09.06.2008

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"On ne se baigne jamais dans la même eau"

Je ne sais plus de quel philosophe, est-ce bien même d'un philosophe dont il s'agit, émane cette sentence. Par contre je crois que je me la serine depuis des années d'années et ce qu'elle signifie entre autres, car à chacun sa vue des berges, m'est apparut comme l'évidente lecture de toute une partie de l'existence.

C'est au bord des fleuves et des rivières que ma vie m'a toujours ramené, le fil de l'eau mélancolique et la fureur lourde des crues sont ma soupe limoneuse, ma jouvence verte et noire. Des souvenirs que j'y ai noyé, des visages liquéfiés dans le clapot, des lourdeurs de l'enfance ennuyée, des tourbillons de racines de saules accrochés à la glaise, des barques renversées, ramenées à leurs chaînes par le contre courant, des heures passées seul à chercher dans le vol des insectes une façon d'être humain sans passer par les mains de l'entomologiste  d'éther. On ne se baigne jamais dans la même eau. On ne se noie jamais vraiment à l'aplomb des robinets qui fuient en attendant des trains qui ne croisent pas au-delà des pièges que vous tendent les pages vierges des crues retirées.

Il y eut dans l'ordre des souvenirs tout d'abord la Seine, aux alentours de Conflans, le premier exil. Il sufisait je crois de traverser la route que bordait sur quelques millimètres l'épicerie où mon père chaque matin s'habillait d'une blouse bleue avant que de charrier les caisses de vinasse étoilée. La Seine large comme  la table où ma mère posait les assiettes du repas. La Seine où passaient nonchalants et gonflés de tripes gazées des porcs que l'abattoir en amont laissait filer contre l'étrave des péniches chargées de sable et du grain dont on fait le paix des ménages. La Seine qui fut mon premier voyage d'enfant mutiné. Puis vint, dans les hachures des intervalles sans repos, la Dhuis dégoûtante qui coulait sourde et morte au fond du terrain à Montreuil. La Dhuis couverte de son manteau d'égout nature, la riche gadoue qui donnait aux roses de ma grand-mère ces couleurs et ce parfum de sainteté qui se vendaient à prix d'or sur le pavé de Saint Eustache, avant que les halles ne deviennent ce trou d'où suinte l'odeur et l'affreux tintamarre des villes que la plaie intestinale avale sans jamais se refermer. La Dhuis au bord de laquelle je ne peux pas dire que je me suis assis, le béton l'avait ensevelie à l'abri des remblais et l'on veillait à ce que nous n'y allions pas traîner nos vices d'enfants lares.

Puis ce fut le Cher, trois cent kilomètres de nationale, par la porte d'Orléans, un Dimanche de glace, une fin d'été, les mômes embringués par le secret du voyage sans retour. Mes parents partent, mon père raffûte chez lui, ce chez lui où ses frères et sœurs se disputent son retour et sa réussite passable. Ces parisiens qu'il ramène dans ses bagages, ma mère, fille éprouvée par la faute, mes sœurs qu'un rêve d'héritier mâle a fait venir coup sur coup. Ces trois petits n'importe quoi qui vont goûter à la joie campagnarde imprégnée des rumeurs d'injure d'une famille inconnue. Mais pas d'histoire, pas d'histoire, au nom de la paix et des lâchetés convenables, pas d'histoires.

