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29.08.2007

En Chien

 C'est En Chien qu'on se taille la part du Lion quand de l'édifice on ne voit plus émerger que la dent cariée des fondations.

Pierre Marcelle dans sa chronique chez Libé-ration de cette semaine, il y a deux jours, ose parler de fascisme à propos du psycho drame sanglant dans lequel le monde inexorablement s'encanaille. Le bon sentiment affleure partout, c'en est dégoutant toute cette compassion consumériste. Il a raison Pierre Marcelle, ça sent un peu le garde à vous dans les maroquins. Les prétoriens nous poussent au caddy pour se sauver en dividendes blindés à la fin du jeu.

Mais le problème avec ce vocable de "fascisme", doit-on dire faschisme pour ce qui est des églises d'orient et d'occident ? est tout entartré de grands phénomènes historiques, encore qu'historique soit pas le bon terme, nous vivons  en plein dans cette double page de mon livre d'histoire de cinquième 4. J'aimais l'histoire. Je ne l'aime plus, on y enseigne surtout la fatalité aux populations qui par tous les temps subissent les effets des grandes relances de la consommation de plomb fondu et d'acier trempé. Et aussi qu'il faut de grands chefs pour accompagner les pillages des bons maîtres. Allez pourrir les charniers ! En 4x4 si ça vous fait plaisir. Le fascisme s'est refait une beauté dans les urnes, au mois de mai, non ? Il se donne en spectacle comme au temps du docteur Goebbles mais fi de la vétuste vertu martiale des croix de fer dopées à la conivence Munichoise, là monsieur Marcelle, on se lache, on passe les lignes blanches, on fait du bateau comme Lafayette et en guise de dessert on croustille sous la dent du citoyen comme une galette au verre pilé. Consentir au sacrifice c'est la meilleur preuve que l'électeur est fait de grandeur d'âme et qu'il a bien lu son Guy Moqué entre deux paysages lybiens et un petit tour en vedette lance-torpilles. Oui ça sent le brun, le drap et le regard absent. Oui ça sent l'humour, toujours un peu plus d'humour, oui ça sent l'émotion, les larmes, la délation, les enfants ôtés des bras de leurs parents, oui ça sent l'élite à plein pot catalithique, baignant dans le frais kérosène et feuilletant le programe des festiveaux où ille se rend sans faute avant de filer low cost... Oui ça sent le renfermé et le col empesé. Oui ça sent la griffe, la patrouille, la nuit comme au zénith, les rues pleines de miradors contre lesquelles les chiens peuvent plus pisser sans éveiller en nous une envie de verbaliser. Oui monsieur Marcelle, faut plus rien supposer, enfiler les concept comme des fleurs de la pensée sur un fil barbelé. Une mouche est une mouche et quand elle se pose sur le nez de la Liberté...

Dans cette époque de richesses affalées je ne sais pas encore pour quelle marque déposée je vais avoir à en découdre. Et si il faut aller à poil pour éviter le portrait robot je crois que je foutrai ma carcasse au fil près entre les mains d'une aimable tisserande qui m'en fera pas un uniforme. Le fascisme est l'autre nom pour désigner le marché. 

24.08.2007

Camarade, Bon Dieu !

Pas si simple à conter tout ce qui en une journée vous laisse à penser que,  le décor certes est en place, les rues percutées de talons, la douceur de l'air, la cruelle joliesse des femmes, les vitrines éclatant de notre naïveté, le fleuve immuablement lumineux sous le regard des suicidés et des amants, par delà les cités de la haine le soleil couchant sans cesse... mais  que tout, sourdement,  est bouleversé.  Des détails de regards, de mots  échangés, l'attitude fuyante des épaules qu'efface l'approche de l'autre.  Ce qu'on se défend d'être  ou de penser  et vers quoi l'on glisse  lentement comme en un reflet  monstrueux  dans une flaque.  Un cauchemar est en gestation, les tiroirs grincent au bas des penderies où nos uniformes rêvent de nous dissoudre. Une révolution de chasse d'eau en fuite se fait jouir dans le regard de Méduse et nous fascine. Et nous trie sur le volet. Vous, nous ?  Dehors ! Et encore, qu'on nous sorte  par la peau des fesses  est une chance à saisir car ceux et celles  qui feront le choix  de ce fascisme  mol et protecteur des plus fortunés, ceux-là vivent déjà dans le mépris  d'eux-mêmes...

