24.10.2009

La torpeur

Il est arrivé au bout de ce chemin qui ne ressemblait à rien qu' à lui. Une vie minérale à perte de vue, dans le soleil couchant, ocrant de rose fané les montagnes couchées sur les gorges minces et vertes et noires. La route s'arrêtait là, sur les vestiges de ses précipices, la route qu'il avait dessiné, un pied chassant l'empreinte de l'autre, l'autre disparaissant dans la poussière levée par le premier. Dessinée par le rêve d'une immobilité feinte, une route qui n'existe plus sitôt que la quitte celui qui l'a vécu. Une vie. Il s'était alors débarassé de ce peu de vêtements dont il couvrait sa maigreur, pour le cas où d'autres errants le croiseraient. Son regard alla, remontant de ses chevilles osseuses à ses cuisses émaciées, puis à ce sexe dont il avait imaginé la danse joyeuse. Au coeur de la toison grise sa peau brune en empaumait le gland flétrit, comme un étui rituel. Le ventre n'était que coupe, érosion soulevée par le halètement du souffle, dans la cage thoracique battait un coeur caverneux, la gorge était d'un sarment sectionné, d'où la pomme d'adam tombait en hoquet de suaire éfrangé. Seul son regard vivait encore, l'immense regard dévorant une dernière fois la paysage grandiose du crépuscule de pierres couchées sous les oliviers. Il gagna la pente douce où un figuier penchait à rompre avec la terre, et s'allongea, visage plongé dans le sein de la source amante de l'arbre, entre ses racines. L'acidité le gagna, il bu. Des fruits tombèrent entre ses cuisses, une corneille se posa et fit chuter des feuilles sur sa nuque et ses reins. Un tremblement de vent le désigna aux étoiles naissantes. Des gorges montèrent les derniers râles d'un moteur de machine agricole. Puis tout se tu, tout.

Il m'avait dit : Où, tu crois ?

Je lui avait répondu : A Zegzel, je crois. Sur la route de Berkane à Taforalt.

02:34 Publié dans les cosmétiques | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, berkane, genèse, zegzel, lecture | |  del.icio.us | | Digg! Digg

02.08.2007

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J'avais dit comme ça, l'air de rien dans l'injonction qui fait que si on se croit investi d'une mission, on se rend bien vite compte que la location de parasols au Darfour est un peu plus lucrative que l'appel à la révolte des plagistes à Palavas. En terme d'investissement sur image, bien sûr. J'avais donc dit : "Partez pas !" . Mais comme vous êtes des citoyens responsables et qu'une réservation c'est un engagement comme un autre et que les arrhes valent bien un serment... Vous partîtes. L'industrie des loisirs, celle du tourisme et aussi l'industrie culturelle vont à ce propos faire figure de héros nationaux et vous vous aurez contribué à sauver des emplois, des régions entières vous saluent. Pas un village qui n'ait à votre intention monté son festival des arts de la ruse et du tripoux réunis. Les chateaux de la Loire sont là, sur la Loire, on ne délocalise pas encore. Les intermittents et les produits locaux brûlent des cierges à votre gloire.

De quoi je me mêle. Blédard de Paris, je pars pas, je pars jamais, j'arpente, je tapine, j'évite les vélos et les croqueurs de tour en fer numérisée ( L'tave réveille-toi ils sont devenus mous !). Je me mets le nez au vent de mes souvenirs d'enfant du bastringue parisien et je laisse filer un peu de fraîche au comptoir contre un double et un poste de guet bitumé des poumons. J'ai une mine de papier maché et pas loin, un carnet, un bic quat'coul'. Entre l'adresse d'un employeur potentiel, la liste des commissions, un numéro de portable que je n'appelle pas, je griffonne des phrases sans quoi ni qu'est-ce...

Les garçons de café me reluquent, croient pas que je vais leur raquer le montant de l'eau chaude et quand je sors la morniquette, se détendent, décommandent la milice patronale... Je veux dire la police nationale... et se fendent d'un petit mot dubitatif à propos de ma foutue graphie. Inimitable foutraque d'un alphabet forcément étranger vu que tous plus ou moins sont du Livradois/Beni Ansar. Pas plus tard que néant moins, c'est-à-dire dimanche au matin, je tricotais des échasses sur le Richard Lenoir en direction de qui vous n'avez pas à savoir. Et comme j'étais en avance, sans dopage, sur le rendez-vous que je m'étais fixé à l'endroit E de l'heure H à la minute Même, j'arrètais ma course coeur flambant d'oxydes, à la terrasse  du bouclard qui est exactement à l'angle du coin de la rue qui tourne vers la banlieue nord. Vous voyez ? C'est interactif. Je vous interpelle, ça vous les brise, restons amis.

Je sors alors un livre, j'ai pas de MP3, music polizei Third Raw On Illegal Search. En ce moment c'est Diderot mon ivresse verbue : "Mes idées sont mes catins". L'anneau à faire murmurer les bijoux me fascine. Mais je ne lis pas, non, je sors le carnet, le bic et j'astique la syntaxe de mon style à l'emporte pièce. Quoi j'écris-je ? Des fadaises graveleuses, des choses que je dis que je fais sans rien faire que les conter. Par exemple ? "J'avais dit comme ça, l'air de rien dans l'injonction... Partez pas !"

- C'est quoi cette écriture ?

- C'est la mienne...

- Ah bon pasque... Vu vos origines... c'est de l'arabe, non ?

Mes origines... Il a deviné mes origines, rien qu'en jetant un coup d'œil par-dessus le plateau et la lavette. C'est dû au réchauffement climatique. Le pingouin à un regard d'aigle. Je peux pas lui dire que en fait je suis Dravidien de la dynastie des Al Mogravides, que mon père était de Stasbourg suite à un détournement de galère à la bataille de Lépante et que la nuit dans mes rêves les mieux foutus je hurle dans les Benis Nassen : ZEGZEL ! ZEGZEL ! ZEGZEL !

Je peux pas, décemment je peux pas. Allez... Revenez vite, on a des choses à faire.