Le Cher,  rivière à usines, industrieuse folie d'eau, là encore une route à traverser, la route des lavoirs. Plus haut sur le cours,  les fonderies de Rosière, les cartonneries, les vomissures empoisonnées de la consommation qui attend le chômeur au coin du bois, un crédit avantageux aux crocs du sourire. Ce moyen-âge là que l'on nomme à présent "seventies" et qui se vend encore très bien chez ceux pour qui l'âge d'or est un slogan, une matraque taillée dans la frustration. La maison est à flanc d'un bois pelé, plein de vipères dans les murets éventrés, tsss... tsss... faut pas y aller, là non plus, la vallée aux loups puis c'est la voie ferrée et les fours à chaux, abandonnés. Cet El Dorado de galeries calcaires où nous fuyons après l'attaque de la diligence de seize heures trente, une clope dans les poches, une royale menthol pour cinq ou six. Les lavoirs sont devenus une bande de renégats qui feinte avec la mort et les éboulis, traversent les voies entre deux passages de micheline, Vierzon Saint Amand-Montrond. Notre héroïsme fait peine à voir, nos pères sont à l'usine, chez Aubry, chez Massicot, chez O cédar, chez Bellot. Mon père est aux fleurs, chez Bellot. Nos mères se voient peu, pour les sales coups de leur engeance : "C'est t'il vrai que ton grand fume en cachette ?". On a quel âge ? Je ne sais plus. Huit... Neuf ans ? C'est avant le collège, on est à la communale, chez Stack. Il nous fesse celui-là et tripote un peu ceux qu'ont le plus la trouille. Il est pas pédophile, c'est le maître. On passe par chez Pauvert, le matin et avec les pièces volées dans le morlingue de la mater on se paie des bonbecs, on en vole aussi, le vieux Pauvert c'est fastoche de le faire tourner en bourrique ; on s'y met à trois où quatre et hop ! une fraise par ci, un car en sac par là...

Le Cher est notre océan, notre danger immédiat. Nager, ne pas nager. Aucun de nous ne sait mais nous y allons, là où on a pied, pas de sandales, pas les moyens, pas plus loin, la peur du gouffre est en nous gravée par le burin des légendes mais comme partout,  l'interdit grandit celui qui le franchit. Nous le franchissons, passons outre, allons à la noyade comme de bons petits soldat  plombés, il faut, les cousins sont là, hérauts de leurs parents. On nous aime mais les chiffres mentent, nous sommes de trop dans le paysage, un accident regrettable. Parisiens, têtes de chien... !

Des noyés il y en a, des vrais. Le Cher sert aussi à ça, de dernier rendez-vous avec la vie. Des outres verdâtres que les pompiers retirent des branches et tirent à la berge avec des précautions d'équarrisseurs. Le mari de la macotte, un ivrogne celui-là. La dédé, celle qui a couché avec les boches, tu sais bien ? L'Ivanov ? Celui de Varsovie ? Onze enfants qu'il laisse. Varsovie sur Cher, le ghetto comme on dit. Si c'est pas malheureux, ma pauvre. Les cochons crevés à la Frette, personne en disait rien, ils étaient chez eux. Il paradaient le ventre en l'air parmi d'autres détritus, natifs de la grandeur de la France glorieuse. Natifs mais pas sots, pas au point d'imiter le dos crawlé. Mais les zIvanov c'est une autre pair de côtes. Sont pas du coin, c'est écrit sur la boite aux lettres déglinguée. Alors là,  nous faire ça à nos fleuves et cours d'eau ! Saletés de pauvres.

Dans le Cher on a nos coins, j'ai les miens, des fascinants trous d'eau, des passerelles aux lavoirs, pourries qu'on ne sait jamais dans quel piège il faut tomber en premier. Tiens là, celle la elle a l'air bien moulue ? Ça me mène aux crues où tout tire à la chaîne, ça court bouillonne des marmites à se fiche dedans en s'accrochant au couvercle; Je peux même pas me souvenir vraiment de comment ça me tenait au fond du vertiges, toute cette boue, ces bois, ces porcs, ces barques pliées aux piles du pont. J'entame la discipline et tombe des berges, dans les racines où la rivière se coiffe à grandes coulées de peigne. Je carapate en clou. Rien à fiche de l'amphibie, je passe le barrage, les pelles en dérapage contrôlé et je me retrouve embarqué par ma langue, loin, au moins jusqu'à ce qu'on me repèche par le colbak. Ma mère me frictionne, dans exactement trois minutes elle va m'en abattre deux, que dites vous maître ? Plaider l'indulgence du jury... Trois minutes pas plus mais trois minutes tout de même, à attendre de savoir de quel côté la première va me drosser.