Nos oreilles sont casquées, nos lèvres sont casquées, nos yeux sont casqués et pour faire le portrait d'un n'aseau point n'est besoin de peindre une cage avec la porte ouverte, un fusil d'assault devrait se suffire. 

 

J'ai pas fait de photos de vacances, j'ai tout de même un souvenir à vous conter. Un souvenir de bord de mer. J'étais hier après-midi à l'antenne locale des ASSEDIC (what a fucking big dick !), j'avais à y faire entre deux bains de soleil et, premier dans la file d'attente je faisais le détaché, le survolant d'un air amusé l'ambiance érotico-psychiatrique du lieu. Tout comportement violent à l'égard des agents qui sont là pour vous rendre service sera passible de poursuites... Cela fleurait bon le neuroleptique. Une jeune femme coooooool s'approche, la file d'attente frémit, les rangs se reforment ; elle arrive à ma hauteur et les premiers mots nous engagent, elle à ne pas porter plainte au travers de sa hiérarchie et moi à ne pas finir en garde à vue (je suis blanc, souriez pas ça a son importance ! Communautarisme ou pas). Dans la file chacun révise son entrée en matière.

- Bonjour, je suis à nouveau inscrit au titre de l'annexe huit et dix et je voudrais être reçu par un conseiller pour faire le bilan de cette année écoulée.

Je la lui ai troussée menue, je suis irréprochable dans la diction, l'onctuosité, la précision. J'ai pas chuté dans le débit. Nos regards se perdent pas d'une miette mais celui de l'hôtesse fait quand même un looping un peu inquiétant et elle cille, ce qui n'est pas bon signe. Elle sourit, se dandine un peu. Pardonnez-moi mesdames mais quand vous  dandinez je peux pas dire que vous luttez pour l'égalité des droits ! Je vois bien que je vais devoir faire mon compliment une deuxième fois, comme au commissariat, en quelque sorte...

- Euh... Vous pouvez me la r'faire une autre fois, j'ai pas bien tout compris !

- Euh... Vous la r'fair... ? J'voudrai pas m'la ouetje. Euh... Vous voyez mademoiselle vous-la-r'faire,  ça serait comme manquer de respect à madame votre mère qui doit être bien soulagée de vous voir évoluer dans un emploi stable bien que je le suppose fort mal rémunéré. Et puis que dirait monsieur votre papa si je vous la r'faisait comme ça, tout de go et sans me soucier de mes pairs qui sont là je le sens bien et un peu impatientés à l'idée que je suis pas très efficace.

Bon,  résultat je suis convoqué dimanche 32 août à neuf heures cinq précises, du matin, c'est bien connu le chômiste faut qu'il se lève le matin bonheur. Je chausse mes tong de chez Ting, je ceint mon paréo de chez Porn et je m'en vais d'un pas de plagiste chez micro ondes pour pas perdre le léger hale paléocrate du fumiste. 

20.08.2007

Archive 5

Il y avait entre mon père et moi plus de vides que de pleins. Tandis qu'il s'échappait en claudiquant sur le coup des cinq heures vers ses mauvais vins, ses amis de comptoir, tous ceux qui comme lui avaient une ardoise accrochée au glas de la vie et sur laquelle ils inscrivaient soir après soir les chopines, les petits coups de rouge, les tournées et autres verres ballon.  Jusqu'à ce que pleins comme des huîtres ils retrouvent le chemin du foyer où les attendait le menu fretin de la marmaille qu'ils tétanisaient de vinasse et de bouillon assassin. Moi, dès que le rouge lui baignait le cristallin je taillais par les départementales, sur mon clou à quatre vitesses, je pédalais jusqu'à être sûr que là,  au bord de la rivière il viendrait pas me chercher pour marner à sa suite dans les rangs de chrysanthèmes. Il était horticulteur. Je haïssais la terre. Passer son temps à genou alors que le ciel venait à ma flemme sans que j'ai à repiquer les nuages,  me semblait une connerie de pénitent proche de creuser son trou à l'exacte dimension de l'oubli qu'il laisserait en mourant.

