07.11.2009
La cloche
J'te dis qu'c'est lui ! T'es sûr ? Mais oui regarde la dégaine. T'es drôlement physionomythe quand même, moi la dernière fois que je l'ai vu, il était à poil. A poil ! Tu déblogues mon pauvre. Mais non j't'assure, complètement à loilpé, attends que je me souvienne ? c'était p'tête bien dans un magazine ? Tu sais un de ces trucs sur la vie des stars ... Attends oui, ça me revient, y avait un gros titre ! Quequ'chose comme : Lephauste en villégiature à la Baule ! A la Baule en plein mois de Novembre, t'imagine. Et après y disaient même que Frédérique Martin et lui c'était fini. Oh non ! alors là tu m'scie, quand je vais dire ça à ma femme ... T'as une femme toi ? j'te croyais analphabète ? T'as qu'à me traiter de pédé tant qu'tu y es ! 'Tain tu veux que jet'dise, y a des moments où je m'demande pourquoi a j'te cause ? Franchement ... Attends le v'là ! Hum, bien le bonjour monsieur Lephauste. Salut les gars, alors ça mord ce matin ? Faut voir, on arrive à peine. Dites monsieur Lephauste sans vouloir vous obliger, c'est pour ma femme ... c'est-il vrai que y a de l'eau dans l'gaz entre Frédérique et vous ? S'cusez le, monsieur Lephauste, mais de femme il en a pas, il est anal... Non non, c'est rien les gars, mais pour répondre à votre question faudrait plutôt demander à Sylvaine.
'Tain, tu vois j'te dis, l'est pas bégueule, suffit d'lui causer normal. C'est des mecs comme tout le monde toutes ces stars de la poésie. Ouais p'tête mais n'empêche t'as pas d'femme ! Pauv'con, passe moi une bière au lieu causer de ce que tu sais pas qu't'ignore, faut qu'j'appâte.
"Mais oui mais oui !
La cloche a sonné
ça signifie la rue est à nous
que la joie vienne !
Mais oui mais oui, l'école est finie."
01:14 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
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Digg
06.11.2009
Vases communiquants
« …pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre ? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites… ». Ainsi sont nés les vases communicants. Aujourd’hui, Humeur noirte et Frédérique Martin s’invitent réciproquement.
On se comprend pas
Moi, ce que je comprends pas, c’est que ceux qui boitent dans leur tête, comme tu dis si joliment, t’aies pas envie de les prendre dans tes bras, mais plutôt de leur taper dessus. Tu crois que ça va l’arranger, leur caboche toute vermoulue, les gnons que t’es capable de dégommer en quelques phrases ?
Ce que je comprends pas, c’est qu’il faut toujours que t’aies le dernier mot. Tu peux pas t’arrêter, tu sais pas la fermer. T’as un sac plein comme une boule de billard, et tu sors des trucs pas possibles de là-dedans, des trucs vieux, des trucs moches, des trucs inventés, rafistolés, volés même. Pas commode, pour trouver un mot sympa, un mot drôle ou gentil dans ce tas de fumier. Et puis c’est lourd à trimballer, je te l’accorde. Mais remarque, personne t’oblige, tu vois. Personne.
Ce que je comprends pas non plus, c’est que tu vois pas le bordel dans tes affaires. Tu dis « me juge pas », et toi t’es un coupeur de tête, t’as pas assez de doigts dans les mains et les pieds pour désigner tous les coupables. Ah là, t’es fort, le premier même, n’est-ce pas ? Tous ces putassiers de bouseux qui te détestent, paraît-il, depuis des lustres, on se demande bien pourquoi. Tous ces tordus, ces ratés, ces foutus dégueulasses qui pourrissent ta vie proprette et bien pensée. Faudrait les zigouiller tous ces affreux ! En plus, il y en a partout, c’est une conspiration.
Toi, ce que tu comprends pas, c’est que j’en sois, de cette espèce dégoûtante qui se trompe des fois, qu’est pas invincible, inamovible et parfaite. Qui rit, qui pleure, qui jouit, qui chante, qui se relève, qui fait avec, qui tient le coup, qui avance, qui y croit et qui t’emmerde. J’ai peut-être qu’un seul talent comme tu dis, je suis peut-être socialement qu’une bouse, peut-être. Mais question cœur, je risque pas de me gaspiller, oh non, t’inquiète pas. J’en ai pour tout le monde, y a même du rabiot. T’en veux pas ? C’est pourtant pas faute de te l’avoir proposé.