Je suis des fleuves, des rivières, des minces cours d'eau qui font les grandes évasions. Mais même si j'y ai valser dans l'enfance, ça me semblait la seule issue au carnage ambiant, je monte pas dessus, je reste au bord, autant que possible, je frôle, je scrute et puis je m'en retourne. Car c'est traître l'eau qui dégouline en masse, elle vous envourne de paresse et si vous n'y prenez pas garde, encore une fois, plouf au mirage ! 

07.06.2008

La Lluvia

La saison est aux carotène, aux UVA UHT, aux plages en capsules, à la dorure en gélule,  les canaris malgré tout portent l'imper pour se rendre au centre commercial. Voilà ce que c'est quand l'élite de la Nation perd l'un des siens c'est à dire l'un des nôtres en la personne de trois initiales fameuses, un couturier passé par le chas de son aiguille, il pleut. Je l'ai déjà dit "il" ici n'est qu'une façon de ne pas laisser le parapluie sans manche comme il n'est pas bon selon Char de laisser "Le marteau sans maître" et l'employé(e) sans contre maître(sse).

Hier à la une d'un quotidien dont je tairai le nom, ils se ressemblent tant tous, il y avait pleine page la photographie de monsieur Pierre Berger, le regard baissé,  en imperméable comme mes canaris, à côté de lui une donzelle dont je ne me rappelle plus le nom,  non plus. Elles sont toutes si pareilles celles que l'on mate en une. La main droite de monsieur Berger était bien à plat,  posée en lieu et place de la poche de poitrine. Ladite poche qui ne se coud jamais à cette place, sur un imper, me dit mon ami Yves, fut-il même un imper de canari ! Mais au bord du trou, après qu'une ultime frayeur demeurée sans réponse l'ai soufflé comme un tulle voussé, au fond duquel son ami Laurent venait de toucher Terre, sans armes ni bagages, monsieur Berger semblait être venu pour un ultime essayage.

- Ça la fiche mal ! Se garda-t-il bien de murmurer; Sans doute à cause de l'importance stratégique que la donzelle occupait à ses côtés, toute aussi confondue de douleurs.

- ... Mais j'ai un enterrement dans l'instant, une personnalité des arts, je vais pas y être à l'heure !

Et voilà il pleut. Il y en a ça les fait passer et autour les autres ils pensent à rien qu'à pleurer. mais moi comme ça, je me rappelle d'une fameuse manifestation contre la première guerre contre l'ogre Sadam et d'une soirée de gala à l'opéra Bastille (c'est là où vont les croquignols pour y éponger leur temps de cerveau disponible pendant qu'on bombarde et pilonne le choeur des esclaves quelques part en Haute Chaldée sur l'air de la chevauchée des Danaïdes, vu que ça coûte un fric fou, une place à l'opéra).

Donc nous refluons, comme à l'accoutumée,  vers la place de la Bastille et nous voilà bien énervés et bien encerclés aussi, vous connaissez çà. Alors çà gueule dans le désarroi bon enfant qu'on a qu'à y entrer au palais et qu'on interrompt la représentation et qu'on fout le boxon et qu'on est révoltés (Hou ! Hou ! Hou !) et que les cow boys sont autour et que leurs bûchettes ont au moins la taille de matraques réglementaires et que nous n'en sortirons qu'à la force des talonnettes ! Là !

Tiens,  Bath ! Justement pendant qu'on crie aux endimanchés que là bas en Irak il se passent des choses, mais des choses alors qu'on peut plus supporter (Hou !Hou ! Hou!), le voilà qui rapplique le Berger, le même que sur la photo dans le premier tome de cette oeuvre monumentale-ment brève d'arrosoir. Il cherche les meneurs, il veut pas parler avec nous, on est pas les meneurs, où sont les meneurs ? Chut ! Chut ! qu'est-ce qu'y veut ? se risque un anarchiss casqué de son walkman et le A sanglant sur la lunette arrière. On les trouve, enfin on en trouve qui ressemblent un peu à ce que dans l'esprit de monsieur Pierre Berger c'est ça... un meneur. Il papote, courtois, on s'approche et... Bon d'accord les enfants je m'arrange pour que les forces de l'ordre dégagent un peu le terrain. P'tain chiffon, on est dans le PC de bison futé ! On est même les seuls à le contempler sans son uniforme de bison ! Ouatche  ! Nous voilà bien rassurés, nous sortons et les autres à l'intérieur se remettent en place, c'est l'heure de vider le lac et de plumer le cygne.