Il me traçait tout de même, les coins de mes débines il les connaissait tous. Sans doute, c'était lui qui me les avait montrés quand parfois il me trimbalait à la pêche. Alors je montais dans l'estafette, ma bécane à l'arrière et on y allait au terrain, en silence.

C'est pas qu'on s'aimait pas. On s'aimait,  mais cet amour-là passait régulièrement par la vacherie. Et la vacherie quand elle s'installe c'est à coup de faux qu'elle taille dans le filial. En un seul coup un seul elle nous avait jetés chacun d'un côté du chemin et pour peu qu'on ait tenté parfois de ramener sur le bord de l'autre,  elle rappliquait et tsac ! elle nous filait un coup d'amertume dans les mollets, comme un sale clébard vous voyez, un sale petit clébard qui vous fout la chiasse rien qu'à l'idée de l'affronter en franchissant l'impensable. Dans ce temps-là, ce temps de patates bouillies, dans la buée de la cuisine, la radio serinait une chanson de Daniel Gérard, je vous dis ça date... "Dans son vieux pardessus rapé il s'en allait l'hiver l'été..." et pendant que ma mère savonnait sur la paillasse de l'évier je grimaçais des sanglots, du savon lechat plein les yeux. C'est vrai que mon vieux il avait un petit coté frileux, pour le pardessus rapé, je peux pas vraiment dire, je me souviens juste de sa semelle compensée en vrai chêne dont on fait pas les cercueils d'horticulteur et de sa casquette à pompon et de sa chemise à "manger la tarte" ;  mon père ce poète de la fleur en pot, cet esthète de l'herbier avait pour moi des tendresses de roncier mais j'étais son garçon après tout, le seul même si, comme qui dirait  qu'il avait eu d'un autre. Cet autre dont l'absence gouvernerait toute ma vie. Mais pour l'instant, mioche bouclé dans le refus j'étais son bon à rien sa pénitence, sa "patte folle".

 

Archive ? Archive c'est comme pour tout un chacun,  ce coffre sur lequel nous sommes assis et dont les férures sautent parfois et nous catapultent dans le micmac d'un passé pas tout à fait éteint. Voilà. 

 

18.08.2007

Brève

Rien jamais ne va vraiment, ça cloche mais...

Nous nous endormons malgré tout, après quelques séismes intimes. Aujourd'hui, nous n'avons ni tué ni violé ni volé ni incendié ni convoité ni détruit ni tout ce qui ferait de nous les êtres que nous somme pourtant, primitifs dans la fôret puissante de nos angoisses. Combien de temps sommes-nous restés, sagement alignés devant le tableau noir de l'éducation ? Des années entières dont nous devions sortir lavés des pulsions que nos professeurs avaient pour charge de nous faire haïr jusqu'à la nausée. La culture en somme ça n'est que cela ? La lente ronde somnambule des élites éclairées ?  Cette trop onéreuse, au regard de la punition encourue, liberté d'être les justiciers de ce qui nous brimait en flattant de diplômes et de distinctions les plus obéissants d'entre nous, bien que les rusés en aient pris leurs parts aussi mais là n'est pas le propos, cette liberté  chérie  dont on nous disait  qu'elle était la base  de la civilisation et qu'on nous montrait comme une idole au pied de laquelle nous devions être fiers de nous tenir égaux en nombre et prosternés. Durant combien de temps a-t'elle fait illusion face aux réalités convenables ? Chez combien d'entre nous n'a-t'elle plus été, une fois entrés sur le marché de la prédation que la frustre excitation d'une servitude supplémentaire. Combien d'assassins aux commandes, joystick (bâton de la joie ?) en main, affaissés devant la machine à stimuler, méprisables conducteurs de bolides, rebuts de tueur en uniforme (héros ceux-là !), explorateurs docilement vautrés dans le confort de jungles électroniques. Qui les compte parmi les siens, au nombre de la fratrie de ceux qui dorment parce que c'est l'heure ?

