocher, et vous demandent, en se tordant les doigts, si il ne vous reste pas un peu de ce merveilleux vin qui leur débride si bien la faconde.

C'est que le solitaire est quelque peu pipelet, et là, les dames me pardonneront de leur voler un peu de ce si joli mot pour le masculiniser en lui soulevant la violette, délicatement. Mais pas toujours. Pipelets par nature, et le sachant fort bien, espèce unique dans l'espace commun, ils se ravalent, se crépitent la façade et du fin fond du silence font pour eux même des recueils de maximes, pour s'éviter de les appliquer à leur propre gouverne. Ils dissertent, dissèquent, déchirent dans la toile de sac de quelques platitudes, des moisissures tout à fait aptes à faire la nouveauté. Tenez ! Disent-ils. Voici le fond de ma pensée... Et pourquoi ne pas commencer par le dessus du panier ? Pourriez vous leur répondre. Impossible ! Vous rétorque le pipelet. J'ai depuis longtemps pris l'habitude d'avancer cul pardessus tête. Le fond de leur pensée souvent laisse voir que dans leurs souliers pointus le gros orteil de l'analyse a depuis longtemps tenté et réussit sa percée.

Prenez garde, do not lean out of the window ! Invitez-en un parfois, à votre table. Deux peut-être, ils se neutralisent avec assez d'efficacité sitôt que dans le miroir d'un semblable ils apperçoivent ce que leur maman a toujours tenté de leur cacher, la brancalitude de leur existence commune. Et puis à de certains moment, baillez un peu, un peu plus, à vous décrocher la mâchoire, faites sonner, comme un verdict, le verrou de la cave, condescendez à leur dernière trouvaille et armez vous d'un point. Un point final.

02.09.2009

L'ôde aux nouilles

Quand un subtil et élégant gargouillis se fait jour dans la région abdominale, quand un vertige mystique retient le pas suivant et m'accroche au chambranle de la porte, quand je me demande : Mais qu'ai-je ? Que m'arrive-t-il ? Quel ange familier m'emporte en de zétranges zphères ? Qui me brouille, m'estrifouille, me tartine de famine? Quand sonne l'heure où l'oeil haineux je contemple le sachet de thé, passé, repassé, essoré, rincé, pâle jus de chaussette au fond de la casserole culottée de brun miélat. Quand du fond des fait-tout résonne comme à Ronce vaux l'appel désespéré du corps farcis comme une baudruche de quelques reliefs, souvenirs d'avoir goûter au paradis des repas pris en commun. Quand, pour tout dire, à l'heure de déjeuner mon estomac remonte aux créneaux de la déglutition qui se fait attendre. Quand pour dire encore, je la saute, la crève, je claque des mandibules, salive à tout va, rêve de mon Planche et Sylvestre, d'un tas de victuailles dégueulant les bords de la table, d'un couvert bien mis, d'un verre plus qu'à moitié plein, de pain vaporeux, de vos tendres miches à mes dents défrisées, de cochonneries, de veule veau bouillis, d'entrelacs de côtes d'agneau, de boeuf la langue pendante sur la nappe, de monceaux d'haricots, des blancs des rouges des verts, écossés, avec ou sans fils, beurre ... Tiens, oui ... avec un peu de beurre et de l'ail et du persil. Quand c'est l'heure, n'importe ce que disent les aiguilles de la montre, de s'en foutre jusque là, et puis après rôter, et puis après péter et puis après prendre un café, un cognac, un autre café avec encore un cognac.

Quand c'est le moment donc de dévérouiller la lourde porte du réfrigérateur et de s'enquérir du vide happant le vide, mes yeux invariablement se tournent vers l'étagère, la sombre planche où, dans la poussière et l'absence d'éfluves, trônent solitaires, les nouilles. J'empoigne la casserole par le manche, l'emplis d'eau à demi et allume le grand feu cannibale du rituel nourricier. Le paquet de cellophane craque quand je l'ouvre, l'eau frémit, je chancelle, il en reste assez pour une assiette. Plongez Ô divines nouilles, vous qui il y a un instant jouiez des castagnettes dans l'étui transparent de votre sommeil opaque. Sentez Ô chères farineuses comme vous attendrit le bouillon d'eau salée. Je touille, je touille, je touille et vous couvre d'un linge et d'un couvercle, afin que vous restiez bien que cuites, un peu sauvages sous la dent, al dente comme ils disent. Ô nouilles, mes aimées, mes muses, mes dégelées. Je vous chante en ce jour en pensant au patron qui aujourd'hui encore devra se passer de mes appétits de pouvoir.