Mais les autres dehors, avec leurs airs de bons pères de famille vétus pour la correction,  l'entendent pas de cette oreille. Faut dire qu'en fin d'après midi monsieur Pierre Berger les a autorisés à utiliser les sous sols de l'opéra pour manoeuvrer et stocker les véhicules. Ils veulent tester le dispositif, c'est du tout neuf. On sort ça nous a l'air tout à fait dégagé mais soudain et tout à coup, Pif ! Paf ! Pouf ! les papas pas content nous tombent sur le poil, vomis par les béances lyriques de l'opéra qui lui, ne se mêle pas du vil.

Thank you Satan ! Et vive la haute couture qui nous ne l'oublions pas est le fer de l'anse du panier de la ménagère !

06.06.2008

Aimer

Si nous étions fait l'un pour l'autre ? Et bien c'était que nous ne nous  regardions pas tout à fait  avec le regard de l'autre. Les yeux dans les yeux le  plomb  fondu  de nos sentiments semblait  à l'instar  des brumes  marines  comme une nappe  d'or pâle posée  sur une table  où nul dîneur n'était encore venus  et repartit, laissant les miettes de nos vieilles histoires et le pauvre pourboire qui est le salaire de qui passe par là  en grand danger  de  solitude.  Rien  des bienfaits, rien des  méfaits  n'avait  avant nous  été  touché par la grâce  et le laid de vivre. Tu vivais avant moi ? Ah ? Je vivais avant toi ? ... ? Comment se nommaient-ils, dis tu ? Elles n'étaient que des pages, je t'assure ! Et si ni eux ni elles ne sont restés c'est que c'est toi que je... C'est moi que tu... Nappe d'or dans tes yeux et dans les miens flacons renversés et rires idiots.

Nous étions fait l'un pour l'autre, étrangers apatrides n'ayant pour hymnes que la chanson qui vient aux lèvres quand tes lèvres criaient terre ! Terre ! Terre en effet, terre d'où le ciel se retire quand à présent je vois qu'en aventurière effrontée  tu te sers de nos silences pour toucher d'autres grèves et en vierge te proclamer île. Quand à présent je me sers de ta liberté pour clamer qu'avant elle non, il n'y eut rien qu'une brume, une brume que tu étais et qui me la cachait.

Quel Gâchis nous deux. Nous deux,  quel crachin dans ton Rimmel. 

10:03 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : amour

03.06.2008

Engagé

J'ai des opinions, des idées, des convictions, toute une panoplie que le père Noël m'a gentiment apportée alors que dans ma liste j'avais surtout insisté sur le fait que tout de même le train électrique, c'était vraiment ce que je voulais. Mais comme j'ai pas dû être tout à fait sage, le père Noël m'en a apporté un à charbon. Alors pour faire plaisir à mes parents qui sont quand même à se saigner aux quatre veines pour que je sois heureux malgré les désillusions du réveil, je joue avec. Je charge la locomotive, que j'ai appelé "la suie", avec tout ce qui traîne de noirte et de venimeux et je la lance à l'assaut des cercles vicieux de la colère. Maman passe par là dans son smoking de chez YSL, elle revient de je ne sais trop où... Elle me sourit comme le font les femmes libérées par YSL à leurs rejetons rougeoyant de ce que la chaudière souffle sur les pentes froissées de la révolte. Alors tu vois bien que tu t'amuses quand même ?