Je voulais je crois parler de cet homme que les forces de l'ordre ont retrouvé après deux jours d'angoisse populaire et de traque justement menée, dans le box d'un parking où il vivait depuis sa sortie de prison. Avec lui un enfant, un petit garçon enlevé, séquestré, violé. Un homme qui,  nous dit le reporter qui s'y connaît en matière de logement humain, vivait là, avec son passé de "pédophile", son présent de "pédophile", dans ce box de parking que quelqu'un quelque part dans ce Nord de la France où il fait bon de vivre en homme libre, lui louait sûrement et venait une fois par mois sans doute en percevoir en homme libre le loyer. Ce monstre pathologique que nous ne sommes pas. L'échec scolaire en milieu cultivé, Dieu merci est en constante régression ! Ce monstre nous dit le spécialiste qui est fort courtois dans sa démonstration de l'autre, ce pas tout à fait nôtre, fera l'objet d'un traitement approprié...

Un homme, un enfant, un box de parking et personne pour nous dire posément l'échec dans lequel nous vivons et personne pour demander comment il serait possible d'arrêter le massacre systématique de ce que la mécanique ultra chic du libéralisme moralisateur enfante de souffrance ?

Aujourd'hui je n'ai ni tué ni volé ni violé ni détruit ni incendié ni blessé ni... mais qu'en sais-je au juste ? 

17.08.2007

Sage Femme

Si ce n'est que l'on se regarde de haut avec des airs de compassion quand on a le sentiment d'avoir été loin de ce qui grandit et que même les circonstances d'où l'on chercherait à extraire une issue  comme l'on dit  honorable, ne nous parlent que de conduite  ignoble.  Il est souvent temps  de ne se plaindre  que d'avoir été  en dessous de tout.  Cette note est  là pour ces moments de la vie où l'on a  honte d'inspirer encore de la confiance.

Elle avait pour elle la beauté du secret, de ce qui reste caché aux yeux du commun et ne se montre plus par crainte d'avoir encore à traverser l'enfer de l'anthropophagie amoureuse. Sa longue chevelure recevait les hommages et les laissait se perdre quand l'air tout à coup en levait les mèches brunes. Elle avançait légère et douce comme un refus qu'il était doux pareillement de prendre au moins pour quelques mots échangés. De ces mots sans sarcasmes desquels un jour naît et s'ouvre un monde moins cruel et nous rendent un peu légers à la surface de nos fusions de plomb faussement aurifères. Elle est la femme dont le monde est fait.

Je savais qu'elle n'était pas faite pour mes déserts. Je savais que je n'avais à lui offrir au milieu de mes discours qu'une couche tendue de meurtres accumulés au fil de mes razzia. Je vivais dans la folie de survivre et saignais tout ce qui alentour semblait être l'innocence dont jamais je n'avais été ni la source ni le fruit. Mais son regard, un seul éclat de ses yeux noirs avait suffit à me convaincre que de mes pillages je pouvais sortir, pillé moi-même mais avec au ventre une enfance à raconter. Elle m'enfantait quand nous faisions l'amour et la peur d'être  ailleurs que dans la pensée des chiens ne me terrassait plus. Elle me berçait en asséchant le naufrage où les épaves me nommaient en ricanant. J'étais d'elle comme d'une pensée lente, sans que des serres ni de la charogne je ne sois plus l'odieux caprice.

Combien de fois l'ai-je laissée sans nouvelles ? Combien de fois ai-je oublié que c'était d'elle que naissait le souffle qui me poussait, poitrine au ciel, en avant des vieilles hordes qui m'attendaient sitôt le coin de la rue tournée et le son de sa voix perdue. Combien de fois sans la renier, qui peut nier que la lumière est là, au creux de la nuit où l'on avance pourtant parfois au timbre d'une voix, l'ai-je reléguée au rang vaniteux d'une liberté de pacotille ? Liberté de poète, songeur étripé à l'aplomb des ses orgie de mots vidés.

Elle avait pour moi le rêve d'un temps paisible. Ce temps que je m'interdisais et dont je l'ai privée comme d'un arbre on arrache les fleurs en craignant que les fruits soient plus doux que la faim. 

16.08.2007

Marine

Depuis que le soleil dans sa majesté toute libérale ne fréquente plus que le hollow cost, les cloobs de vacances et les séjours tout compris, hotesses et petits boys, depuis que les pluies ne sont plus acides, les parapluies plus autant bulgares, depuis qu'à Paname nous avons les plages les plus normandes qui soient, je me coltine de longues marches sous le court-bouillon quotidien. Je vais débraillé, la tignasse en boucle et mon sac,  chargé d'un vide encombrant le reflet de ce qu'il reste à perdre, en bandoulière. Par les rues de la capitale et de la banlieue enfin unie par les torrents d'urine céleste, j'arpente le domaine d'un royaume que tout le monde fuit comme la peste mélancholique des jours sans éclat. Je suis un ondiniste heureux. Le fracas d'une pluie dorée à la croix des chevaux fait mon régal d'assoiffé. Une pluie qui fait dire que la saison est pourrie pour les limonadiers et que les pailles pourrissent aussi au fond des sodas. Pourrissant fumier dont le parfum de germination malodorante fait gémir ceux qui croient qu'après eux, plus rien.