Finalement je vais dire que t’as raison : on se comprend pas. C’est la morale de cette longue histoire. C’est ce qui arrive aux gens trop campés sur leurs jarrets et qui font des plans d’épargne avec l’affection. On se comprend pas. Mais quand même, je me demande ce qui me permet de supporter tout ça et ce qui m’a retenue de te claquer ta putain de porte au nez, depuis tout ce temps. Ouais, ça m’interroge, même si je connais la foutue réponse. Ce que j’aurais voulu c’est que tu la trouves aussi. Elle trainerait pas des fois, t’es sûr, dans ton sac à caca ?
00:05 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (44) | Envoyer cette note
| Tags : littérature, lecture, poésie, miette |
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Digg
04.11.2009
Avec Lenteur
A proprement parlé, je ne me promène pas. Le pas du promeneur m'est étranger autant que cette forme de mélancholie qui observée de l'extérieur semble être comme la dilution, la flaque dans laquelle l'être n'est plus que le peu de boue qui nous fait l'éviter, avec un peu de dégoût. Mais je marche, grands Dieux, je marche durant des heures, des rues de toutes natures que je traverse, que je longe, à la nuit tombée, quand les moteurs peu à peu se reposent dans la promiscuité des chambres à coucher. Quand il n'y a plus rien à écouter, comme par exemple cette nuit, que les hurlements rauques de cet homme que je n'ai pas vu.
J'allais au long du stade, perdu dans ce que la marche offre aux solitaires, le soliloque nécessaire à la construction d'une mécanique confuse, la pensée à voix haute. Je parlais seul, de plus en plus seul. M'accompagnant, ma voix me prenait ferme par le bras : Viens, allons par là ! La Pesanteur d'un hurlement s'éleva comme la masse d'un orage intime. Rien qui soit une voix, rien qui puisse faire croire que des mots étaient encore là pour faire sortir l'homme, c'en était un, des taillis secs de sa raison incendiée. Il hurla, à plusieurs reprises, il hurlait pour moi, du fin fond de son enfer en forme de sauvagerie, il hurlait la peur que la nuit engendre. Cette vieille nuit qui veille en plein midi et contre qui les cités laissent brûler l'éclairage domestique de la lumière artificielle. Depuis que l'homme a domestiqué l'incandescence, l'ange de lumière se nomme néon, réverbère, quinquet, Led, dichroïde, DCA, et de tous ces noms qui font qu'on est plus jamais seul dans l'ombre, qu'on est plus jamais seul au fond de soi, seul avec les étoiles, par exemple.
Je m'arrêtais à l'angle de la rue Remonteru, là où les terrains sont encore des friches, des cabanes de jardins où vivent les naufragés de l'ère asphyxiée d'ondes cellulaires, des haies que personne ne taille, d'où émergent des tas de gravats, des troncs tordus par le poids de l'absence de fruits. Je stoppais ma marche, ma voix se fit humble et douce, elle qui d'ordinaire use de l'imprécation pour me sortir des tranchées. Je lui parlais avec lenteur comme à un enfant qui ne veut plus croire que son cauchemar n'est pas la réalité puisque la réalité dépasse le pire de ses cauchemars. Ce que je lui disais ? Cela ne regarde que lui, et puisque sans doute il ne m'a pas entendu, puisqu'il n'a pas sentie la main que ma voix, en lâchant mon bras posait pour un instant sur sa joue invisiblement palpable, je repris ma marche et me tus. La lune reflétais les silhouettes des absents, des étoiles luttaient pour survivre dans la mémoire des vivants. Quelqu'un était mort et qui hurlait encore, après que je fus rentré.
Je marche avec Lenteur, Tendresse et Compassion. Je ne me promène pas pourtant, ma compagnie n'est pas dans la rêverie. J'attends qu'elle rentre d'un ensevelissement. Mon cri est encore rauque, mais je le polis.
(A Emma et Pascale)
11:47 Publié dans Mélancholie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
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