Je ne peux pas lui dire le contraire, je viens encore d'écraser à toutes blinde un convoi de voitures officielles qui se rendaient à l'inauguration d'une prison modèle. La suie est une sale machine et pour ce qui est de faire des dégâts, elle se pose là. Je lui désigne à tour de rôle un certain nombre de salauds qu'elle me fait le plaisir de débiter en morceaux plus ou moins égaux qu'ensuite je range dans des boites à biscuits. Il y a là principalement des marchands d'espace libre, des revendeurs de joies saines, des camelots portant à la boutonnière la rosette de Lyon et la grand croix des sacrificateurs. Il faut tout de même que je réfléchisse un peu car comme le dit mon père, qui lui s'habille chez tout nu, si tu ne fais pas un peu attention tu finiras par y tomber tout vif dans la gueule de ton monstre ! Aller, juste encore un trader et puis j'arrête pour aujourd'hui.

Ce que c'est que d'être engagé, toujours aux côtés des plus démunis, toujours le poing levé et dans l'autre la pelle à charbon toujours jetant l'eau propre avec le bébé quand la vapeur retombe au niveau des brouillards et jamais ne mettant de côté pour les jours où tout se traîne, comme la suie quand je n'ai rien à lui offrir que des moulins à paroles, des vitupérations de vieil enfant ratatiné au cul du train du monde comme il va.

Mais comme le dit maman en remettant sa blouse de marchande de fleurs, tu vois bien que tu t'amuses quand même ! 

02.06.2008

Stairway to l'aven

Bo Didley is dead ! Yves Saint Laurent pareil, mais avec le talent en plus, le génie français . Dans le premier cas,  me direz vous,  un nègre en moins à encastrer dans l'avion... non vous n'allez pas me dire çà, c'est pas bien de faire voyager les nègres avec les passagers. et même si c'est pas bien on laisse faire parce que c'est si compliqué de dire qu'on est pas d'accord... Hou ! Hou ! Hou ! Dans la soute ! On est pas d'accord ! Ah ! çà fait du bien. Bo Didley est mort, c'est pas grave le Rock and Roll itou. Mais... Parlons plutôt chiffon. YSL a libéré la femme ! YSL a créé le smoking pour la femme ! C'est vrai,  je me souviens de ma mère avec son smoking de chez ... elle était chic ma mère et libérée, faut voir comme. Souvent le soir elle nous plantait là, enfilait son smoking et allait je ne sais où... Mais avant elle faisait un peu la vaisselle, un peu la lessive, un peu à manger, un peu les courses et quand un client tapait au carreaux après l'heure de la fermeture ma mère qui était pourtant libérée mettait sa blouse de fleuriste par dessus son smoking de chez ... Donc c'est de çà qu'il faut bien se souvenir, YSL a libéré la femme et Bo Didley is dead like a  niger (Pauvre nègre, une chanson interprétée par Edith Piaf.). 

Cà y est on va tous pouvoir parler la langue de notre village, cette langue chère à ceux qui du bled, à force de pas y retourner ont une image de petit pays vachement cultivé. Je ne vais pas faire l'énumération de ces Pays magnifiques où l'on s'entretient en des idiomes tarabiscotés des doigts de pieds pour le plus grand plaisir de l'aventurier en SUV qui visite patelin, le trou du cul du monde en se disant qu'il n'y a rien de plus beau et bon que la galette de froment qu'on déguste du côté de Strasbourg en lampant des piquettes de pays à la santé du baragouin de tranchée. Fi ! Ils vont nous les briser les locaux quand il s'agira de nous faire comprendre que le mont Saint Michel est poitevin et que la pelote se joue chez les ch'timi (j'espère qu'il a pas déposé le brevet de l'abréviation, le cinéastre ?). Car voyez vous quand la République s'amuse dans les meules de foin subventionnées par la PAC, çà déménage au "front" ! Le Jean Marie s'en suçote l'oeil de verre de joie et l'autre,  le foutriquet (je parie qu'il connaît pas Bo Didley.) aux affaires,  soigne l'électorat régional. Le monde donc appartient chaque jour un peu plus à ceux qui non content de ne rien imaginer, s'en retournent bien vite, fortune faite dans leur petits trous d'aisance et se font fort d'enseigner à leurs blondes têtes creuses, la langue vénérée du grand père. L'Europe est à ce prix ? Peut être. Et peut être même aussi que nous sommes en partance pour une Babel molle du cortex, une Babel de traditions certifiées, une Babel où l'on répudie la femme pas assez vierge, où l'on ouvre plus sa porte à  celui qui ne parle pas la langue des cagneux du coin, une Babel de races pures et de bonnes AOC toute faite d'heureuse consanguinité. Décidément,  c'est peut être vrai que les Nazis ont gagnés la guerre ?