13.08.2009

L'escarpe

qu'il est donc doux de tout s'abandonner à l'extrème légèreté, ne plus songer, ne plus sommer la vie de faire un effort, se laisser porter par le vent, la tête renversée, la poitrine soulevée, les pieds appuyés en des lieux où l'on se ressemble enfin. Je navigue, flotte, vrille, le travail des anges s'en allège, le long de l'escarpe je voyage gratis, je suis enfin ce que je voulais être, un naissant de rien et n'allant nulle part, pas plus lourd que le diffus, pas plus orgueilleux que le confus. Ma mémoire est vièrge de tout ce qui hier réclamait sa pitance, mon crane était un poing refermé sur un secret amour de l'homme, il est à présent la main du creux de laquelle je déploie le sourire paisible. Mon ventre glousse comme une poule ivre d'avoir avalé un diamant. Mes couilles même, mes bonnes burnes roulent comme des épineux au désert. Mon sexe, ma queue, ma bite ? Ce chybre qui parfois fit s'élever le ciel d'une toison poissée, mon sexe est un état de grâce, un souvenir soyeux, quelque chose, quelqu'un, un rien qui soupire.

Je pars,et pars sans part, sans cassure, lent, sans enveloppe, intact. Je suis comblé enfin de tout ce que je n'ai pas voulu posséder, de tout ce à quoi je n'ai pas voué la vie. Cette vie infiniment éparse et parfois rassemblée d'un seul regard au dessus d'un berceau, parce que ça et là, un feu brûlait, un feu que ma nuit protégeait, un feu fait et de père et de mère. Autour duquel s'assemblaient ceux que ne résignait pas l'idée de vivre en convoi, dans l'exil intégral et les migrations d'âmes désarmées. J'ai aimé, putain que j'ai aimé ! Mais les cimetières de nos coeurs sont pleins jusqu'à l'os de nos amours en boite. Alors ? Alors j'emboîte le pas aux étoiles et je fais sans semelle le chemin des glacis.

09:46 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, poésie, manger, littérature, lecture | |  del.icio.us | | Digg! Digg

10.08.2009

T'as qu'à...

... La mettre au séchoir cette âme qu'on t'a refilée, cette âme de l'insubordonné, de la vie sans cesse débordant de ton froc, de la vie sans fin mécontente de durer. Ça te fera au moins quelque chose à caler entre les dents qui te restent, pas assez nombreuses pour mordre par le travers, trop usées pour mâcher le fer de la cage.

... Le mettre au reflet de la lampe, le reflet de cette âme emballée par petits paquets d'embruns, au dessus de l'évier, dans des feuilles de papier journaux où l'injure décrypte les raisons de haïr le proche et le lointain.

... L'empailler si tu peux, puisqu'à l'orpailler tu t'es usé le tamis des nerfs, cette âme qu'on t'a fourgué comme une concession déjà bien érodée par l'apathie du grain. N'est pas riche qui veut dans ce monde où ton âme vague, vaguement et se noie dès que dieu tire la chasse au dessus de l'exécrable échec de ses combines :

-Certes elle n'est pas neuve mais elle est rechapée. tout à fait faite pour toi qui t'effrite dans les virages et souffle rauque dans les côtes. Depuis le temps que tu roules sur les jantes, celle-là ou une autre...

Et puis refaire avec les mégots un tige toute neuve, de belles volutes grises où le deuil invisible te donnera l'air de ce que tu n'as pas.

Un carnet de papier gommé ? 1 euro

Un paquet de tabac à rouler ? 4 euros 60

Une baguette de pain factice ? 0 euro 70

Et pour le reste, t'as qu'à la mettre au clou, cette âme si bien tournée qu'elle tient dans aucun linceul. Qu'aucun flacon ne veut contenir ni aucune lampe ne peut éclairer.

T'as qu'à ... Faudrait ... Peut-être ... peut mieux faire !?

00:35 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, société, littérature, poésie | |  del.icio.us | | Digg! Digg

Toutes les notes