Peut-être n'est-ce dû qu'au désert glissant qu'elle organise en vidant les rues de leurs apprentis  m'as-tu-vu-dans-mon-humanité-contrefaite ? Sous les sunlights de l'hélios marchand les aveuglés vont, un petit face-à-main à hauteur du regard et ne croisent, partout où la propagande les conduit par wagons entiers que la fidèle copie de leur soupçonneuse originalité. Peut-être que ça n'est qu'au prix de la pluie sombre que le vent glacé de la résistance à l'ennui lève en nous et perturbe le sens de la civilisation des assurés sur l'azur ? Je m'illusionne ? Oui, évidemment ! La révolution ne naît pas d'une averse et mon odeur de chien mouillé ne fait pas de moi le Karl Marx de la lente dilution des classes en un  bouillon  de onze heures  propre à nous rendre moins cons.  Nous avons l'image d'une révolte solaire, d'un printemps cuisant de répression. Erreur, c'est la pluie qui nous désigne à nous-mêmes, ridicules sous nos épidermes et fuyant les rendez-vous de la fragile nudité.

J'appartiens au format, quoi que j'en dise. J'ai été élevé dans la religion païenne libérale mais quant au ciel de mon crâne une tripotée de nuages lourds s'assemble je me sens plus proche d'être l'infime perturbation d'une goutte de pluie sur le rimmel empâté du monde et ainsi je saute dans les flaques, je laisse la boue combler les failles du bitume, j'avance tremblant d'un froid dont je reconnais qu'il fait de moi le perméable à l'autre, irritable et joyeux de jouir sans colère. Désemparé sous la pluie l'homme retrouve pour peu qu'il cesse de regarder la météo ce pour quoi il est aimable de vivre malgré tout, un cycle sans fin duquel il n'est que la vase où végète encore ce qui somnole et le remplacera bientôt. 

Au fait ? Comment va l'angine à Jackie Sarkozi ? 

14.08.2007

Bransle

J'étais hier en bonne compagnie, sur la Marne et nous vidions des verres, surtout moi,  en toastant l'amour sur des petites tranches de pain grillé, délicieux. La conversation roula un moment sur les différences fondamentales qu'il y a forcément entre le sexe dans l'érotisme fignolant et la viande malmenée en pays pornographe. Je me suis ridiculisé, autant le dire car comme à chaque fois que l'on aborde des sujets comme celui-ci ou la peine de mort ou la surconsommation d'enfants en bas âge dans les rituels exotiques pour touristes fortunés ou la surchauffe nucléaire dans les foyers écologistes et en général dès que l'on échauffe les sujets qui fâchent j'ai une tendance de lemming solitaire à ne pas m'apercevoir que depuis un moment je ne déambule plus sur la falaise.

Les dreyfusards de maintenant, eux ont des terrasses abritées du vent d'où ils observent l'abîme en attendant l'heure de l'apéritif.

Je défendais donc l'abolition du port du voile en milieu humide et argumentais pâteusement en m'enfonçant des poignards dans la langue. J'appelais à mon secours les souvenirs de l'époque où, au lieu d'aller chercher du travail je descendais la rue de la Gaîté en sortant de la gare et à mi-parcours m'engouffrais, le prenez pas mal,  tête basse dans un cinéma permanent. Je lâchais mes onze francs, que j'avais dû faucher à la caissière qui prenait un malin plaisir à me demander le titre du film en entier et à voix haute, c'était pour son box office. Au-dessus de la caisse les affiches racolaient sans rien montrer qui puisse choquer la ménagère de moins de cinquante ans et sa maman. Euh... une place pour... les suédoises sucent pas que des ardoises et s'en prennent plein le fjord... s'il vous pelait madame ?  J'invoquais les figures tutélaires de José Bénazéraf, celle aussi bien divine de Brigitte Lahaie, la danaïde de mes envois en nombre d'avant l'ère du tout oral. "Mon mari veut absolument que je branle le cocker de sa secrétaire, que dois-je faire ? Pas de panique Marie-Adélaïde achetez-lui une muselière et un kit main libre. Quant à moi je vous envoie mon ouvrage dédicacé sur l'anatomie du cheval !". J'y ajoutais pour sa nonchalance déglinguée Claudine Bécari et son jeu à la dramaturgie complètement décalée.