 

01.06.2008

la voie des airs

ce grondement de tôle en continu au dessus de la maison, ce jet pesant de vibrations sourdes accroché aux nuages que percent les carlingues. Ce plus lourd que l'air,  qu'emporte-t-il de si pesant qu'il ne puisse le faire qu'en déchirant sans fin l'hymen du soir  ?  La joie mauvaise de l'homme  d'affaires,  le corps  ridicule du touriste  qui va  peser  de tout le poids  de  son goût  pour le chromo  sur le ventre creux  du bon sauvage, dans le fond de la cabine l'anonyme piégé par la loi du surnombre, des familles sans le sou  pour  manger  mais qui s'offrent les pyramides d'Egypte  une fois de temps en temps, pas souvent , ils sont si sales,  là bas.

Ces bonnes grosses machines  qui volent en nous ignorant  et nous coiffent  de kérosène, de qui sont elles  encore le rêve ? De celui qui sous leur ventre s'agrippe au sommeil en comptant les envols ? De ceux que rassemble  l'admiration pour l'horreur métallique plongée au ventre vertical du rêve quand il devient l'esclave déchaîné ? De ceux qui, incrédules, lève le nez au ciel et n'y voient plus rien que le rien porté aux nues par le génie que l'homme met à creuser jusqu'à la nuit faite, les tranchées où il glisse de sphincter en sphincter, léger comme la mort. Mais d'acier vêtu, esprit vétuste qui ne se souvient plus qu'il lui suffisait de fermer les yeux, allongé en bordure des forets pour voler, sans bagages.

Juin aura soins de nous faire aimer le sable puisque Mai concassa d'antiques pavés afin que du grain on n'ait pas à subir les angles. Bienheureux ceux et celles qui ont déjà fait les réservations. 

31.05.2008

Trois Cent

J'ai été bien causant, causant pour ainsi dire par plaisir de causer. Entièrement voué à la cause du verbe, j'en ai brodé l'essence au revers de toutes mes faillites. Écrire pour raconter qu'hier entre le coucher et ce matin le lever, j'ai dormi avec plus ou moins de bonheur, écrire le mimétisme du grain de sable dans le désert, l'homme couché sous un porche, la haine automatique qu'inspire l'ordre révisionniste, écrire adossé au parapet des falaises la chute sans cesse finissant par faire un bruit de fiente, écrire en toutes circonstances le rien protégé par l'écorce du sens. Appuyer les syllabes aux sons et les sons les pousser à bouleverser l'invariable du morne, écrire pour que le détail insignifiant d'une vie ne reste pas sans mémoire ni sans feu et qu'au moins le lieu de la page soit l'El Dorado, le pays retrouvé, l'Ithaque de l'éternel naufragé.

J'ai été bien causant, baveux dont le fond d'un voeux est resté imprononçable. Au prêche comme à la charge, à la forge aux prises avec les escarbilles de la ponctuation et  l'odeur de soie brûlée qu'elle dégage quand on l'a posée semée jetée au vol d'une large main, sans considération pour l'arythmie cardiaque du lecteur. Son manque de souffle, son désir de comprendre le trait fort en laissant de côté l'esquisse préparatoire, cette ligne claire qui le hante depuis qu'il sait que la terre est ronde et que tout l'art consiste à redresser l'horizon au dessus de l'alignement des croix. Organique lecteur.

Alors Lephauste ! Me lance le maître mot, en voilà bien trois cent ? Trois cent qui valent pour un et un qui fait bien peu au regards des secondes écourtées, des heures entassées sous la table bancale, des journées entières enroulées au vol d'une mouche obsédée par la décomposition. 

Et pour conclure ? Pour conclure, rien qui ne puisse encore se dire sans feindre l'envie du mot FIN. 

30.05.2008

Le commuteur

Ligne A, ligne B, ligne C, ligne D, cherchez pas dans vos abécédaires il n'y a pour ces lignes là aucune image d'hirondelles, aucun arbre, aucune maison d'où le papa sort au matin tandis que maman prépare les petits en leur beurrant de grosses tartines. Il n'y a pour ces lignes là que la suie, la suée, l'aigre gueule de l'emploi, le réveil amer à trois cent par wagon. Trois cent parfums de pacotille, trois cent regards d'assassins, trois cent fois mil raisons de maudire les voyages en ce que ceux ci ne forment plus que le servile.

Ligne D c'est l'aube, les quais sont à ras bord de matière noire, c'est l'heure de ces salauds qui usinent aux tri des ordures, c'est l'heure de ces importunes en boubous et qui vont au bureau pour vider les corbeilles, c'est l'heure des chiens sous muselières, de leurs maîtres se frayant dans la foule leur chemin d'intouchables, c'est l'heure de la masse unique et délabrée sous l'uniforme libéral.

-En raison d'un problème lié à la maintenance du matériel les trains en direction de Melun circulent avec 30 minutes de retard !

Je suis un commuteur, un usagé du RER, un client du droit de péage, le commuteur idéal. Je fais bip à l'heure H et m'engonce dans la charnière humaine, chaque matin, dans la charnière humaine maintenue en vie par les écouteurs, les vibrations du téléphone, la lecture du journal gratuit; Un cataclysme en Mirbanie, une junte au Luxembourg, La mer se retire enfin sur un paysage de désolation et de virages en coups de freins  la matière  entre en fusion. on  se bouscule, on s'ignore,  on s'applique à se traiter comme on  nous dit, méprisables, méprisant, soubassement d'une pyramide d'où cascadent  les images  de la réussite.  Elodie sauve son enfant  de la noyade  !  Un monsieur si gentil pourtant  ? Le père avoue le viol du saint esprit  ! Trente ans de réclusion  pour le meurtrier du petit  Jean-Philippe  ! De belles perspectives pour le marché de l'immobilier !  Les époux royaux sont arrivés  à Roissy...

Je suis l'aliment frelaté dont la capitale  nourrit ses boyaux où s'affiche le papier monnaie, en panneaux immondes. Je suis le commuteur mais il n'en a pas toujours été ainsi, j'ai été tout autre chose, chose tout de même. J'ai été serf cavalant la famine à mesure que les guerres changeaient le paysage. J'ai été métayer sur un tas de fumier, enrôlé dans les guerres dont le profit se partageait loin du grabat où les rats conchiaient mes guenilles; j'ai été au coin des places celui que ces moignons nourrissaient de la gangrène que les guerres aspergent de repentir.  J'ai été ouvrier, à la peine et au nombre d'un infini profit, emboutissant les douilles d'obus, laissant ici un doigt, arborant sur le revers les médailles de mon travail, buvant,  trimant encore quand à l'aube les ordres de marche tombaient en liasses sur les chaines de montage. J'ai été à la première heure me faire traiter d'identifiant par des employés à retailler le costume des statistiques; J'ai été de toutes les théories celui qui n'en faisait pas assez. L'indigeste multitude, le ferment de fainéantise. Celui qui jamais ne comprend qu'on le prend exactement pour ce qu'il est, un organe déficient mais pratique tout de même sous le rapport de la propagande et de la quasi gratuité.