Pas simple de décrire à des amis pour qui causer de l'érotisme est une façon de dire que dans la sucette c'est encore et toujours le bâton qui les interpelle et que le sujet qui leur semble encore sulfureux n'est plus que souffreteux, l'ambiance conviviale et odorante de ces béances palpitantes dans lesquels le septième art perdait sa petite culotte sous l'œil médusé de la critique qui se finissait comme tout un chacun entre les nichons de la planche à billets en salivant les pages d'histoire d'Ô. Comment expliquer que l'érotisme est au guichet ce que l'Hygiaphone est au préposé à la collecte de fond pour la sauvegarde du potentiel génétique. Branslez-vous ! dirai-je car à trop peupler le monde on finit toujours par se retrouver entre photocopies à discuter du format du papier en mesurant la graisse de la typographie.

Combien en ai-je semé de ces rejetons dynamiques, de ces petites idiotes pressées de reproduire le convenu, dans des mouchoirs que j'ai choisi de ne pas leur offrir pour y déposer l'essentiel de leurs chagrins d'amour narcissiques ? Quelques qui me doivent en tous cas de ne les avoir pas menés sur le chemin des ornières humanistes, quelques qui dorment en paix sans savoir qu'ils auraient pu souffrir de l'absence d'imagination de leurs hypothétiques congénères.

Ce qu'il y a de pornographique dans ce monde ? Le besoin vital de foutre de l'ordre en  toutes choses et surtout d'en profiter un maximum... On en a profité un max ! Avouons-le.

Et pour finir ce foutraque verbeux un petit poème érotique :

 

Je m'avais mis la pine au vent

Elle s'avait prit les poils du con

Au lampion des deux hémisphères

Et tout en m'ébruitant le pistil

Elle soupesait le potentiel

Tu veux qu'on fasse des bâtards

Des pisseuses pour le septième ciel

Alors lâche-moi le creux d'l'oreille

Elle était douée pour le déduit

J'étais son épiphénomène 

10.08.2007

Dedans ? Crie !

Qu'y a-t'il au dedans qui fait que nous ne sommes pas que nos frontières et tout ce qu'elles renferment de miracles coffrés ? 

Pour qui sommes-nous l'autre, l'incendie et la pluie qui nous relèvent de la poussière ?

Quel autre  regarde sans les millimétrer nos dimensions d'innommable aimant ?

Avez-vous en vous endormant un parfum cambré pour  livrer votre nudité à la chair ?

Vous souvenez -vous d' un prénom à épeler, quelques syllabes auxquelles  arrimer  les dépouilles  de vos combats ?

Nous endormons-nous du sommeil du juste alors que murmurante la terre s'enveloppe de solitude meurtrière ?

Qu'y a-t'il au dedans de nous d'irréductible à l'asphalte des routes immatriculées ?

Un mot peut-être ? Comme une transe étreinte. Un mot posé sur un cri. 

 

09.08.2007

Archive 4

Un lambeau fait de chair et d'âme, un des mil débris dont est faite une vie passée et dont on ne sait pas par quelle porte il faut tenter d'y entrer sans se trouver changé soi-même en un lambeau fait de chair et d'âme et du ridicule inévitable. Dix ans se dit-on, dix ans sont passés et quand on s'approche des cicatrices qui marquent le sanctuaire de la mémoire, il faut encore murmurer, parler comme à l'oreille d'un enfant convalescent. Parler aux souvenirs comme à des monstres endormis dans la cendre d'un vieux combat perdu. Et leur reprendre la paix qu'ils digèrent pesamment.

Elle est debout dans la chambre, agitée et décidée. Décidée elle l'est depuis longtemps, depuis bien avant que lui ne se soit rendu compte qu'il ne vivait plus que par dégoût de l'ombre dans laquelle il se réfugie dès qu'elle lui parle, dès qu'elle approche de lui. Portée par les armes qu'elle aiguise à chaque mot,  elle voudrait ne l'avoir jamais rencontré. Mais cela ne se peut pas. Il est là,  assis sur le lit, sait qu'après qu'elle aura finit de parler il n'y aura plus rien. La lumière de cet après midi d'Aout l'engloutira, la chambre disparaîtra et sous lui à demi-affaissé, le lit retournera à la poussière. Il se verra enfin tel qu'il est, le naufrage enfin. La réalité lui arrangera des souterrains dans lesquels il n'aura qu'à s'engouffrer, courir vouté sous les rires, en geignant pour tromper la mort,  jusqu'à arriver là où nul ne le connaît. Là où personne ne pourra lui parler d'elle et lui hurler qu'enfin elle est heureuse.

Il cherche obstinément à retarder le moment, son corps est de plomb. Il sait mais ne veut rien entendre, la minute qui vient peut tout changer, mais non, la minute qui vient pèse déjà sur le plateau de la balance dont le fléau oscille dans son ombre  comme le compte-tour d'un bolide qui le rend fou; il tend la main vers elle, approche le bord de sa robe bleue qui vole dans un recul et cette odeur qu'elle libère,  qui lui était comme un profond soupir n'est maintenant plus qu'un fossé qu'elle creuse en le toisant. Sa main retombe puis il s'en couvre le visage qu'il voudrait hideux et qui l'est sans doute. Il cherche un cloaque de sanglots à faire exploser en larmes morveuses. Le pitoyable lui va souvent comme à ceux qu'un jardin retourné abrite sous les ronces de la pitié. Il ne trouve rien que l'air sec de sa respiration, que les plis cassants de ses paupières sous lesquelles pas une flaque ne baigne ses regards perdus.

Un sourire amer le ramène à la haine qu'ils ont aimée, aux coups dont il la couvrait. Quand il revenait de ses saletés d'alcool elle le chassait au nom de l'enfant qui venait à peine de s'endormir. Un sourire amer et le sac ouvert et le vrac de linge lourd qu'il avait tant de fois trimballé d'une porte à l'autre en menaçant de lui rendre sa liberté. Cette liberté qu'elle lui avait tant donné à voir par les failles de ses absences. 

Les prières qu'elle devait alors faire, en chemise de nuit, le repoussant pour qu'il le fasse, qu'il le fasse enfin et aille  se pendre ailleurs avec les boyaux de ses colères. Les coups qu'elle lui donnait, à bout de tout. Et l'amour qui s'enfuyait comme un gaz mortel de leurs poitrines soulevées de rage. Il relève la tête, le sourire a disparu de ses lèvres closes. La minute qui vient, tout peut encore... dans la minute qui vient...

Elle s'approche, pose sa main sur sa joue sèche, la caresse et sourit sous le soleil de sa chevelure rousse :

- Je vais sortir et quand je rentrerai... Tu ne sera plus là. 

 

07.08.2007

Royaume

Il était une fois, dans un monde qui ne survivait qu'à grandes doses de vitamines et sous le couvercle sur lequel étaient assis de fort beaux argentés et leurs dames foutues sur tranche, un pays si grand, si riche, si doux, si si si ma bonne, que voyageant en ses frontières on s'étonnait d'y voir autant d'uniformes. Le peuple s'y tenait sous les couleurs de son drapeau, bien droit à l'aplomb de sa dignité et savait en moins de trente secondes, buzzer en main, vous citer au moins trois noms de bienfaiteurs de la nation. Quand bien même selon la saison il ne faisait pas bon se souvenir de certains héros que l'histoire avait redressés puis étiquetés d'un vilain bruit de crécelle.