Je suis le commuteur, le commuteur idéal et le premier qui tente de m'empècher de monter dans le wagon, celui là est un homme mort. J'ai ma place dans le wagon, j'ai payé pour pouvoir monter dans le wagon, il est hors de question que je ne monte pas dans le wagon, poussez vous bon dieu que je monte dans le wagon, comment ça il y en a d'autres des wagons, mais c'est celui ci mon wagon... Arbeit mach frei ! Arbeit mach frei !

-Les voyageurs à destination de Nice sont invités à se présenter au chef de train munis de leur laisser-passer. Un service de restauration est assuré durant tout le trajet ! Ladies und gentlemen ...   

29.05.2008

Erosion

Je m'érodai à l'occasion d'un peu de poudre aux yeux, poudre qui au fin bout d'une rêverie reste à la paume comme un nuage de lait caillé. C'est une maladie rare que je contractai, petit, à l'âge de la barbarie. J'en ressentis les symptômes, comme tout un chacun d'abord avec au ventre la trouille de retomber si vite en poussière alors que statistiquement je ne faisais pas partie des revenants. Puis je me pinçais et retrouvais mes dimensions et j'en ajoutais une autre aux multiples facettes de la honte. Je compris pourtant bien vite qu'il fallait m'administrer l'anti-dote assez fréquemment. Alors j'élaborai de courtes histoires où de conquêtes en conquises j'aimais tout ce qui se cachait dans l'ombre des parfums ouverts à l'infini. J'avais au ventre le feu d'une boite d'allumette et des incendies qui me laissaient hagard sous le couvert des draps froissés. Hagard et guetteur de bruits moralistes. La lente paresse était à mon chevet une main douce, une bouche murmurante, l'éruption que je devinais venir à moi me chevauchant de robes déboutonnées, ôtées jusqu'à la ceinture, de linge fin roulé à la saignée du genou et d'après midi d'été finissant entre les racines d'un arbre de clairière à rebrousser les mousses au dessus du halètement des sources.

Je m'artillais alors en maladroit prometteur, j'astiquais la brindille,  faisant de mon lit un barnum pris par la tourmente, comme un feu de paille et piquais mon ciel trouble de toisons et d'étoiles. J'étais branleur comme d'autres s'adonnaient aux mathématique, par passion de l'extase et de la folie juste. J'en ai connu de ces matheux qui n'avaient plus dans la tête que des équations dont les éléments jouissaient en désordre. J'avais des gracieuses, des saintes et des catins, des commères qui s'ignoraient en tant que telles, qui vaquaient par les rues de la province et se paraient à l'abri des persiennes de la rue du commerce, qui fût mon délicieux enfer. Se paraient pour d'iradiantes nudités.  De ces grâces qui se penchent encore parfois au dessus de l'insomnie et bercent les années qui n'en sont plus.

Je ne faisais qu'étrangler le borgne me direz-vous, j'astiquais la gouverne, je faisais coulisser le noeud, je foutais les courrants d'air, je... Je n'étais en rien à m'occuper de mon avenir, je ... Oui ! c'est bien sûr mais on ne vantera jamais assez les charmes de la marchande de couleurs.   

La Tuile

Je suis une tuile ordinaire sous le ciel bas. Une ration quotidienne de perdu-ration de l'espèce, un module de reproduction légal. Je suis l'unité 14 . 12 . 59 modifiée 72 à télé-chargement libre (update en ligne).  Fonction principale, la révolte automatique. Fonctions annexes, consultez le bulletin de naissance. Pare feux, le repentir. Nantis d'un anti-virus en tension active. En option, l'Éros, logiciel libre, plug and play,  donnant accès au calculateur central et permettant d'influer sensiblement sur le flux des émotions. J'ai pour nom, sous licence, la tuile. Je suis une tuile ordinaire sous le ciel bas mais le toit qui m'a vu la dernière fois m'encastrer au dessus du "bonheur" qu'il encroûtait n'est pas encore revenu de la grande tempête qui mis bas mon amour pour elle.

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