Ce pays où tout était à portée de main pour peu qu'une machine à billets ne l'ait pas broyée, ressemblait à s'y méprendre à une république. Au front des monuments la devise en était : Liberté Éradiquée Fatalité. D'immenses fresques qu'on devait à la caste des sapeurs,  retraçaient  les emplois de ceux et celles qui s'étaient sacrifiés pour que vive l'espoir d'un monde semblable à celui-ci. Le calendrier des postes chantait jour après jour l'éphéméride glorieux de leurs noms à particules. Parfois émergeait d'entre eux le patronyme d'un anonyme "jeune encor et la nuque baignant dans le frais cresson vert". Les embaumeurs, au nombre desquels la caresse survoltée du pouvoir offrait à des thuriféraires emplumés quelques postes sur leurs vieux jours, rassemblaient les viscères du martyr inconscient et les agençaient de telle sorte que nul esprit chagrin ne puisse en évoquer la mémoire sans passer par le fluide de l'hagiographie convenable. Telle Danièle Casanova avait à son actif nombre de conquêtes galantes. Tel Guy Môquet avait sa station de métropolitain dans les quartiers chics de la capitale. Tel Edouard Leclerc, outre qu'il fût l'inventeur du char Patton avait en son temps sacrifié sa vie d'épicier à la refonte du commerce humain en soutenant l'effort de guerre par l'invention du célèbre ticket gagnant. Ce dernier donnant droit à une place discount au carré des indigents, pour peu qu'on eut un peu pris soin de l'emballage.

La vie s'écoulait là comme d'une plaie divine le lait nourricier des masques à l'abri des quels la fringale des vampires ne se rassasiait jamais. Il suffisait d'aller au devant de ces groupes désœuvrés, philosophant par grappes de vermines, un mauvais alcool aux commissures et au plastron de leurs guenilles la vomissure psychotrope,  pour entendre la sagesse populaire chanter le lai de l'espoir qui fait vivre. Leurs mains tendues ressemblaient au bois dont on fait les galères. Ils pouvaient fort bien passer inaperçus, un certain sens de l'éthique leur avait été inculqué dans leurs jeunes années, en ces temps où tous allaient sûrement être cosmonautes ; l'espoir fait vivre. Mais pour peu qu'on ait gardé de l'humanisme ce petit goût de charité chrétienne sans lequel la vie n'est bonne qu'à s'enrichir éhontément, il était de bon ton de leur adresser un petit signe, une promesse de don, que sais-je, allez ! un bonjour peut-être. Le soleil est à tout le monde, du Sahel à Nanterre. Ils coloraient les cités de leur présence bohème et bigarrée ; tant d'idiomes, tant de contrées sauvages se retrouvaient là. Le sel de la vie creusaient de façon typiques leurs visages, que dis-je leurs visages, leurs bonnes trognes de gardien du temple de la servitude. Que dire ? D'autres couches sociales formaient le sédiment joyeux d'où ce petit pays tirait sa légendaire puissance. Une culture si riche ne peu donner que des haleines suaves et de la sveltesse à l'amour de moi. Tout ce qui d'ailleurs surnageait à la surface irisée et parfumée des villes se donnait du moi. Moi je crois que... A par moi je ne vois pas que... Pense à moi... Ca y est je suis décidé à être enfin moi... Moi si tu veux mon avis... Ah non madame c'est à moi... C'est pour moi ? ... Moi mes émois à moi... Mais c'est tout à fait moi... Aime  moi comme moi je t'aime moi...

En apparence tout allait pour le mieux, le meilleur du mieux,  même. Que dites-vous ? Quelques bolides blindés ? Quelques suicides ? Quelques maladies rares ? Quelques vieillards suspects ? Quelques enfants à redresser ? De ci de là un laboratoire sur le carrelage duquel chutait une éprouvette délicate ? Quelques liquidités suintant d'un coffre mal fermé dans la poche d'un édilicule duement remercié ? Comment ? Des zones de transit ? Des pans entiers de l'économie échappant au strict contrôle des flux migratoires ? Des familles monoparentales à fort potentiel délinquant ? Des drogués ? Des violeurs ? Des enfants bercés à grands coups de B... par des touristes en quête d'authentique ? Un marché aux organes humains ? Tiens une maladie nouvelle ! Je vais chercher les chercheurs, il me les faut pour le générique du vingt heure ! Quoi encore ?  ; rien, n'est ce pas  ? Vous avez vu,  ils ont repeint la tour en fer ! Non ? Des ministres qui ferment leur clapet ? Non ? Des députés qui ne se souviennent pas d'avoir étés élus ? On digresse là... Un peu trop... Reprenons...

Il était une fois... un pays magnifique dont je gage qu'il vous tenterait bien d'y passer votre vie à l'ombre des écrans publicitaires ? N'est ce pas ? 

   

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